BFMTV
Police-Justice

Pourquoi Radouane Lakdim, fiché S, n'était plus sous surveillance

Des hommes du GIGN près du Super U de Trèbes vendredi 23 mars

Des hommes du GIGN près du Super U de Trèbes vendredi 23 mars - ERIC CABANIS / AFP

L'homme de 25 ans qui a tué quatre personnes vendredi au cours de plusieurs attaques dans l'Aude était fiché S mais n'était plus suivi depuis le début de l'année.

Après les attaques de Carcassonne et de Trèbes vendredi, les enquêteurs tentent désormais de comprendre les raisons du passage à l'acte de Radouane Lakdim, qui ne semblait plus être une menace aux yeux des autorités. Radouane Lakdim, l'homme de 25 ans qui a tué quatre personnes dans l'Aude, dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, était en effet fiché "S" pour radicalisation et liens avec la mouvance salafiste depuis 2014 mais sa surveillance avait été récemment levée.

Né au Maroc le 11 avril 1992, il vivait à Carcassonne et avait été naturalisé en 2004 car son père était devenu français, selon une source proche de l'enquête. En août 2016, il a fait un mois de prison après des condamnations pour "port d'arme prohibé", "usage de stupéfiants" et "refus d'obtempérer". 

Aucun "signe précurseur pouvant laissent présager un passage à l'acte terroriste"

En 2016 et 2017, il a été suivi par les services de renseignement, qui n'ont décelé aucun "signe précurseur pouvant laissent présager un passage à l'acte terroriste", selon le procureur de Paris, François Molins. Sa surveillance avait alors été arrêtée.

"Nous avions suivi" Radouane Lakdim "et nous pensions qu'il n'y avait pas de radicalisation", mais "il est passé à l'acte brusquement", a concédé le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Vendredi, celui-ci s'est pourtant présenté comme "un soldat" du groupe terroriste Daesh, qui a revendiqué les attaques.

"Si le profil d'étranger fiché pour radicalisation se confirme, ceux qui ont refusé la proposition des députés FN d'expulser immédiatement les étrangers fichés S porteront une responsabilité politique dans ce drame", avait déjà réagi vendredi en milieu d'après-midi Marine Le Pen sur Twitter. (Radouane Lakdim n'est pas "étranger" mais binational, NDLR).

"Il n'y a pas de faille"

D'autres responsables politiques se sont montrés plus mesurés, rappelant qu'il est impossible de mettre un policier derrière chaque "fichés S". 

"On n'a pas suffisamment de personnel de police pour pouvoir suivre chacune des personnes radicalisées parce qu'imaginez vous qu'il y a des cas beaucoup plus graves qui prennent des priorités et dans ces cas là les cas qui semblent moins sensibles sont laissés au profit de gens qui ont l'air plus dangereux et qui présentent des signes de dangerosité, c'est normal", a assuré sur BFMTV Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l'Orne.

Pour Eric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité intérieure, "il n'y a pas de faille" des services de renseignement et de sécurité étant donné que parfois "on ne peut pas, sur des profils vraisemblablement comme celui-là (celui de Radouane Lakdim), dire qu'a priori il était dangereux". Concernant la levée de son suivi, le spécialiste assure que les forces de l'ordre font face à un système de "vases communicants":

"A partir du moment où il y a des gens qui sont jugés plus dangereux et qu'il faut des moyens, il faut faire en sorte, avec les moyens dont on dispose, de traiter le plus de gens répertoriés dangereux possibles." 
M.P avec AFP