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Attentat en Isère: que sait-on du suspect interpellé?

Les premiers informations concernant le suspect principal de l'attentat en Isère ont été données par le ministre de l'Intérieur. Bernard Cazeneuve a dressé le portrait d'un homme, originaire de la banlieue lyonnaise, fiché en 2006 et sans casier judiciaire.

Près de six mois après les attentats de Paris, qui avaient fait 17 morts, le corps d'une personne décapitée a été retrouvé ce vendredi dans un site industriel de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, où deux personnes ont aussi été blessées dans une explosion. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a donné ce vendredi les premières informations concernant un suspect, interpellé peu après les faits et placé en garde à vue.

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Yassin Salhi, 35 ans, fiché en 2006

"L'identité du criminel est en cours de précision mais nous savons d'ores et déjà qu'il pourrait s'agir de Yassin Salhi", a annoncé le ministre de l'Intérieur ce jeudi.

Le suspect, arrêté sur les lieux par un pompier qui intervenait pour l'explosion, avait fait l'objet d'une fiche "S" en 2006 par les services de renseignements pour "radicalisation" et était "en lien avec la mouvance salafiste", selon Bernard Cazeneuve.

La fiche n'a pas été renouvelée en 2008, a ajouté le ministre, qui a précisé que ce suspect, âgé de 35 ans, n'avait pas de casier judiciaire. Bernard Cazeneuve a ajouté que le suspect, qui avait dans un premier temps refusé de donner son identité, vivait à Saint-Priest, non loin de Lyon.

Un homme décrit comme discret

Né à Pontarlier, dans le Doubs, il y a 35 ans d'un père d'origine algérienne et d'une mère d'origine marocaine, le suspect y avait été repéré par les services spécialisés dès les années 2005-2006, car il fréquentait un groupe de personnes faisant partie de l'islam radical, sans pour autant faire de prosélytisme, a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête.

Yassin Salhi "était un gamin calme, ce n'était pas un nerveux. C'était un plaisir de l'avoir à la mosquée, il était agréable", se souvient le président de la mosquée de Pontarlier, Nacer Benyahia, "très choqué" des faits reprochés au jeune homme. D'après lui, Yassin Salhi était encore adolescent lorsqu'il a perdu son père. Sa mère "a vendu leur maison de Pontarlier avant de partir", mais l'imam ne se sait pas vers quelle destination.

"Il était seul, c'était probablement la cible idéale pour les radicaux qui choisissent leur proie", estime le responsable religieux.

"Une vie de famille normale"

Le jeune homme quitte ensuite Pontarlier pour Besançon, où il s'installe dans le quartier de Planoise avec son épouse et ses enfants âgés à l'époque de 3 à 9 ans. En 2013, il y est à nouveau repéré par les services spécialisés pour fréquenter des individus présumés liés à l'islam radical. Puis, fin 2014, Salhi quitte le Doubs avec sa famille pour s'installer à Saint-Priest, en banlieue lyonnaise, dans un appartement situé au premier étage d'un petit immeuble social.

"On a une vie de famille normale", a déclaré à Europe 1 une femme présentée comme son épouse. Il "fait de la livraison (...) livre des cartons, des commandes, des choses comme ça", a expliqué son épouse à la radio, avant d'être elle-même interpellée.

Ses voisins décrivent un homme discret qui menait une vie sans histoire dans un quartier tranquille de la ville ouvrière.

L'un d'eux, âgé d'une cinquantaine d'annnées, raconte encore à propos de Yassin Salhi: "Il ne parlait à personne. On se disait juste 'bonjour-bonsoir'." Le suspect ne se distinguait pas non plus par sa tenue. "Il avait juste une petite barbe", selon lui. Un jeune présent sur place affirmait n'avoir "jamais vu" Yassin Salhi à la mosquée de Saint-Priest.

Probablement des complices

Selon les premiers éléments, l'auteur de l'attentat est arrivé dans une voiture bénéficiant d'un agrément pour accéder au site, classé Seveso et par conséquent protégé, et a foncé sur des bonbonnes des gaz, stockées en très grand nombre. Les gendarmes dépêchés sur place découvraient un corps "abjectement décapité", puis une tête accrochée au grillage d'enceinte: celle d'une victime "innocente", selon les termes du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, qui s'est très rapidement rendu sur place.

"Des instructions ont été données pour que l'enquête se poursuive et que d'éventuelles complicités soient identifiées", a expliqué le ministre de l'Intérieur.

Au moins un autre homme a été interpellé vendredi dans le cadre de l'enquête. Un véhicule a été repéré en train de faire des allers-retours suspects en périphérie de l'enceinte, son numéro d'immatriculation a été relevé et son propriétaire a été identifié. Il a été arrêté", a détaillé une source proche du dossier. Aucun lien formel n'a toutefois été établi à ce stade entre l'attaque et cet homme.

"Des personnes ayant pu participer à ce crime abject ont été mises en garde à vue après avoir été arrêtées", a encore dit le ministre de l'Intérieur, sans plus de précisions. 

A. D. avec AFP