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Avec la crise du coronavirus, Edouard Philippe impose sa marque

Édouard Philippe à Matignon (Photo d'illustration). - AFP

Édouard Philippe à Matignon (Photo d'illustration). - AFP - -

En l'espace de quelques jours, le Premier ministre, qui a multiplié les apparitions, est devenu la principale figure de la communication gouvernementale dans la crise du coronavirus.

Emmanuel Macron, Édouard Philippe et Olivier Véran. Depuis le début de la crise du coronavirus en France, les trois hommes sont en première ligne pour dérouler l'action de l'exécutif dans le cadre de cette urgence sanitaire sans précédent dans l'histoire récente du pays. Au-delà des allocutions plus ponctuelles du président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Santé s'illustrent par une communication quasi-quotidienne sur le sujet.

Une stratégie qui semble porter ses fruits puisque selon un sondage Ifop Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, la cote de popularité des trois est en forte hausse: +11 point pour Emmanuel Macron par rapport à début mars, +10 pour Edouard Philippe et même +35 pour Olivier Véran.

"Le vrai sujet, c’est le sujet de la confiance", confie-t-on à BFMTV dans l'entourage du chef de l'Etat, où l'on se satisfait de ces récents sondages. "Ceux qui sont en première ligne doivent avoir la confiance des Français, et ça détermine l’acceptabilité sociale des mesures que le gouvernement prend."

Resserrer la communication du gouvernement

Pour autant, même si Olivier Véran marque une progression spectaculaire dans l'opinion, c'est bien l'homme fort de Matignon qui semble se démarquer ces derniers jours. Comme l'explique Le Figaro dans un article publié ce mardi, Édouard Philippe, lors des Conseils des ministres, est désormais installé aux côtés d'Emmanuel Macron, et non plus en face, illustration de son nouveau rôle de bras droit du président lors de cette période d'extrêmes tensions. 

Toujours selon le quotidien, le Premier ministre n'hésite pas, durant cette période, à rappeler à l'ordre son équipe gouvernementale.

"On est dans un moment où il faut être humble. Il n’y a pas de honte à dire qu’on ne sait pas quand on ne sait pas", a-t-il par exemple exigé lors d'une réunion tenue lundi soir. Lui même "dit quand il ne sait pas", explique l'un des proches conseillers à BFMTV. "Certains le lui reprochaient à une époque, peut-être constatent-ils aujourd'hui que ça rassure les Français dans la crise."

Un conseil appliqué dès le lendemain par Olivier Véran qui, questionné sur la généralisation et l'obligation du port des masques dans le futur, s'est fendu d'un "peut-être".

C'est aussi en grande partie au Premier ministre que revient le travail d'élaboration de la stratégie de sortie de confinement, qui, il a encore rappelé récemment, ne sera pas pour les jours à venir. C'est Edouard Philippe qui, lors d'une allocution aux Français la semaine passée, avait évoqué l'idée même d'un déconfinement, terme qui lui a été reproché dans les heures qui ont suivi, jugé trop prématuré par certains dans la classe politique ou parmi les soignants.

"Il est constant, il ne change pas, ni dans sa méthode, ni dans son style, ni dans sa méthode de gouverner", affirme l'un de ses proches conseillers à BFMTV. Il essaie de garder la discipline gouvernementale, le sens du collectif, la loyauté complète vis-à-vis du président de la République, et une manière de communiquer très propre à lui: assez pédagogique, très opérationnelle, chiffrée, précise."

Plus grande exposition 

"De la discipline et de la cohérence" dans l’expression de l'exécutif, c'est qu'a réclamé Emmanuel Macron en personne à Edouard Philippe, rapporte d'ailleurs L'Opinion. Ainsi, en l'espace de six jours, le Premier ministre a pris la parole à trois reprises, pour marteler les messages gouvernementaux. Car de nombreux couacs avaient emaillé la communication gouvernementale ces dernières semaines.

Alors que les appels au confinement se multipliaient, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, avait par exemple appelé les personnes sans emploi ou au chômage technique à rejoindre les activités agricoles. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, elle, expliquait que le président de la République ne portait pas de masque "parce qu'il n'y en a pas besoin lorsqu'on respecte la distance de protection" - quelques heures avant que le chef de l'Etat ne s'affiche avec un tel équipement, lors d'un déplacement à Mulhouse.

"On pilote de façon restreinte et c’est beaucoup plus efficace. On se demande même à quoi servent certains ministres, quand on voit comment ça marche sans eux", ose un membre du gouvernement, toujours dans les colonnes de L'Opinion

Désormais, la communication est resserrée autour du Premier ministre. "Il faut avoir une validation de Matignon pour faire un média", affirme un membre de l'exécutif au Figaro. "C'était le cas avant. Mais la différence, c'est que maintenant, ils disent beaucoup non."

"Calme", "stressé" et "concentré"

Pour autant, ce nouveau rôle endossé par Édouard Philippe inclut quelques côtés bien plus ingrats. 

"Si Philippe monte en première ligne, c’est aussi qu’il doit craindre un scénario du genre de celui du sang contaminé, qui s’était soldé par la mise en cause de Laurent Fabius. D’autant que si le président doit se protéger, il s’en servira de fusible. Il n’aura pas le choix", explique un ancien directeur d’administration dans les colonnes du Figaro

Le Premier ministre craint-il d'endosser ce rôle? Quoi qu'il en soit, cette épreuve semble lourde pour l'ancien membre de LR dont la barbe blanchit à vue d'œil, et qui est, selon un proche, "vanné". "Il reste calme, mais stressé, oui bien sûr, et concentré", commente l'un de ses proches conseillers auprès de BFMTV. Avec la crise du Covid-19 après les retraites, "on a enchaîné le steeple-chase et le marathon", explique cette même source. "C'est différent des retraites car c'est une crise aiguë qui demande de prendre des décisions en permanence et très rapidement. Le rythme est beaucoup plus effréné."

Pour autant, parmi ses proches, on l'assure. "Sa ligne, c'est l'Etat": "Il est infiniment plus passionné à parler de la montée en puissance des places en réanimation plutôt que d'être dans le pathos et parler de lui."
Camille Langlade et Agathe Lambret avec Hugo Septier