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Des centaines de personnes à Paris en hommage à Cédric Chouviat, un an après sa mort

L'objectif de la marche était de rendre rendu hommage à ce livreur mort à l'âge de 42 ans, mais aussi à "toutes les familles de victimes" de violences policières.

La famille et les soutiens de Cédric Chouviat, mort après un contrôle le 3 janvier 2020 à Paris et devenu l'un des symboles du sujet brûlant des violences policières, ont marché ce dimanche pour honorer sa mémoire mais aussi demander la suspension des policiers, dont le maintien en exercice constitue, selon eux, un "scandale".

"C'est une marche en mémoire de notre fils, de notre père, de notre époux. C'est une marche silencieuse, dans le calme, sans bordel. On veut montrer que la famille Chouviat existera toujours", a déclaré devant les journalistes Christian Chouviat, le père du livreur de 42 ans.

Plusieurs centaines de personnes se sont élancées, peu après 14h15, de la place de l'Uruguay, dans le très chic 16e arrondissement de Paris: militants d'Attac, du Collectif Urgence notre police assassine ou Gilets jaunes. Cette marche entend aussi s'élever contre la proposition de loi "Sécurité globale", vivement contestée ces derniers mois lors de manifestations, notamment par les journalistes et les défenseurs des libertés publiques.

La marche doit se terminer quai Branly, à proximité de la Tour Eiffel, là où le contrôle de Cédric Chouviat avait eu lieu.

Sur le visuel annonçant la marche, le visage de Cédric Chouviat apparaît avec ces mots : "Quatre policiers m'ont tué. Moi, mort le 3 janvier. Eux, toujours policiers".

Trois policiers mis en examen

Me William Bourdon, Vincent Brengarth et Arié Alimi, avocats de la famille Chouviat, ont multiplié depuis un an et sans succès les courriers et interpellations publiques pour obtenir cette suspension.

Pour les deux premiers, "l'absence de mesure administrative provisoire" à l'encontre des fonctionnaires mis en cause, "incohérente au regard de la terrible gravité des faits, traduit manifestement une tolérance de la part de la hiérarchie, incompréhensible et insupportable pour la famille."

Le père de famille de 42 ans a été plaqué au sol avec son casque de moto sur la tête lors de ce contrôle policier du 3 janvier 2020, provoquant son malaise. Transporté dans un état critique à l'hôpital, il est mort le 5 janvier. Quatre policiers ont participé à ce contrôle quai Branly. Trois ont été mis en examen pour "homicide involontaire", tandis qu'une quatrième policière a été placée sous le statut de témoin assisté.

La suspension de ces policiers est "le plus important pour nous", a déclaré avant le départ de la marche son père, Christian Chouviat, soulignant que le fait qu'ils n'aient pas été suspendus "est un scandale". Et la décision "ne dépend que de Gérald Darmanin", a-t-il martelé.

Entourée d'autres familles ou proches de personnes mortes dans des dossiers où les forces de l'ordre sont mises en cause, comme Babacar Gueye ou Ibrahima Bah, la mère de Cédric Chouviat, Doria, a elle aussi demandé leur suspension. "Je ne peux pas accepter que la quatrième policière ne soit que témoin assisté", a-t-elle ajouté. Les policiers "travaillent encore et nous ne le comprenons pas".

Selon l'Inspection générale de la police nationale, l'un des quatre policiers a pratiqué sur Cédric Chouviat un "étranglement arrière" pour l'amener au sol, une technique controversée dont l'ex-ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé en juin le futur abandon. Dans leur compte-rendu initial d'intervention, daté du jour des faits et signé par la policière au nom des quatre membres de l'équipage, les policiers ne faisaient pas état de cet "étranglement arrière".

"J'étouffe"

Mais comme dans le dossier Michel Zecler, un producteur de musique violemment frappé en novembre à Paris par des policiers, ce sont des vidéos, tournées notamment par la policière et par Cédric Chouviat, qui ont apporté des éléments déterminants au dossier d'instruction.

L'IGPN a ainsi pu établir que le jeune homme avait déclaré à plusieurs reprises "j'étouffe" avant son malaise. Elle a aussi établi que les gestes de secours n'ont été pratiqués, comme l'ont relevé les juges, qu'"à l'issue d'une période de flottement relativement longue", malgré "l'état de détresse (...) tout à fait évident" de Cédric Chouviat.

Interrogés par les juges en juillet, les policiers ont contesté avoir perçu les "signes manifestes" de l'asphyxie de Cédric Chouviat assurant qu'ils auraient réagi s'ils avaient entendu ses derniers mots, "j'étouffe".

Cette expression est devenue l'emblème de ce dossier et l'un des symboles d'une année 2020 marquée par la question des violences policières : la colère de la famille Chouviat a ainsi été ravivée en juillet lorsque le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a déclaré qu'il "s'étouffait" en "entendant le mot 'violences policières'".

Une reconstitution sonore de l'événement

Désormais, les juges enquêtent dans plusieurs directions : ils envisagent une reconstitution sonore des événements, afin de déterminer si ces mots de détresse étaient audibles dans le contexte bruyant de la scène. Ils attendent aussi le retour d'une expertise médicale de synthèse.

Un premier rapport d'autopsie avait noté chez Cédric Chouviat une asphyxie avec "fracture du larynx" ainsi qu'"un état cardiovasculaire antérieur", faisant s'interroger la défense des policiers sur la possibilité que ce dernier élément ait pu jouer un rôle dans la mort du livreur dans un contexte de "stress intense".

Mais une première expertise du coeur rendue fin août "n'a pas permis de retrouver de lésions pathologiques anciennes ou récentes susceptible d'interférer avec le devenir immédiat" de la victime.

Cy.C avec AFP