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Millas: ce que l'on sait de la collision entre un bus scolaire et un TER

La collision entre un bus scolaire et un TER a fait cinq morts et 15 blessés jeudi à Millas, dans les Pyrénées-Orientales.

Peu après 16 heures, jeudi, un car scolaire dans lequel se trouvait une cinquantaine d'enfants âgés de 13 à 15 ans du collège Christian Bourquin est entré en collision avec un TER au passage à niveau numéro 25 de la commune de Millas, dans les Pyrénées-Orientales.

Un lourd bilan

Cinq enfants, dont deux fillettes de 11 ans, ont été tués et quinze autres blessés dans la collision. Certains se trouvent toujours en situation d'urgence absolue, selon le préfet des Pyrénées-Orientales, Philippe Vignes qui a évoqué un "chiffre malheureux, dramatique" avant d'employer l'expression de "véritable scène de guerre".

La conductrice du car, âgée de 48 ans, a également été blessée. Son état est "très sérieux", selon Philippe Vignes. Celles-ci ont été transportées par hélicoptère dans différents hôpitaux de la région de Perpignan. Toutes les victimes ont été identifiées, a-t-on appris ce vendredi matin.

Le préfet des Pyrénées-Orientales a en particulier souligné que la "priorité absolue" des médecins, "tout en étant conscients de la douleur des familles", étaient de soigner les victimes "dont certaines sont très grièvement blessées".

  • Les circonstances du drame

Pour l'heure, trois enquêtes ont été ouvertes. L'une judiciaire, sous l'autorité du procureur, l'autre administrative, menée par le Bureau Enquête Accident qui dépend du ministères des Transports, et la dernière en interne à la SNCF, systématique en cas d'accident.

L'enquête de flagrance pour "homicides et blessures involontaires" confiée au groupement de gendarmerie des Pyrénées-Orientales n'a pas encore permis d'éclaircir toutes les circonstances du drame mais quelques éléments ont dores et déjà été dévoilés.

Au moment de la collision, le TER roulait à 80 km/h. Une vitesse normale sur cette portion, selon la SNCF. Deux cars scolaires ont franchi l'un après l'autre le passage à niveau, le deuxième étant celui qui a été percuté par le train.

SNCF réseau, qui s’occupe de toutes les installations et infrastructures, a rappelé qu'au moindre problème (alimentation électrique ou autre), le passage à niveau se "met en sécurité". Autrement dit, les barrières doivent se baisser, et une alerte est automatiquement envoyée à la SNCF pour réparation. Il existe 15.000 passages à niveau en France. 11.000 d'entre eux sont identiques, dont celui de jeudi qui était donc tout à fait classique.

Les barrières étaient-elles levées?

"Il est largement prématuré d'indiquer si les barrières étaient levées ou baissées", a précisé le procureur, interrogé sur un éventuel "dysfonctionnement" des barrières du passage à niveau.

Si une photo montre bien une barrière relevée, elle ne peut être une preuve pour l'enquête. En effet, le cliché a été pris après l'accident. Le maire du village voisin qui affirme que la barrière était bien relevée est lui aussi arrivé après le drame. Or, selon la SNCF, il est normal que la barrière se relève de manière automatique après le passage du train.

Certains évoquent en outre un possible vol de batterie qui aurait pu provoquer une dysfonctionnement de la barrière. Une source proche de l'enquête a en effet expliqué qu'il y a des vols de câbles et de batterie sur des lignes SNCF dans la région. Mais rien n'indique pour l'heure qu'un vol a eu lieu dans ce cas précis.

La conductrice du bus, employée par la compagnie d'autocars Faure, sous-traitant de Vectalia, elle-même en charge de l'exploitation du réseau de bus pour l'agglomération de Perpignan, aurait, malgré son état de choc, affirmé à son patron avant son opération jeudi soir que les barrières étaient levées. Elle souffrirait d'une hanche cassé, du sternum enfoncé et aurait le visage tuméfié. Elle est actuellement en salle de réveil.

  • Pour Daniel Mach, vice-président en charge des transports pour l'agglomération de Perpignan, la conductrice est maman d'une fille de 17 ans et réside à Saint-Féliu d'Aval, comme la plupart des victimes. Elle serait à jour quant à ses diplômes, formations continues et temps de repos. 

Comment va se dérouler l'enquête?

De source proche de l'enquête, on indique que des témoins, dont le conducteur du train, ont déjà été entendus et d'autres le seront. Des prélèvements seront effectués pour vérifier l'alcoolémie et la toxicologie de la conductrice du car de ramassage scolaire ainsi que du chauffeur du TER.

L’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, soit la "police scientifique" des gendarmes) est attendue sur place en fin de matinée. Un expert en accidentologie et six en identification criminelle seront ainsi présents sur les lieux. Ils procèderont à des mesures avec des lasers pour modéliser et reconstituer en 3 dimensions la scène de l'accident.

Une soixantaine de personnes sont mobilisées pour faire toute la lumière sur cet accident. La scène a été gelée et le TER, ainsi que le car scolaire, on été placés sous scellé.

Une cellule psychologique mise en place

Une cellule médico-psychologique a été mise en place pour "libérer la parole" au collège Christian Bourquin, où sont scolarisées les victimes. Dès 7 heures ce vendredi, les enseignants puis les élèves pourront s'entretenir avec une équipe d'une quarantaine de personnes venue de Montpellier pour tenter de trouver le meilleur moyen de prendre en charge tous les enfants choqués. Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a également tenu à accompagner les équipes et les familles sur place.

P.L avec AFP