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Bicentenaire de la mort de Napoléon: Macron appelle à "ne rien céder à ceux qui entendent effacer le passé"

Ce mercredi 5 mai 2021 marque le bicentenaire, jour pour jour, de la mort de Napoléon à Sainte-Hélène. Emmanuel Macron a prononcé un discours pour l'occasion, sous la coupole de l'Institut de France à Paris. Il a souligné que le personnage était "une part de nous".

Napoléon l'autocrate, le cynique, fait parfois oublier un peu vite le promoteur du Code civil et le père des institutions de la France moderne et contemporaine. À l'inverse, célébrer Napoléon le stratège, le législateur, revient parfois à plonger dans l'ombre ses fautes, voire ses crimes. Ce mercredi, au moment de commémorer les 200 ans de la mort de l'officier corse devenu empereur, Emmanuel Macron devait au contraire rappeler l'un et l'autre au souvenir des Français.

Dans le discours qu'il a prononcé à l'Institut de France, cet édifice des bords de Seine qui accueille notamment l'Académie française, le président de la République a voulu rendre toute sa place au personnage. Il en a profité pour appeler à la reconnaissance de la complexité historique et à repousser les jugements anachroniques. Il a notamment évoqué sa "volonté de ne rien céder à ceux qui entendent effacer le passé au motif qu’il ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du présent".

"Napoléon est une part de nous"

"Les vraies conquêtes, les seules qui ne donnent aucun regret, sont celles que l’on fait sur l’ignorance", a-t-il glissé en préambule.

"Si je cite ces mots, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont été écrits par Napoléon Bonaparte le jour même de son élection, ici à l’Institut le 25 décembre 1797, mais parce qu’ils décrivent en quelque sorte ce qui nous réunit sous cette coupole, chacune et chacun à l’occasion de ce bicentenaire. La lutte contre l’ignorance, l’amour de l’histoire et la volonté de ne rien céder à ceux qui entendent effacer le passé au motif qu’il ne correspond pas à l’idée qu’ils se font du présent", a-t-il poursuivi. "Non, Napoléon Bonaparte est une part de nous. Il l’est parce que dire son nom continue de faire vibrer partout mille cordes d’imaginaire", a aussitôt ajouté Emmanuel Macron.

La France, "société historique" et "nation-palimpseste"

Il a alors cherché à définir la nature et l'objectif d'une telle commémoration: "De l’empire, nous avons renoncé au pire et de l’empereur, nous avons embelli le meilleur. Commémorer, c’est dire cela, sereinement, sans céder jamais à la tentation du procès anachronique qui consisterait à juger le passé avec les lois du présent".

Pour Emmanuel Macron, les Français constituent, au contraire, "une société historique, un pays de temps long qui avance, sans effacer, sans nier ni renier, mais en réinterprétant sans cesse, en reconnaissant et en cherchant à comprendre, une nation-palimpseste qui reçoit l’héritage sans testament, en peuple libre". ‘De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout’, disait-il lui-même. Aujourd’hui encore, nous assumons tout", a-t-il posé.

C'est le rétablissement de l'esclavage en 1802 - alors qu'il avait été aboli en 1794 par la Convention - qui porte l'ombre la plus grande et la plus noire sur le bilan de Napoléon Bonaparte, Premier consul à l'époque. "La IIe République, en 1848, avec Victor Schoelcher, a réparé cette faute, cette trahison de l’esprit des Lumières", a souligné Emmanuel Macron. "Napoléon, dans ses conquêtes, ne s’est jamais préoccupé des pertes humaines", a-t-il repris.

Le président de la République a encore observé, en écho à son rejet des "procès anachroniques": "Chateaubriand ira jusqu’à l’accuser, avec force exagération, il faut bien le dire, d’avoir sacrifié cinq millions de Français. Goya immortalisa le massacre cruel de civils espagnols en mai 1808. Nous avons depuis lors placé la valeur de la vie humaine plus haut que tout, que ce soit dans les guerres ou les pandémies."

Après son discours, Emmanuel Macron a pris la direction des Invalides, où se trouve le tombeau de Napoléon depuis le retour de ses cendres en 1840. Il y a rendu un dernier hommage à un personnage qui se révèle encore, décidément, l'objet de passions contraires deux siècles après sa mort.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV