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Un couple jugé à Grasse pour s'être fait passer pour des victimes des attentats du 13 novembre

Un couple de fausses victimes des attentats de Paris, qui avaient escroqué le Fonds de garantie des victimes du terrorisme, ont été condamnées jeudi à six ans et trois ans ferme par le tribunal correctionnel de Grasse. Sept autres dossiers similaires font actuellement l'objet d'enquêtes par le parquet de Paris.

Pour éponger leurs dettes, ils étaient prêts à tout: comme prétendre être toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. Un couple d'Antibois a été condamné ce jeudi à six et trois ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, pour avoir prétendu être des victime des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Ils avaient indiqué avoir été présents près du Stade de France, à Saint-Denis. La prévenue avait notamment soutenu avoir été "soufflée" par l'explosion d'un kamikaze.

Ce sont les plus lourdes peines jamais prononcées dans ce type de dossier. Le tribunal de Grasse, dans un souci "d'exemplarité pénale", a tenu à faire "une application particulièrement stricte de la loi".

"La sanction qui a été prononcée aujourd'hui est aussi un marqueur. Il faut que les personnes peu scrupuleuses sachent, lorsqu'elles veulent commettre ce type d'infraction, à quoi elles s'exposent", a expliqué le procureur de la République de Grasse Georges Gutierrez.

Les deux prévenus ont également été condamnés à verser chacun 30.000 euros en réparation au Fonds de garantie des victimes du terrorisme et d'autres infractions (FGTI), à hauteur du montant des indemnités qui leur avaient été versées à la suite de ces allégations.

La même arnaque avec l'attentat de Nice

Pour leur défense, ils ont expliqué avoir des dettes à rembourser. Ils ont également investi une partie des 60.000 euros perçus dans l'achat de véhicules destinés à la revente dans un cadre professionnel. L'intégralité des sommes a déjà été dépensée.

Les deux escrocs ont été démasqués lorsqu'ils ont de nouveau, après cette fois l'attentat de Nice sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016, déposé une demande d'indemnisation pour cet attentat. Le FGTI avait alors saisi les services de police. L'enquête menée a alors pu établir, notamment à partir de témoignages, qu'ils étaient en réalité ensemble à Antibes le soir du 13 novembre, et non à Paris comme ils le prétendaient.

7 autres enquêtes ouvertes par le parquet de Paris

En France, ce procès pour escroquerie n'est pas un cas unique. Le 21 novembre dernier, une fausse victime des attentats de Paris avait déjà été condamnée à un an de prison ferme. Sept autres enquêtes visant de potentielles fausses victimes des attentats sont actuellement ouvertes par le parquet de Paris, selon nos informations.

Certaines associations de victimes s'inquiètent de ces comportements peu scrupuleux, qui pourraient amener le processus d'indemnisation à se rigidifier et se compliquer.

"Ça peut porter atteinte à la nécessaire reconnaissance des vraies victimes. Il ne faut pas que ça nourrisse l'amalgame, et rappeler une nouvelle fois que c'est très marginal et qu'il revient à la justice d'avoir une sanction exemplaire", a assuré Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats (Fenvac).

Près de 3.000 dossiers d'indemnisation sont encore en cours. Un chiffre qui pourrait grossir, un groupe d'avocats de victimes réclamant toujours la reconnaissance d'un "préjudice d'angoisse" face à l'absence de dédommagement pour les rescapés marqués psychologiquement.

A.Mi & Florian Huvier avec AFP