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Mourad Fares, ancien "sergent recruteur" de Daesh, est jugé à partir de ce lundi à Paris

Drapeau de Daesh (illustration)

Drapeau de Daesh (illustration) - AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Mourad Farès est accusé d'avoir recruté des dizaines de ressortissants français pour combattre en zone irako-syrienne, dont l'un qui deviendra l'un des kamikazes du Bataclan.

Du Lac Léman à Alep. A partir de ce lundi, la cour d'assises spéciale juge à Paris Mourad Farès, un Haut-Savoyard accusé d’avoir été l’une des principales figures de recrutement de jihadistes français. Âgé de 35 ans, il comparaît jusqu'à jeudi pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle, financement du terrorisme et direction d'un groupe terroriste". En détention provisoire depuis cinq ans, l’accusé aurait depuis adopté une "posture de repenti" auprès de l'administration pénitentiaire.

Un bac S à Thonon-les-Bains

Originaire de Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, Mourad Farès obtient son baccalauréat scientifique avec mention. Il poursuit ses études d'hôtellerie à Lyon, sort, fume et boit comme les jeunes de son âge, tout en étant "au fait de la religion musulmane", selon une interview donnée au site Vice, en février 2014. Puis un "élément déclencheur" intervient: la mort de son cousin à 32 ans qui a été, dit-il, "un déclic".

Par Facebook, il prend alors contact avec une personne déjà présente en Syrie, traverse l'Europe en voiture et arrive à Alep en juillet 2013. Il avait reçu préalablement plusieurs virements bancaires, qui auraient, selon les magistrats, pu servir à financer son voyage. Lui les a justifiés en invoquant des collectes sur internet pour des personnes dans le besoin.

Sur place, il rejoint le quartier général du califat et reçoit une formation sur le maniement des armes. Toutefois, il nie auprès des enquêteurs avoir combattu, limitant son rôle à quelques surveillances.

"Oui je suis terroriste et fier de l’être!"

Rapidement, il se serait "désolidarisé" de l'organisation Etat islamique pour rejoindre, fin 2013, le groupe mené par le Franco-Sénégalais Oumar Diaby, un important recruteur de volontaires, notamment francophones. 60 jihadistes l'auraient suivi, se targue-t-il alors auprès de Vice, sans compter les combattants qu’il aurait incités à quitter l’Hexagone:

"Tous les jihadistes dont on parle dans les journaux sont passés par moi", fanfaronne-t-il alors.

Son nom revient dans les principales affaires d'acheminement de jihadistes françaises de l'époque. Il est notamment soupçonné d'avoir orchestré le départ, en décembre 2013, de dix jeunes du Bas-Rhin, surnommé les "10 de Strasbourg", dont Foued Mohamed-Aggad, l'un des futurs kamikazes du Bataclan.

Le recrutement passe également par les réseaux sociaux, où il se vante d’être un "terroriste": "Oui je suis terroriste et fier de l'être !!! C'est un ordre suprême d’Allah", rapporte L'Obs.

En juillet 2014, l'étau se resserre. Un mandat d'arrêt international est émis contre lui et il est finalement arrêté moins d'un mois plus tard en Turquie, puis rapatrié en France. Les autorités se félicitent d'avoir capturé un "sergent recruteur", selon les mots du ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve.

Ce lundi, il est jugé avec l’un de ses anciens compagnons de voyage, Ala Eddine Benali, 25 ans, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire. Deux autres hommes, Hachmi Hattabi et Bilel Ben Mimoun, arrivés avec Mourad Farès en Syrie et présumés morts, bien que toujours recherchés, seront jugés par défaut. En détention, Mourad Farès aurait, depuis, selon l’Agence France-Presse (AFP), adopté une "posture de repenti".

Esther Paolini avec AFP