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Pourquoi les services de renseignements ont-ils cessé de suivre Yassin Salhi?

La police judiciaire sur les lieux de l'attentat à Saint-Quentin-Fallavier

La police judiciaire sur les lieux de l'attentat à Saint-Quentin-Fallavier - Philippe Desmazes - AFP

Fiché pendant deux ans puis surveillé ponctuellement, Yassin Salhi, auteur présumé de l'attentat en Isère, était connu des services de renseignements. Pourquoi était-il si difficile d'anticiper le tournant radical qui l'a vraisemblablement amené à décapiter un homme?

Tout comme Mohamed Merah, les frères Kouachi, et Amedy Coulibaly, Yassin Salhi, auteur présumé de l'attentat de vendredi en Isère, avait été surveillé par les services français. Un repérage qui ne l'a pas empêché de passer à l'acte et d'être aujourd'hui soupçonné d'avoir décapité un homme. Comment fonctionne cette surveillance?

Pourquoi Yassin Salhi a-t-il été fiché et surveillé?

Yassin Salhi avait été repéré par la police en raison de sa fréquentation de milieux radicaux. Selon Bernard Cazeneuve, il a fait l'objet de 2006 à 2008 d'une fiche de surveillance des services de renseignements pour radicalisation car il était "en lien avec la mouvance salafiste". Une source proche de l'enquête rapporte qu'il fréquentait un groupe de personnes adeptes de l'islam radical, sans pour autant faire de prosélytisme.

Mais comme l'a précisé le procureur de Paris François Molins, ce n'est pas la seule période pendant laquelle les lumières du renseignement se sont allumées. Après 2008, il a attiré "ponctuellement" l'attention des services entre 2011 et 2014, a priori ceux du renseignement territorial (les ex-RG), pour ses liens "avec la mouvance salafiste lyonnaise". En 2013, il y est à nouveau repéré par les services spécialisés pour sa fréquentation d'individus soupçonnés de liens avec l'islam radical.

Son profil radicalisé n'avait donc pas échappé aux autorités, et ce pendant des années. Par ailleurs, l'action des services n'est pas toujours inutile. Cinq attentats auraient été déjoués en France depuis le début de l'année, avait affirmé le Premier ministre, Manuel Valls, en avril.

Pourquoi les services ont-ils cessé de le suivre?

Les premiers éléments de l'enquête ont permis de préciser que le casier judiciaire de Yassin Salhi était vierge. Par ailleurs, la fiche du présumé terroriste, qui avait une durée de vie de deux ans, n'a pas été renouvelée en 2008, ce qui laisse croire que les services de renseignement n'ont pas jugé bon de poursuivre la surveillance.

  • La conduite de Yassin Salhi, père de famille de 35 ans, n'a pas permis de confirmer les soupçons qui pesaient sur lui. Il était devenu un profil dormant et n'a jamais fait parler de lui pour des faits délicteux.

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"Nous n'avons pas les moyens humains de suivre tout le monde, nous le disons depuis des lustres", explique un commissaire parisien à l'AFP. La fiche "S", dont il est question ici, n'est en effet que l'une des 21 sous-fiches du "fichier des personnes recherchées", qui comportait en 2010 plus de 400.000 noms. Manuel Valls estimait au mois de janvier que 3.000 personnes devaient être surveillées en France dans les milieux terroristes et cyber-jihadistes. Or, si 6.095 écoutes administratives ont été effectuées en 2012, en réalité, la loi interdit aux agents de "brancher" plus de 2.190 personnes à la fois.

La consigne des groupes terroristes: se faire oublier

Après s'être fait oublier, l'auteur présumé de l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier, a suivi à la lettre les directives données par les groupes Al Qaïda et Etat islamique: frappez où vous pouvez, comme vous pouvez, seul compte le retentissement médiatique. Ces formations encouragent leurs sympathisants, s'ils ne peuvent ou ne veulent rejoindre une "terre de jihad", à viser les "infidèles", militaires, policiers ou même civils, de toutes les manières possibles.

  • "On est passé de l'hyper-terrorisme (d'États), du 11 septembre au lumpenterrorisme", explique à l'AFP le criminologue Alain Bauer, auteur du livre "Terrorismes".

"Ce sont des micro-attentats menés par un ou deux opérateurs, avec leurs couteaux, leur voiture, leur gazinière... Ils sont moins structurés, professionnalisés et du coup peuvent faire plus de petits attentats. Mais l'effet est le même qu'il y ait une victime ou qu'il y en ait trois mille".

La loi controversée sur le renseignement est censée aider ces services, débordés depuis des mois, en leur offrant un cadre plus souple et de nouveaux moyens d'action (balises, écoutes, boîtes noires pour surveiller internet).

A. D. avec AFP