BFMTV

Coronavirus: le gouvernement a-t-il abordé trop tôt le sujet du déconfinement?

Du côté de l’opposition comme de la majorité, certains jugent la communication du gouvernement imprudente alors que le Premier ministre a évoqué la semaine dernière le déconfinement. D’aucuns craignent que cette projection induise un relâchement de la part des Français.

Le mot "déconfinement" a-t-il été prononcé trop tôt? Certains élus reprochent à l’exécutif le choix de sa communication qui est, selon eux, propice à un relâchement de la part des Français, appelés à rester chez eux depuis le 17 mars. 

Le gouvernement a évoqué le sujet de la sortie de crise "trop vite, trop tôt, de manière très imprudente", a tancé Eric Ciotti sur Europe 1 ce lundi matin. 

Même son de cloche du côté du patron des députés LR, Damien Abad, qui observe que la discipline à l’égard des règles de confinement se fragilise. Or cette mesure est "indispensable pour éviter une deuxième vague" de malades du coronavirus, a rappelé l'élu de l'Ain auprès d'Europe 1, Cnews et Les Echos

Stratégie réfléchie

Ce sujet épineux - qui ne trouve pas encore de solution - a été mis sur la table la semaine dernière au cours de la mission d’information parlementaire sur le Covid-19. Le président du perchoir a questionné le Premier ministre dont la réponse était "bien sûr coordonnée avec l’Elysée", assure à l’Opinion un responsable de la majorité. L’entourage d’Edouard Philippe confirme à BFMTV que ce choix thématique et lexical était mûrement réfléchi, visant à donner une perspective aux Français et à préparer progressivement le futur. 

"La stratégie calée avec le président de la République et le président de l’Assemblée nationale est de jouer la transparence. Bien sûr qu’on analyse en temps réel l’opinion publique. On a bien conscience que c’est la question que se posent tous les Français", abonde un proche d’Edouard Philippe dans les colonnes de l’Opinion

Une stratégie qui ne remporte pas l’unanimité, même du côté de la majorité où certains redoutent les effets pervers d’une projection jugée précoce. "Il ne faut pas se projeter collectivement dans la phase de déconfinement. Rien n’est pire que d’envoyer des messages qui pourraient décourager les Français", avertit dans le quotidien politique un cadre du mouvement. 

Rappel à l'ordre

Conscient des risques de cette sortie, Edouard Philippe est revenu jeudi sur le sujet en rappelant à l’ordre les Français: 

"La fin du confinement n'est pas pour demain matin. Ce qui est à peu près acquis à ce stade, c'est que ce déconfinement ne pourra intervenir que de façon progressive. La pire des choses ce serait que la discipline se fragilise, s'étiole." 

Le week-end dernier - appréhendé par les autorités car il sonnait le début des vacances pour la zone C - n’a cependant pas enregistré l’insubordination redoutée: sur 1,4 million de contrôles, 67.000 verbalisations ont été recensées par le ministère de l’Intérieur.

Si le déconfinement a déjà été abordé, la logique reste donc à l'isolement jusqu’au 15 avril, "et probablement plus longtemps". Dans le même temps, le gouvernement planche sur "plusieurs scenarii possibles" de déconfinement, sous l'égide de Jean Castex, "un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d'efficacité", a conclu le Premier ministre. 

Ambre Lepoivre