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Une haine de la police qui remonte à l'adolescence de Coulibaly

Amédy Coulibaly sur une vidéo postée sur Internet.

Amédy Coulibaly sur une vidéo postée sur Internet. - OFF TV - AFP

La haine de la police est ancienne chez Amedy Coulibaly. Il y a 14 ans, le terroriste alors petit délinquant a vu son meilleur ami tué par un policier. D'après des témoins, cet épisode l'aurait durablement marqué.

Un drame est-il à l'origine de la radicalisation d'Amedy Coulibaly, le tueur d'une policière à Montrouge et de quatre otages à la porte de Vincennes? Selon nos informations, le terroriste a commencé à nourrir sa haine des forces de l'ordre en 2000, lorsque son meilleur ami Ali est tué par un policier.

Combs-la-Ville en septembre 2000, une arrestation tourne au drame

Selon Me Pierre Mairat, l'avocat d'un de ses ex-complices, ce drame sans doute fondateur de la vocation criminelle d'Amedy Coulibaly s'est déroulé en septembre 2000 à Combs-la-Ville, au sud-est de Paris. Ce jour-là, celui qui deviendra tristement célèbre dans toute la France n'est encore qu'un délinquant de droit commun. Il charge des motos volées dans une camionnette, aidé de deux complices.

La police intervient et tire sur Ali, le conducteur de la camionnette, qui tente de s'enfuir. Selon maître Pierre Mairat, "le policier, un jeune stagiaire, a tiré à cinq reprises". Il bénéficiera d'un non-lieu et ne sera donc pas jugé. De son côté, Amedy Coulibaly est arrêté et condamné.

Un sentiment d'injustice servi par une personnalité ambivalente

Quelle était la personnalité du jeune Amedy Coulibaly? Selon Kamel, un ancien ami rencontré par BFMTV, c'était "une personne très respectueuse, discrète". "Il a sombré dans la délinquance, à partir de septembre 2000 après la mort de son copain. Ça a dû rester au fond de son cœur", confie-t-il. Selon lui, le jeune Amedy n'aurait pas pu bénéficier d'une autorisation de sortie de prison pour aller enterrer son père, autre source de son injustice.

Un ex-éducateur rencontré par Le Parisien nous en dit plus sur la jeunesse de Coulibaly. De-Charles Claude Aka décrit un jeune garçon de 12 ans qui "séchait le collège" et avait des "fréquentations communautaires". "Seul homme à la maison" et "sans modèle", "il était sans cesse dans la provocation", se souvient-il aussi. Sa foi est déjà très présente. "Il refusait des sorties ou stoppait des conversations, car il voulait prier", raconte encore l'ancien éducateur.

Sa radicalisation daterait de ses séjours en prison, où il rencontre Chérif Kouachi en 2005, à Fleury-Mérogis, selon le JDD. Un problème que le gouvernement semble vouloir prendre à bras le corps. Le Premier ministre, Manuel Valls, doit annoncer mardi une série de mesures pour lutter contre ce phénomène. Sur BFMTV lundi, Manuel Valls évoquait déjà la piste d'une généralisation des cellules individuelles pour les détenus jihadistes.

Mais selon maître Mairat, c'est bien un sentiment d'injustice qui est à l'origine de la dérive d'Amedy Coulibaly. "On ne peut pas s'affranchir de cet immense sentiment d'injustice de voir son ami tomber sous les balles des policiers, sans voir la justice passer." La suite est malheureusement connue. Quatorze ans après avoir vu son meilleur ami mourir, Amedy Coulibaly tuera cinq personnes: une policière municipale à Montrouge et quatre otages tués à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes.

David Namias avec Sarah-Lou Cohen