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Attentats de l'Aude: les zones d'ombre du profil de Radouane Lakdim

Le profil de Radouane Lakdim, l'auteur des attaques terroristes de Trèbes et Carcassonne, illustre la difficulté d'évaluer la dangerosité des radicalisés pour les services de renseignement.

Si le parcours de Radouane Lakdim, franco-marocain de 25 ans abattu vendredi par le GIGN après avoir perpétré les attaques terroristes de Carcassonne et Trèbes, s'éclaire au fil des investigations, de nombreuses zones d'ombre demeurent toutefois.

Suivi intermittent

Suivi par la Direction générale de la sécurité intérieure depuis mai 2013 selon Libération, le jeune homme est ensuite fiché S en 2014 en raison de sa présence sur des forums salafistes et de velléités de départ dans la zone irako-syrienne. Le jeune homme est également inscrit au fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, qui compte environ 20.000 personnes.

À sa sortie de la maison d'arrêt de Carcassonne à l'été 2016, où il purgeait une peine d'un mois pour usage de stupéfiants, Radouane Lakdim fait l'objet d'une surveillance plus étroite de la DGSI. Infructueux, le dispositif est cependant levé au bout de quelques semaines.

"Il était fiché S, mais à un certain moment, c’est difficile de savoir si cette fiche S est encore valable, si le type est actif ou pas. À partir du moment où vous êtes un solitaire, vous communiquez peu. Si vous communiquez peu, vous n’êtes pas décelable. Ça c’est un danger pour les services de renseignement", explique à BFMTV l'ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue, devenu député La République en marche. 

Dissimulation

Plusieurs explosifs artisanaux et un pistolet automatique ont été retrouvés au domicile de Radouane Lakdim, indices qui nourrissent l’hypothèse d’un acte prémédité. L'ancienneté de son projet reste cependant une donnée inconnue, d'autant plus difficile à déterminer que de nombreux djihadistes suivent la doctrine de la "Taqîya", véritable art de la dissimulation. Une hypothèse que n'exclut pas notre consultant police-justice, Dominique Rizet:

"Soit Radouane Lakdim est passé à l’acte très rapidement, en l’espace de quelques jours, et personne n’a pu s’en apercevoir, ou alors ça veut dire qu’à l’époque où il était suivi, il a peut-être tellement bien joué le jeu que personne ne s’est aperçu qu’il était en train de préparer quelque chose." 

Le cas de Radouane Lakdim illustre toute la difficulté pour les renseignements d'évaluer le niveau de dangerosité d'un individu. Sur les radars des services, le jeune homme ne faisait pas partie du "haut du spectre" des individus jugés susceptibles de passer à l'acte.

Louis Nadau avec Jean-Baptiste Graziani