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Procès Balkany: "c'est tout un système qui va être mis sur la place publique"

Jean-Charles Deniau, auteur de Balkany, l'impuni.

Jean-Charles Deniau, auteur de Balkany, l'impuni. - BFMTV

Auteur de Balkany, l'impuni, le journaliste Jean-Charles Deniau revient pour BFMTV sur le système opaque mis en place par le couple à la tête de la ville de Levallois-Perret depuis plus de 30 ans.

A 13h30 devrait être donné le coup d'envoi de l'une des affaires politico-judiciaire les plus médiatiques. Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour "fraude fiscale" et "blanchiment de fraude fiscale". La justice les soupçonne d'avoir mis en place un système opaque afin de dissimuler au fisc plus de 13 millions d'euros de patrimoine, tout en profitant de leur position à Levallois-Perret.

Jean-Charles Deniau, auteur de Balkany, l'impuni*, relate la trajectoire de ce couple singulier. Pour BFMTV, le journaliste et réalisateur notamment de documentaires sur le système politique dans les Hauts-de-Seine, revient sur les enjeux du procès qui doit durer six semaines.

BFMTV - Comment décrire le système que Patrick et Isabelle Balkany auraient mis en place pour dissimuler au fisc une partie de leur patrimoine?
JEAN-CHARLES DENIAU - C’est un montage de sociétés offshore qui se renvoient la balle. C’est tellement compliqué que même les enquêteurs ont dû mal à s’y retrouver. Mais si Patrick et Isabelle Balkany n’avaient rien à se reprocher, pourquoi faire tant de dépenses pour créer des sociétés? Monter un chapelet de sociétés offshore, ça demande beaucoup de temps et beaucoup d’argent. Des sociétés offshore qui sont d'ailleurs les seules à connaître les ramifications. Ce mille-feuille de société tend à prouver qu’il y a corruption et blanchiment.

A quoi ont servi ces millions d'euros qui auraient échappé à l'administration fiscale?
C’est une corruption multiforme qui part de l’enrichissement personnel, qui passe par de l’argent pour le parti politique. Ça se fait à travers des surfacturations, des fausses factures, des comptes en Suisse ou au Luxembourg. Pour les Balkany et pour d’autres. Ils ne sont pas les seuls à avoir fait ça, c’est pour ça qu’une partie de leur défense, c’est de dire "écoutez, tout le monde faisait ça à une époque". C'était de l'argent détourné des marchés publics. Là, c’était évidemment pour le financement de leur campagne, mais ils en ont pris une partie. Levallois, c’était un petit paradis foncier puisqu’il y avait beaucoup de friches industrielles, il y avait beaucoup d’hectares à construire donc c’était une manne pour les promoteurs, pour les grandes entreprises.

Pourquoi cette affaire a mis autant de temps à arriver devant la justice?
Si la justice a mis autant de temps pour s’attaquer à ce problème, c’est que les Balkany étaient protégés. Par Jacques Chirac, parce qu’ils ont participé comme d’autres à récolter de l’argent pour le RPR. Ils ont été protégé par Charles Pasqua, par Nicolas Sarkozy. Il suffisait que le juge d’instruction change, et le temps passait, le dossier était repris à zéro. Résultat, les années s’allongeaient et il ne se passait rien, jusqu’à l’élection de François Hollande. Avec les déclarations de Didier Schuller (ancien proche de Patrick Balkany qui a livré des documents à la justice, NDLR), le juge Van Ruymbeke a pu s’attaquer au dossier. Au-delà du cas Balkany, qui est emblématique, c’est tout un système des années 80-90 et jusqu’à 2010, qui va être mis sur la place publique avec ce procès.

* Balkany, l'impuni, de Jean-Charles Deniau. Editions du Nouveau monde

Justine Chevalier