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Car scolaire percuté par un TER: les passages à niveau points noirs de la sécurité routière

Un nouvel accident à un passage à niveau s'est produit ce jeudi dans les Pyrénées-Orientales. La SNCF note que ce type de collision entre un train et un véhicule est mortelle une fois sur deux, et ce malgré les mesures prises ces dernières années pour réduire les passages à niveau.

Un nouvel accident mortel à un passage à niveau en France. Ce jeudi, un car transportant des collégiens a été percuté par l'arrière par un TER qui circulait à hauteur de Millas, près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Selon un bilan toujours provisoire, au moins quatre personnes ont trouvé la mort et onze autres se trouvent en urgence absolue. Le train circulait à 80 km/h, soit une vitesse normale dans ce secteur.

Cet accident en rappelle tant d'autres. Sur le site de la compagnie ferroviaire, on peut lire qu'"une collision entre un train et une voiture est mortelle pour l’automobiliste une fois sur deux". En 2016, la SNCF comptabilisait 111 collisions lors desquelles 31 personnes ont été tuées et 15 blessées gravement. Cette donnée reste stable sauf en 2013, année noire: 148 accidents de ce type avaient été recensés. Chaque mois, ce genre de collision se produit. En octobre, c'était à Clion, dans l'Indre. En août, c'était à Saint-Hilaire-le-Château, dans la Creuse.

16 millions de véhicules traversent un passage à niveau quotidiennement

Ces chiffres prouvent ainsi la dangerosité de ces passages à niveau, c'est-à-dire un croisement entre une voie ferrée et une voie routière, très souvent signalés par des feux ou des barrières. Et ce alors que 16 millions de véhicules en traversent un chaque jour. "Quand le passage à niveau sait qu’un train arrive, elles s’abaissent", confirme Marc Fressoz, journaliste spécialiste Transports au site Contexte. "Mais il y a un problème qui a trait au fait que certains trains, sur certaines parties du réseau français, quand ils arrivent avant un passage à niveau, ils ne sont pas bien annoncés. C’est un problème technique, de transmission."

Dans 98% des cas, ces collisions à un passage à niveau sont causées par des "comportements inadaptés des usagers", qu'il s'agisse d'un conducteur qui s'engage au moment de la fermeture des barrières ou encore d'une panne technique du véhicule.

Pour l'heure, l'enquête débute à peine à Millas. L'accident a-t-il été causé par un problème technique côté ferroviaire ou est-il la conséquence d'un comportement humain? Selon les premiers éléments fournis par la SNCF, le passage à niveau sur lequel s'est produite la collision est automatique et lumineux. Des témoins affirment que les barrières ont fonctionné.

Plan de sécurisation

Afin de diminuer cette accidentologie, une politique de sécurisation des 15.000 passages à niveau est menée depuis 15 ans dans le cadre des plans Bussereau - mis en place après la collision d'un car et d'un TER à Allinges, en Haute-Savoie en 2008 - et Cuvillier en 2013. Neuf mille ont fait l'objet de transformation ou de sécurisation. "J’ai créé le Bureau enquête accident terrestre sur le modèle du BEA qui fait rapidement des constatations, qui se transforment rapidement en mesures", confirme Dominique Busserau, ancien ministre des Transports, sur notre antenne. "C’est l’accident le plus inacceptable possible pour les parents et les familles."

Et d'ajouter: "Il faudra poursuivre ce plan de sécurisation des passages à niveau, de suppression des passages à niveau, les campagnes de sensibilisation, les formations des conducteurs scolaires."

Pour Gérard Feldzer consultant transport de BFMTV, il faudrait 100 milliards d'euros pour équiper l'ensemble de la France de ponts ou de souterrains pour remplacer les passages à niveau actuels. "On est dans l'ère du numérique, et là, on peut aller très vite par des détections radar, par des arrêts automatiques, par des détecteurs radar d'obstacles qui arrêtent le train automatiquement", rappelle Gérard Feldzer. Une technologie déjà utilisée en Allemagne ou au Japon, mais toujours en test en France.

Justine Chevalier