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Attentat de Charlie Hebdo: des suspects passés entre les mailles du filet

Saïd et Chérif Kouachi, principaux suspects dans la fusillade de Charlie Hebdo.

Saïd et Chérif Kouachi, principaux suspects dans la fusillade de Charlie Hebdo. - BFMTV

Bien que surveillés par les services de renseignements, Saïd et Chérif Kouachi, les deux principaux suspects dans l'enquête sur l’attaque contre Charlie Hebdo qui a fait douze morts, sont parvenus à passer à l'action.

Les deux suspects dans la fusillade meurtrière de la rédaction de Charlie Hebdo, Chérif et Saïd Kouachi, étaient connus des services de police. Alors qu'un appel à témoin a été lancé avec leur photo et leur identité pour parvenir à les localiser, le fait qu'ils aient réussi à mener une telle attaque alors qu'ils étaient surveillés pose la question d'une faille des services de renseignement. Comment ces deux hommes ont-ils pu échapper à la surveillance? Eléments de réponse.

> Une surveillance non-permanente

Le plus jeune des deux frères Kouachi, Chérif, 32 ans, a été condamné à trois ans de prison en 2008 pour avoir fréquenté la filière des Buttes-Chaumont, du nom de cette filière de recrutement jihadiste qui opérait dans le 19e arrondissement de Paris au début des années 2000, dans le but d'envoyer des jihadistes rejoindre les rangs de la branche irakienne d'Al-Qaïda.

Interpellé juste avant de s'envoler à destination de la Syrie, puis de l'Irak, il a été jugé en 2008 et condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Chérif Kouachi était donc bien connu des services antiterroriste.

"Ce n'est pas parce que vous êtes connu, logé, que vous êtes surveillé en permanence", explique à ce sujet Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). "A un moment, la surveillance s'arrête, surtout si vous êtes assez malin pour vous tenir à carreau pendant un moment. Ce sont les trous inévitables dans les mailles du filet".

> Pas de menace de passage à l'acte

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a confirmé que les deux individus "avaient fait l'objet de surveillance", tout en soulignant qu'"il n'y avait pas d'élément les concernant témoignant de l'imminence d'un attentat". Autrement dit, les deux frères n'étaient pas surveillés comme des cibles susceptibles de passer à l'acte, et ce malgré le fait que le cadet soit l'objet d'une fiche de Sûreté de l'Etat.

"Il a été condamné à trois ans de prison en 2008, ça n'en fait pas forcément un futur tueur", souligne ainsi René-Georges Querry, ancien chef de l'UCLAT, l'Unité de coordination de la lutte antiterrorisme, sur BFMTV. "En réalité, la grande difficulté des services antiterroristes aujourd'hui, c'est d'aller chercher dans la masse des centaines personnes qui sont connues pour leur radicalité, qui ont eu un petit passé judiciaire. Car tous ces gens-là ne sont pas des tueurs potentiels", ajoute-t-il.

> Un manque de moyens

A la menace d'attaque terroriste islamiste traditionnelle, à laquelle la France est soumise depuis les années 80, s'est ajoutée au cours des derniers mois le retour en masse dans l'Hexagone de centaines d'apprentis jihadistes de retour d'Irak ou de Syrie. Une multiplication des suspects potentiels, qui menace d'emmener les enquêteurs sur autant de fausses pistes. "Il y a plus de 120 ou 130 personnes qui ont fait l'objet d'interpellations ces derniers mois", rappelle René-Georges Querry. "Plusieurs dizaines d’entre elles ont été mises en détention, sur des faits juridiques qui ne sont pas des faits gravissimes en soi: ils sont allés en Syrie, sont revenus en France, se sont regroupés. Le problème, c'est le passage à l'acte soudain. Ça, hélas, ça ne se prévoit pas, ça ne se prédit pas".

Outre ces pistes, pas forcément fiables, l'antiterrorisme français manque de moyens pour généraliser la surveillance permanente à tous les individus représentant un risque potentiel. La surveillance 24h/24 d'un seul suspect, qui peut utiliser plusieurs téléphones différents, peut en effet nécessiter jusqu'à trente agents.

"Ce que nous faisons, c'est que nous établissons des listes. Ceux qui semblent les plus dangereux, les plus susceptibles de passer à l'action sont surveillés en permanence, les autres moins, en fonction des moyens", confiait récemment à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, l'un des responsables français de la lutte antiterroriste. Et d'ajouter: "la liste évolue sans arrêt, certains montent, d'autres descendent. Tout l'art consiste à avoir les bons noms à la bonne place, et ce n'est pas facile".