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Chiffres dans le rouge, pression hospitalière en hausse: l'exécutif ne cache plus son inquiétude

Le Premier ministre Jean Castex et le président Emmanuel Macron, le 14 juillet 2020 à Paris

Le Premier ministre Jean Castex et le président Emmanuel Macron, le 14 juillet 2020 à Paris - Ludovic Marin

Les bilans épidémiques se dégradent ces derniers jours. Après un premier confinement localisé dans les Alpes-Maritimes, l'exécutif redoute de devoir recourir à de nouvelles mesures de restriction.

Nouveau changement de ton gouvernemental. Après un relatif apaisement de la pression lié à la stabilité des chiffres pendant la première quinzaine de février, la situation sanitaire se dégrade à nouveau en France. À tel point qu'un premier confinement partiel et local a du être décrété pour deux semaines ce lundi dans les Alpes-Maritimes, face à l'aggravation rapide du nombre de malades et de personnes hospitalisées en raison du Covid-19. Une première en France métropolitaine, alors que seule la Guyane était jusqu'alors touchée par une telle mesure.

Depuis ce week-end, les membres du gouvernement tirent en choeur la sonnette d'alarme. "On s'oriente vers un mois de mars compliqué", a prévenu vendredi Jean Castex dans un entretien à Sud-Ouest, rappelant à quel point la situation restait "fragile".

"La tendance n'est plus bonne"

"La tendance sur les trois derniers jours n’est pas bonne, elle n’est plus bonne", a aussi soutenu le ministre de la Santé Olivier Véran, avant d'expliquer que "vendredi, les chiffres de l'épidémie n'étaient pas bons à l'échelle du pays. Il y avait plus de 3000 cas supplémentaires par rapport au vendredi de la semaine précédente".

"Cela remonte un peu", "la tendance n'est malheureusement pas à desserrer la contrainte", a également mis en garde Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement dimanche sur le plateau du Grand Jury.

Au niveau national, la situation sanitaire est encore considérée comme relativement stable mais extrêmement fragile, et certaines "zones du territoire" méritent même "que l'on s'implique pleinement", selon les mots d'Olivier Véran.

"On est sur un plateau haut stagnant avec des particularités locales fortes", décrit encore le ministère de la Santé. À ce stade, "il y a une extrême vigilance mais pas de panique", tend à relativiser un autre conseiller.

Depuis quelques semaines, les chiffres des nouvelles contaminations font le yo-yo: ils ont d'abord augmenté, puis baissé avant de repartir à la hausse ces derniers jours. Si les autorités sanitaires sont inquiètes, c'est que la pression hospitalière reste particulièrement élevée à l'échelle nationale, et qu'elle tend même à légèrement augmenter. Auprès de BFMTV, une ministre ne cache pas que la menace des variants plane:

"Les chiffres ne sont vraiment pas bons. Mardi soir, ce sera assez décisif, on aura une nouvelle tendance. En fonction, on sera peut-être obligés de décider rapidement de mesures de restrictions supplémentaires."

25.831 patients atteints du Covid-19 étaient encore hospitalisés en France ce lundi soir, dont plus de 3400 en réanimation. Les prochains bilans, et en particulier celui de ce mardi soir, seront scrutés avec attention. Même si "on ne peut pas décider de confiner tout le pays en se basant sur quatre jours de hausse des contaminations", nuance tout de même un conseiller.

Le défi "des particularités locales fortes"

Le gouvernement est aujourd'hui confronté à un défi de taille: des disparités régionales importantes. Outre les Alpes-Maritimes où un confinement local inédit a dû être mis en place, la situation s'aggrave tout particulièrement dans le Nord de la France, et notamment à Dunkerque où le taux d'incidence s'établissait lundi à 901 cas pour 100.000 habitants. Face à cette situation alarmante, le maire a d'ailleurs réclamé à rencontrer Jean Castex de toute urgence.

La situation est tout aussi préoccupante dans le Grand Est, et notamment en Moselle où les variants sud-africain et brésilien représentaient la semaine dernière un tiers des personnes contaminées. Plusieurs élus avaient alors réclamé la fermeture des établissements scolaires.

Enfin, dans une moindre mesure, les autorités sanitaires surveillent de très près la situation en Île-de-France, où le taux d'incidence s'élevait à 258 cas pour 100.000 habitants la semaine passée dans le département de Paris, contre 191.2 à l'échelle nationale. À 66%, le taux d'occupation des lits en réanimation a désormais dépassé le seuil d'alerte fixé à 60%. Après un certain relâchement des Parisiens constaté ce week-end en raison des températures clémentes, la préfecture de police a décidé d'interdire la consommation d'alcool dans certaines rues de la capitale.

"Certains hôpitaux commencent à saturer"

Dans ces territoires sensibles en particulier, le nombre de patients en réanimation préoccupe l'exécutif, comme l'a confié un conseiller gouvernemental à BFMTV. Ce dernier note que "certains hôpitaux commencent à saturer". Et s'il est encore trop tôt pour durcir les mesures au niveau national selon Emmanuel Macron, les autorités suivent de près l'évolution des chiffres dans ces territoires: en l'occurrence le taux d'incidence, le taux de positivité des tests, la saturation des réanimations et la densité de population.

En fin de semaine dernière, devant les parlementaires, Emmanuel Macron avait fixé une clause de revoyure à "8 à 10 jours". À ce stade, ce calendrier tient toujours et un nouveau Conseil de défense est prévu mercredi matin avant le Conseil des ministres. En fonction du bilan sanitaire de Santé Publique France, de nouvelles mesures pourraient alors être envisagées au sommet de l'État.

Elisa Bertholomey et Jeanne Bulant