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Frais de pressing, de voyage, bijoux et liasses de billets... le fastueux train de vie des Balkany

La deuxième journée du procès des époux Balkany a été ce mardi le théâtre d'une bataille judiciaire entre la défense du maire de Levallois-Perret et le président du tribunal. Un juge qui a pris son temps pour rappeler dans les détails ce que la justice reproche aux élus.

"Ca fait 36 ans que je suis maire, je n'ai jamais été corrompu par personne, et ce n'est pas demain la veille (...) J'ai commencé la politique avec Isabelle en étant riches, on a fini pauvres." La citation est de Patrick Balkany, au terme de la deuxième journée de son procès pour fraude fiscale. Ce dernier entend bien se défendre bec et ongle malgré la longue liste de chiffres prouvant un train de vie fastueux. Au cours de l'audience, le président de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris a pris le temps de lire l'ordonnance de renvoi pendant plus de deux heures. Une ordonnance de renvoi pourtant contestée par la défense.

Un procès "bancal" pour la défense

La bataille juridique entre la défense de Patrick Balkany et le président du tribunal a en effet repris de plus belle ce mardi. Me Eric Dupond-Moretti, conseil du maire de Levallois-Perret, a plaidé une requête en nullité de cette ordonnance de renvoi de son client devant la justice. "L'ordonnance de renvoi se nourrit des pièces d'un autre dossier", fait valoir le ténor parisien. Pour lui, les faits de fraude fiscale et de blanchiment de fraude fiscale (jugée à partir de la semaine prochaine) doivent être jugés en même temps. Car pour prouver la fraude, il faudrait que la justice reconnaisse, dans le volet blanchiment, que les Balkany sont propriétaires d'une villa à Marrakech, ce qu'ils ont toujours nié.

"Depuis le début c'est un procès qui est bancal, est-ce que ça tient à la personnalité de M. Balkany (...) je ne sais pas", s'est agacé Me Dupond-Moretti, estimant que les "éléments à décharge" pour son client ont été gommés dans ce dossier. "Il faut être loyal, équitable, contradictoire (...) il y a de quoi se mettre en colère", a-t-il encore invoqué auprès du juge.

Si le président a souhaité versé au fond cette requête en nullité, qui sera donc examinée à la fin du procès, il a pris le temps de lire dans le détail les faits que l'on reproche aux époux Balkany, en l'absence d'Isabelle Balkany mais face à un Patrick Balkany concentré et particulièrement calme. Il a commencé par cette plainte du 1er juin 2016 de l'administration fiscale de l'Eure, qui soupçonne le couple d'avoir minoré ses revenus entre 2009 et 2014, mais aussi de s'être soustrait à l'impôt sur la fortune et à la contribution exceptionnelle sur la fortune. Le fisc s'étonnait de "la discordance supposée entre les revenus déclarés et le train de vie" du couple.

"Ils jetaient l'argent par les fenêtres"

Il a fallu une enquête longue de plusieurs années pour prouver que le domicile des Balkany, notamment après 1995 et leur brève séparation, se trouvait bien au moulin de Cossy, à Giverny, cette propriété de près de 1.300 m² comprenant 11 chambres, une piscine ou encore 50 m² de pool house. Pour cela, les enquêteurs se sont basés sur les abonnements aux péages d'autoroute pris pour faire des trajets quasi-quotidiens entre l'Eure et Levallois-Perret. Ils ont également recueilli les témoignages des employés de maison dont les salaires dépassaient largement les revenus qu'Isabelle et Patrick Balkany déclaraient séparément. De l'argent versé en partie en espèce.

"Quand M. Balkany rentrait à Giverny, il sortait de son attaché-case une enveloppe marron assez épaisse qu'il mettait au coffre. Il y avait 8.000 euros sur sa table de chevet, c'était son argent de poche. Ils jetaient l'argent par les fenêtres", a raconté pendant l'instruction l'une des employées.

"Deux cendriers en verre avec des bijoux et des liasses"

Isabelle Balkany n'est pas épargnée, elle qui va faire les courses à l'Intermarché du coin et qui revient la voiture pleine, se faisant livrer le reste de ses achats. A l'extérieur aussi, le train de vie des Balkany questionne. "Je me suis demandée ce qu'elle faisait dans la vie pour avoir autant de billets de 500 euros", dira au policier une commerçante. Les frais de pressing sont eux-aussi payés en espèce. Un jour, sept billets de 500 euros ont été retrouvés dans les poches d'un costume. "Quand M. Balkany avait besoin d'argent, il descendait dans la salle de bain de sa femme. Il y avait deux cendriers en verre avec des bijoux et des liasses. Dans la coiffeuse de madame, il y avait des espèces. Dans le coffre, il y avait plein de billets." A cela s'ajoutent les frais de voyages pour Saint-Martin et Marrakech: plus de 18.000 euros en 2010 et 2011, et 24.500 euros en 2012.

A la fin de cette audience, Patrick Balkany a bondi. Non, il ne fera pas valoir son droit au silence "pas après tout ce que j'ai entendu", notamment au sujet du riad de Marrakech. Le maire de Levallois-Perret va devoir s'expliquer sur la provenance de cet argent.

Justine Chevalier