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Radicalisation et terrorisme: "On pose mal le problème", selon Marc Trévidic

Marc Trévidic en 2013

Marc Trévidic en 2013 - BFMTV

Marc Trévidic, juge antiterroriste pendant dix ans, a estimé sur notre antenne que la France posait "mal le problème" du terrorisme et de la lutte contre la radicalisation. Et selon lui, tout n'a pas été tenté dans le cadre des centres fermés.

Tout n'a pas été essayé pour lutter contre la radicalisation. Invité de BFM Politique ce dimanche, Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, a estimé que la France "pose mal le problème" et qu'une troisième voie était possible face au terrorisme.

Selon lui, la question de la prolongation de l'état d'urgence est l'arbre qui cache la forêt. Pour cet ancien juge d'instruction pendant dix ans à l'antiterrorisme, le vrai problème n'est pas l'état d'urgence en soi mais "jusqu'où on veut aller comme système dérogatoire au droit commun".

"Ce qu'il y a derrière l'état d'urgence, ce n'est pas la prolongation, c'est jusqu'où on veut aller dans les mesures exceptionnelles pour lutter contre Daesh."

Le système est "débordé"

Et, ajoute-t-il, l'état d'urgence ne peut être efficace sans un maillage du territoire par les services de renseignement. "On doit avoir un système de détection fort des gens potentiellement dangereux par les services de renseignement. Mais après, pour ceux qui sont vraiment dangereux, qui présentent une menace, ils ont vocation à aller devant le juge."

Pour Marc Trévidic, le système est "débordé", "dépassé par la masse des gens à surveiller" et un manque de "capacités d'enquête, ce qu'on faisait avant pour trouver des preuves et amener les individus devant les tribunaux".

L'ancien juge antiterroriste ajoute que depuis l'assassinat du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, plus aucun suspect ne bénéficie de liberté conditionnelle. "Les gens vont en prison." Mais pour le magistrat, entre la liberté ou la prison, la solution est ailleurs.

"Il faut créer la troisième voie dont on parle depuis longtemps: des centres fermés avec des gens qu'on peut estimer déradicalisables ou resocialisables."

"Ceux qui sont partis sont des criminels"

Or, selon lui, tout n'a pas été tenté sur le sujet. "On a fait un centre, et encore pour des volontaires", expérience peu probante et aboutie selon lui. Il estime que des centres fermés, comme certains à l'étranger où se sont déroulées "des expériences beaucoup plus approfondies", n'ont pas été suffisamment mis en œuvre en France. Et que les jeunes détectés pour leur radicalisation devraient y être pris en charge.

Concernant la question des revenants, ces Français qui reviennent sur le territoire après un séjour en Irak ou en Syrie, la réponse est "très simple", estime Marc Trévidic.

"Ces gens qui ont rejoint Daesh sur la dernière phase, la phase où le groupe était ouvertement sanguinaire et s'en prenait à la France, doivent passer en cour d'assises. Ils ont fait partie d'un groupe criminel, doivent être jugés pour cela et prendre des peines lourdes. Ils savaient qui ils allaient rejoindre. On n'est pas en 2013 où il y avait un flou. Les derniers qui sont partis après les attentats de Charlie Hebdo ou du 13 novembre sont des criminels."

Céline Hussonnois-Alaya