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Clôture du grand débat en Corse: le bras de fer se poursuit entre Macron et les nationalistes

Emmanuel Macron a profité du dernier acte du grand débat, ce jeudi, pour critiquer les "postures" des nationalistes corses qui ont boycotté cet événement organisé en Corse-du-sud. Le chef de l'Etat avait un peu plus tôt décliné l'invitation des chefs de l'exécutif corse à l'Assemblée de l'île.

"Les Corses méritent mieux que des guerres de tranchées", a affirmé jeudi Emmanuel Macron, lors de son ultime déplacement dans le cadre du grand débat, ce jeudi en Corse. Le chef de l'État a débattu dans le village de Cozzano, en Corse du Sud, avec quelques 160 maires de l'île mais en l'absence des responsables nationalistes, qui ont boycotté l'événement.

Arrivé dans l'île dans un climat tendu, Emmanuel Macron a d'abord salué les singularités de la Corse. "Ne réveillons pas la violence", a lancé solennellement le chef de l'Etat, dans un souci d'apaisement, avant de passer à l'offensive et d'évoquer ses relations historiquement conflictuelles avec l'État.

"L'avenir de la Corse est dans l'ouverture, pas dans le repli (...) et "les Corses méritent mieux que des guerres de tranchées ou de position", a-t-il affirmé dans une critique implicite de l'attitude des nationalistes.

Ne pas être "dans les jeux de posture"

Emmanuel Macron a ensuite expliqué les raisons pour lesquelles il avait refusé de se rendre à l'Assemblée de Corse, déclinant ainsi l'invitation lancée dans la matinée par les dirigeants nationalistes, qui avaient eux-même décidé de boycotter le grand débat entre le chef de l'État et des élus à Cozzano, en Corse-du-Sud.

"Je ne réponds pas en tant que président de la République à une convocation devant une assemblée territoriale. Ce serait une perte de repères profonde", a lancé Emmanuel Macron face aux 160 élus corses.  "Moi (...) j'avance. Je considère que nous avons fait notre part, et y compris sur notre part de dialogue qui est la mienne. Quand je suis venu en 2018, je me suis rendu à la collectivité, je n'ai pas été dans les jeux de posture. Je n'ai pas dit 'non, non, le rendez-vous se tiendra à la préfecture'. Je suis allé à la collectivité, et avec bonheur", a-t-il développé.

Seuls les maires d'Ajaccio ou de Propriano étaient présents ce jeudi à Cozzano, et il manquait plus de la moitié des 360 maires de l'île, ainsi que les deux hommes forts de l'île, le président du conseil exécutif, Gilles Simeoni, et celui de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, au pouvoir depuis 2015. Frustrés de ne pas obtenir d'avancées sur leur demande d'une autonomie plus large de la Corse, ils ont refusé de faire le déplacement.

"Un échec complet", pour Jean-Guy Talamoni

"Ceux qui veulent défendre l'identité corse doivent faire le travail mémoriel qui va avec", a ensuite lancé le président face aux élus, en référence à l'assassinat du préfet Erignac en 1998 par les nationalistes. Emmanuel Macron a déploré ne pas avoir entendu de "regrets" sur cet assassinat, "au risque de faire bégayer l'histoire".

Jean-Guy Talamoni, présent à la manifestation devant la préfecture à Ajaccio, a pour sa part "regretté profondément" que "le dialogue ne s'ouvre pas" avec Emmanuel Macron. Mais "nous sommes persuadés que ce dialogue s'ouvrira parce qu'on ne peut pas imaginer régler le problème corse autrement que par une discussion".

"Nous nous attendions à ce que ce débat ne soit pas une avancée pour la Corse", a amèrement répliqué le président de l'Assemblée de Corse, invité de notre antenne ce jeudi soir
"Mais les élus n'étaient pas très nombreux, et ne pas même réussir à remplir une salle comme celle-là, c'est un échec complet (pour Emmanuel Macron). Pas même une centaine d'élus étaient présents, en comptant les conseillers municipaux et le personnel de la préfecture, alors qu'il y a 300 maires et des milliers d'élus en Corse", a déploré Jean-Guy Talamoni.

La visite d'Emmanuel Macron dans l'île a donné lieu à un mouvement de mécontentement "île morte", à l'appel de mouvements nationalistes et soutenu par des syndicats. Quelque 200 personnes ont manifesté à Ajaccio avant d'être dispersées par une forte pluie.

Jeanne Bulant