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Tuerie de Bruxelles: Nemmouche arrêté, les prisons pointées du doigt

C'est en prison que le suspect s'est radicalisé, avant de partir pour la Syrie. (Photo d'illustration)

C'est en prison que le suspect s'est radicalisé, avant de partir pour la Syrie. (Photo d'illustration) - -

Mehdi Nemmouche, soupçonné d'être l'auteur de la tuerie au Musée juif de Bruxelles, s'est radicalisé en prison avant de rejoindre la Syrie. C'est lors de son dernier séjour que son radicalisme religieux a été remarqué.

Un jeune homme "vif, intelligent, attachant". Les mots de Soulifa Badaoui, l'ancienne avocate de Mehdi Nemmouche, suspect numéro 1 dans l'affaire de la tuerie du Musée juif de Bruxelles, traduisent son étonnement de le voir soupçonné. Il n'était "pas ancré dans la délinquance", explique-t-elle. Mais comme Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche a connu la prison: délinquant multirécidiviste, il y a passé près de cinq ans lors de son dernier séjour, de 2007-2012.

"En 2007, la religion n'avait aucune place dans sa vie. Il n'avait aucune pratique religieuse", raconte encore à BFMTV, son avocate. Mais, c'est là en prison, qu'il s'illustre par "son prosélytisme extrémiste" et son "radicalisme religieux", détaille dimanche le procureur de Paris, François Molins. Selon lui, le suspect fréquentait un groupe de "détenus islamistes radicaux", et faisait appel à la prière collective en promenade. C'est trois semaines après sa libération qu'il s'est rendu en Syrie, fin 2012, vraisemblablement pour combattre auprès de groupes jihadistes.

Mehdi Nemmouche n'est pas le seul exemple: en prison, certains délinquants rencontrent d'autres détenus, des meneurs extrémistes religieux. "Ils vont leur expliquer qu'ils ne sont pas coupables. Ceux qui sont coupables, ce sont les impies, la société française ou européenne qui les a condamnés à la misère et mis leurs parents au chômage", explique Gilles Kepel, politologue et spécialiste de l'Islam.

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Le personnel pénitentiaire désemparé

Ces meneurs visent des individus fragiles, défavorisés, au lourd passé familial. Et leur offrent une histoire, un discours dont ils sont les héros. "On leur dit que le malaise qu'ils ressentent, c'est le signe que Dieu les a élus comme un être surpuissant", explique Dounia Bouzar, auteur de Désamorcer l'islam radical (éditions de l'Atelier). "On leur dit 'tu as une mission, c'est de régénérer le monde, donc tu dois purifier les musulmans, éliminer ceux qui ne sont pas choisis pour posséder la vérité comme toi. Et tu dois exterminer le reste du monde'."

Certains aumôniers musulmans dans les prisons relativisent l'ampleur de cette radicalisation. Mais ils reconnaissent l'influence de certains détenus, imams autoproclamés, sur quelques petits groupes. Foudil Benabadji, aumônier musulman dans les prisons, reconnaît qu'"il y a toujours des leaders, des petits cowboys qui s'estiment capables de faire du prosélytisme".

Avec les transferts de détenus, le phénomène se serait exporté de prison en prison. De son côté, les services pénitentiaires expliquent manquer cruellement de personnel pour surveiller de près ces individus.

dossier :

Mehdi Nemmouche

A. K. et vidéo Romain Zlatanovic et Pierre Caillé