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Nordahl Lelandais: comment les enquêteurs vont travailler sur les autres dossiers de disparition

Des recoupements vont être réalisés avec l'affaire Maëlys et celle Arthur Noyer.

Des recoupements vont être réalisés avec l'affaire Maëlys et celle Arthur Noyer. - AFP

Après la double mise en examen de Nordahl Lelandais dans l'affaire Maëlys et l'affaire Arthur Noyer, policiers et gendarmes vont réexaminer certains dossiers de disparitions non résolues. Les nombreux éléments compris dans ces dossiers d'enquête vont être comparés au parcours et aux informations dont les enquêteurs disposent sur Nordahl Lelandais.

La tuerie de Chevaline et l'affaire Estelle Mouzin pour les plus connues. Adrien Mourialmé, Jean-Christophe Morin, Ahmed Hamadou, pour les autres disparitions dans la région de Chambéry. L'interpellation, en août dernier, et la mise en examen dans l'affaire Maëlys, puis dans l'affaire Arthur Noyer, ce mercredi, de Nordahl Lelandais offre une nouvelle piste aux enquêteurs dans de nombreux dossiers de disparitions non résolues.

Lors d'une conférence de presse, le procureur de la République de Chambéry a indiqué que "toutes les disparitions inquiétantes dans la région" allaient être réétudiées à l'aune de ces deux nouvelles affaires criminelles. Ce sera le cas pour la tuerie de Chevaline, lors de laquelle quatre personnes - dont trois de la même famille - ont trouvé la mort en 2012 et pour la disparition d'Estelle Mouzin, une petite fille de 9 ans, à Guermantes, en Seine-et- Marne, en 2003. Au moins trois services d'enquêtes, hors de la région, vont également se lancer dans de nouvelles recherches.

Quels dossiers rouverts?

Aucune confirmation n'a été apportée pour les autres cas de disparitions inquiétantes mais ce choix interviendra dans le cadre d'une procédure judiciaire. "Il va y avoir un choix dans les dossiers reposant sur des critères qui rapprochent, d'une façon ou d'une autre, la disparition à l'une des affaires" qui concernent Nordahl Lelandais, estime Richard Marlet*, ancien commissaire et patron de l'identité judiciaire, citant à la fois une approche géographique et à partir de la typologie des victimes.

Une variété de dossiers pourrait alors être réexaminée alors que la justice enquête sur la disparition d'une petite fille de neuf ans et sur le meurtre d'un militaire de 24 ans. Car si la priorité reste donnée à ces deux affaires, gendarmes et policiers vont devoir faire le tri entre les 13 disparitions inquiétantes non résolues pour la seule région Auvergne Rhône-Alpes. Au niveau national, on estime qu'environ 50.000 personnes disparaissent chaque année, la plupart étant retrouvées rapidement. Actuellement, il y aurait une quinzaine de cas de disparitions de mineurs non élucidés.

"Lorsqu’on a des éléments nouveaux comme celui-ci, les familles souhaitent qu’on l’exploite pour être sûres ensuite que tout a été fait pour connaître la vérité", confie Bernard Valezy, ancien policier et président de la section Rhône-Alpes de l'association Assistance recherche de personnes disparues qui a répertorié les cas qui méritent des vérifications.

Méthode de l'escargot

A partir d'un travail d'initiative, déjà entamé, par des enquêteurs au niveau local ou au niveau national, gendarmes et policiers vont travailler à partir de la méthode dite de l'escargot, en élargissant le cercle géographique et temporel à partir des deux scènes de crime, celle de la disparition de Maëlys, le 27 août dernier à Pont-de-Beauvoisin, et celle d'Arthur Noyer, le 12 avril dernier, à Chambéry et dont le crâne a été découvert en septembre à Montmélian.

"L'emploi du temps de Nordahl Lelandais va être examiné pour chaque dossier pour le jour des faits, les jours précédents... pour voir s'il y une possibilité matérielle qu'il ait été présent sur les lieux des autres disparitions", détaille Richard Marlet.

Un immense travail méticuleux attend les enquêteurs, même si les dossiers rouverts sont déjà composés de nombreux éléments. Les réquisitions téléphoniques pour identifier le dernier parcours de la personne disparue ont déjà été réclamées auprès des opérateurs. Celles concernant les relevés bancaires également. Les images de vidéosurveillance ont déjà été récupérées ou visionnées. Les témoignages déjà enregistrés. "'Grâce aux' affaires Maëlys et Arthur Noyer, les enquêteurs disposent d'un fil conducteur: la description et l'immatriculation de la voiture du suspect et son ou ses numéros de téléphone", précise l'ancien commissaire divisionnaire.

AnaCrim, Salvac...

En effet, les gendarmes enquêtant sur la disparition d'Arthur Noyer sont remontés jusqu'à Nordahl Lelandais à partir du signalement de sa voiture, une Audi noire, qui figurait sur les images de vidéosurveillance d'un quartier de Chambéry, là où le jeune militaire a été aperçu pour la dernière fois. Dans ces deux affaires, il y aurait également en commun la volonté manifeste de faire disparaître les corps. Outre ce véhicule, ce sont des centaines, voire des milliers de données, téléphoniques notamment, qui vont être passées au peigne fin et comparées entre les différentes affaires de disparition. Pour cela, les enquêteurs vont pouvoir s'appuyer sur des outils informatiques.

Outre le fameux AnaCrim, qui a permis de relancer l'affaire Grégory en juin dernier, utilisé par le Service central de renseignement criminel de la gendarmerie, côté police, l'Office central pour la répression des violences aux personnes, qui traitent notamment des affaires de disparition, pourrait avoir recours à Salvac, un logiciel permettant d'effectuer des recoupements d'indices ou d'informations notés dans les procès verbaux d'investigation des différentes affaires. Une utilisation qui exige de la rigueur puisque seule une poignée d'analystes de la police nationale est autorisée à y entrer ces éléments, qui portent soit sur la scène de crime, soit sur les victimes ou sur les auteurs de crime.

La complexité des affaires anciennes

Ces nouvelles investigations vont être accompagnées par de réquisitions, par exemple pour la téléphonie, sur des périodes beaucoup plus larges. Concernant les affaires anciennes, les enquêteurs pourraient être gênés par le manque d'éléments. Au moment de l'affaire Estelle Mouzin, il y a 14 ans, les téléphones portables étaient beaucoup moins répandus. Idem pour les antennes relais permettant de localiser de manière assez précise un individu. Les outils informatiques "risquent de ne pas fonctionner comme avec les affaires récentes", reconnait Richard Marlet.

L'ancien patron de l'identité judiciaire, qui a notamment travaillé sur l'affaire Guy Georges, estime que l'heure est à la prudence et la patience, d'autant que les vérifications concernent un suspect interpellé. "Il faut éviter de faire des rapprochements qui n'en sont pas, cela fragiliserait la position de l'accusation", prévient le commissaire divisionnaire honoraire.

Justine Chevalier