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TOUT COMPRENDRE - Affaire Chouviat, un livreur décédé après une interpellation, la famille lance un appel à Macron

Des images amateur de l'interpellation de Cédric Chouviat, diffusées par la famille de la victime .

Des images amateur de l'interpellation de Cédric Chouviat, diffusées par la famille de la victime . - BFMTV

Cédric Chouviat, 42 ans, est mort au mois de janvier dernier à la suite de son interpellation. Les quatre policiers présents ont été entendus lors d’une garde à vue à l’Inspection générale de la police.

“Nous lançons un appel à la responsabilité de chacun, et à ceux qui sont le plus responsable dans ce pays, c’est-à-dire le président de la République et le gouvernement. Nous sommes dans un moment charnière dans l’histoire de notre pays, bien sûr la France n’est pas les Etats-Unis mais la France se rapproche des Etats-Unis.” Après les dernières révélations sur l’enquête sur la mort de Cédric Chouviat, l’avocat de la famille de ce livreur mort en janvier dernier à la suite de son interpellation, fait le parallèle entre ce décès et celui de George Floyd, qui a déclenché une vague de protestation contre les violences policières.

La famille de Cédric Chouviat en appelle au président de la République et au ministre de l’Intérieur pour faire suspendre les policiers présents lors de l’interpellation du livreur, mais aussi pour réclamer l’interdiction de la pratique de la clé d’étranglement. Retour sur l’affaire Chouviat, qui après l’affaire Traoré, est devenue le symbole de ceux qui dénoncent des violences policières.

> Que s’est-il passé le 3 janvier 2020?

Il est 9h54 ce 3 janvier 2020 lorsque Cédric Chouviat, un livreur de 42 ans qui travaille pour l’entreprise familiale, est contrôlé par un équipage police-secours alors qu’il circule sur son scooter sur le quai de Branly dans le VIIe arrondissement de Paris. Le père de famille est verbalisé puis les policiers le laissent repartir.

Avant de repartir, les policiers lui demandent de nettoyer sa plaque d’immatriculation puis le ton monte. Les échanges sont tendus pendant près de 10 minutes avant que les policiers disent que le contrôle est terminé. Cédric Chouviat leur lance: “vous êtes des guignols”, “des clowns”. L’homme leur hurle également de ne pas le pousser.

Les policiers du commissariat du VIIe arrondissement décident alors de l’interpeller.

> De quoi est mort est Cédric Chouviat?

Lors de son interpellation qui a duré 22 secondes, Cédric Chouviat a fait un malaise cardiaque. Il est décédé deux jours plus tard. L’autopsie de l’homme de 42 ans a révélé qu’il est mort à la suite d’une “manifestation asphyxique avec une fracture du larynx”.

Un spécialiste de l’IRCGN, l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, a étudié plusieurs enregistrements vidéo réalisés lors de l’interpellation par Cédric Chouviat avec son téléphone portable, par un des quatre policiers et par un automobiliste qui a assisté à la scène.

Cette analyse permet de faire le déroulé du contrôle de Cédric Chouviat et surtout sur les dernières secondes de l’interpellation, c’est-à-dire jusqu’au moment où le livreur finit par être menotté. Comme l’a révélé Le Monde et Mediapart, durant ces 22 secondes, l'expert de l’IRCGN note qu'on entend Cédric Chouviat dire "Arrête", "Je m'arrête", puis "J'étouffe" à sept reprises. Hormis la phase d'interpellation, il n'a pas été mis en évidence des propos ou des bruits flagrants de violence, de la part de Cédric Chouviat comme de la part des policiers.

> Quelle est la défense des quatre policiers?

Les policiers ont rapidement évoqué le caractère virulent de Cédric Chouviat au moment du contrôle puis de son interpellation. Mercredi dernier, les quatre policiers ont été entendus, sous le régime de la garde à vue, une situation très rare, par les policiers de l’IGPN, la “police des polices”. Selon leur avocat, ce n'est qu’à ce moment-là qu’ils ont découverts les derniers mots prononcés par Cédric Chouviat.

“Ils ne l’ont pas entendu dire ‘J’étouffe’, a assuré Me Laurent-Franck Lienard. Les mots ont été prononcés dans un micro collé à la bouche de Monsieur Chouviat. Ils étaient en train de se battre contre lui pour essayer de le menotter donc ils ne l’ont pas entendu.” L’avocat déplore également le parallèle fait entre la mort de Cédric Chouviat et celle de George Floyd aux Etats-Unis.

“Est-ce que vous pensez sérieusement que des policiers parisiens entendraient quelqu’un dire ‘J’étouffe’ et continueraient à l’étouffer volontairement pour le tuer”, questionne Me Liénard.

L’analyse des vidéos réalisée par les “experts” de la gendarmerie a établi que sur les enregistrements réalisés par l’un des policiers des bruits extérieurs, notamment les bruits de la circulation, sont très présents. Ces bruits ambiants sont beaucoup moins présents sur ceux captés par le téléphone de Cédric Chouviat.

> Que réclame la famille de Cédric Chouviat?

Une information judiciaire a été ouverte pour “homicide involontaire” après la mort de Cédric Chouviat. Elle devra notamment déterminer comment le père de famille a été victime d’une fracture du larynx ou pourquoi les policiers ne lui ont pas enlevé son casque. Les quatre policiers seront prochainement convoqués chez le juge d'instruction. Ils ne sont pas suspendus pour l'instant.

C’est cette suspension que réclame désormais la famille de Cédric Chouviat, qui a assuré “avoir confiance en la justice”. “Je voulais prendre la parole pour m’adresser au président de la République Emmanuel Macron”, a débuté Sofia Chouviat, la fille de Cédric Chouviat, évoquant “certaines interrogations” lors d’une conférence de presse. “On ne comprend toujours pas pourquoi ils n’ont pas été suspendus”, questionne la jeune femme. “On ne comprend pas également pourquoi la technique d’interpellation, la clé d’étranglement, n’a pas été interdite”, ajoute-t-elle.

"Derrière cette clé d'étranglement, il y a un état d'esprit, un mal-être" des policiers, a abondé Doria Chouviat, la femme de la victime, qui voit en cette affaire une belle opportunité pour le gouvernement de ne plus céder au chantage des syndicats et faire des remises en questions" sur les méthodes d'interpellations et l'attitude de la police.

Après des manifestations pour dénoncer le comportement de la police, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé la suppression de la clé d’étranglement comme technique d’interpellation. Il est depuis revenu sur cette décision, tant qu’une solution alternative n’a pas été trouvée.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV