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Jugés pour fraude fiscale, les époux Balkany fixés sur leur sort ce vendredi

Quatre ans de prison ferme ont été requis à l'encontre de Patrick Balkany jugé pour "fraude fiscale".

Quatre ans de prison ferme ont été requis à l'encontre de Patrick Balkany jugé pour "fraude fiscale". - Eric Feferberg - AFP

Patrick et Isabelle Balkany sont fixés sur leur sort ce vendredi avec la lecture du jugement du tribunal correctionnel de Paris dans ce premier volet pour "fraude fiscale". S'il était reconnu coupable, le maire de Levallois-Perret pourrait passer sa première nuit en prison alors que quatre ans de prison ferme, avec incarcération immédiate, ont été requis contre lui.

"71 bientôt, ne me vieillissez pas." "Oui, oui c’est pas bien grave!" "Vous verrez quand vous aurez mon âge..." Cet échange entre Patrick Balkany et son avocat Eric Dupond-Moretti, qui date du 13 mai dernier, tranche avec l'enjeu qui est alors en train de se jouer et qui va se jouer dans les semaines qui ont suivi. Ce jour-là pour Patrick Balkany marque le début de son face-à-face avec la justice. Le premier épilogue va se jouer ce vendredi à 13h30 avec le premier jugement rendu par le tribunal correctionnel de Paris.

Vendredi soir, Patrick Balkany, qui a fêté ses 71 ans le 16 août dernier, pourrait passer sa première nuit en prison. C'est en tout cas ce qu'a réclamé le parquet national financier, qui a requis quatre ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, contre l'élu jugé dans ce premier volet pour "fraude fiscale". Contre Isabelle Balkany, absente des débats, il a été demandé quatre ans de prison, dont deux ans avec sursis. Contre le couple, le représentant du parquet a également réclamé 10 ans d'inéligibilité et 10 ans d'interdiction professionnelle.

4 millions d'euros réclamés

Un réquisitoire qui "ne sert qu'à humilier", avait sifflé Me Eric Dupond-Moretti, l'avocat du maire. Pourtant pendant plus d'une heure, fermement, le procureur du parquet national financier avait listé les manquements du couple vis-à-vis de l'administration fiscale entre 2009 et 2014. Il y a d'abord une large minoration des revenus du couple mais aussi une absence de déclaration d'impôts sur la fortune. Sans compter les restitutions d'impôt faite au couple tant les revenus étaient minorés, ou encore le patrimoine immobilier du couple dissimulé à l'administration. Pour un total de 13 millions d'euros.

Pendant une semaine de débats, le tribunal a largement passé en revue le train de vie du couple, bien plus flamboyant que ce qu'il déclarait au fisc. Une vie entre le moulin de Cossy à Giverny, dans l'Eure, et la villa Pamplemousse à Saint-Martin ou le riad à Marrakech (dont le couple a toujours nié être propriétaire). A Giverny, le couple profite d'une propriété de 1.300 m² avec 11 chambres, une piscine ou encore 50 m² de pool house. Beaucoup de dépenses sont payées avec de l'argent en espèce, des billets retrouvés par les employés de maison dans les costumes de monsieur ou dans les cendriers en verre de madame. 

L'argent familial au coeur des débats

Concernant la villa Serena dans les Antilles, l'enquête a démontré qu'elle avait été achetée grâce à un système de sociétés offshore, notamment immatriculées au Liechtenstein. L'argent de la revente va permettre de réaliser des travaux dans une autre villa, la villa Pamplemousse achetée à la fin des années 90 par Isabelle Balkany, mais jamais déclarée au fisc. Lors de l'instruction, Isabelle Balkany avait fini par reconnaître en être la propriétaire. Sa version, ce sera son mari Patrick qui la donnera aux juges, alors qu'une semaine avant le début de ce procès, l'adjointe au maire a fait une tentative de suicide. Les médecins ont alors estimé que son état n'était pas compatible avec un procès.

Pour acheter cette villa, estimée à 7 millions d'euros par l'administration fiscale, Isabelle Balkany a utilisé de l'argent versé par son frère et sa soeur pour racheter ses parts dans la société familiale. La villa, saisie par la justice, a été vendue pour deux millions d'euros en 2015. Deux millions pour un "bungalow" dans "un lotissement" comme l'a décrite pendant le procès Patrick Balkany.

L'argent familial, une quasi ligne de défense pour l'élu. Tout au long de ce procès pour "fraude fiscale", le maire de Levallois-Perret n'a cessé de rappeler le parcours de son père, de résistant déporté à Auschwitz à homme d'affaires chanceux. L'argent liquide utilisé par le couple venait de la fortune de ce père qui "avait la manie d'acheter des lingots d'or".

Un deuxième jugement en octobre

"Je suis désolé pour le fisc qui ne comprend pas qu’on puisse dépenser plus que l’on gagne quand on a de l’argent à la banque", s'est excusé Patrick Balkany lors de l'audience. Pour sa défense, l'élu se dit victime d'un mauvais calcul du fisc mais aussi "d'un procès politique". "Ah ça va réjouir le bon peuple, c’est sûr! Le populisme et le poujadisme dans la sanction judiciaire....", déplore Me Eric Dupond-Moretti, son avocat. Et de conclure: "Le mandat de dépôt, c’est l’humiliation. Est-ce que c’est utile? Il faut qu’il aille faire un tour en prison. C’est une procédure qui ne sert qu’à humilier. Voilà, le roi est mort!" 

Ce jugement ne symbolise que la première étape de ce procès. Patrick Balkany a d'ores et déjà annoncé à Quotidien qu'il ferait appel s'il était condamné. Le 18 octobre prochain, le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement dans le second volet du procès des époux Balkany, suspectés de blanchiment de fraude fiscale "à grande échelle" et de "corruption". Pour ces faits, Patrick Balkany encourt sept ans de prison ferme, et sa femme Isabelle, quatre ans avec sursis.

Justine Chevalier