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Gilets jaunes: les forces de l'ordre craignent une mobilisation incontrôlable

Les gilets jaunes vont-ils paralyser la France? Les forces de l'ordre s'inquiètent de la multiplication des appels à bloquer les routes pour protester contre la hausse des prix des carburants samedi.

Quelle va être l'ampleur du mouvement social prévu samedi? À en croire la carte diffusée sur les réseaux sociaux et mise à jour régulièrement par les "gilets jaunes", plusieurs centaines de rassemblements sont prévus sur l'ensemble de la France.

Mais les forces de l'ordre ne savent pas à quoi s'attendre. Une source policière évoquait plus de 1.500 actions attendues partout en France mais pour l'instant, seules une centaine ont été déclarées en préfecture.

Comment anticiper un tel mouvement?

"C'est un vrai casse-tête. Sans déclarations, les préfets ne peuvent pas faire une demande précise de renforts policiers, ni savoir combien de forces de l'ordre sont nécessaires, et où", note une source policière à l'AFP. 

Philippe Capon, secrétaire général du syndicat UNSA Police contacté par BFMTV.com, concède que la journée de samedi s'annonce "compliquée", notamment en raison du manque de porte-parole. Sans référents, il est complexe pour la police "d'établir un programme exact et d'anticiper les événements". 

"Le problème, c'est qu'on ne sait pas trop ce qui va se passer", reconnaît Philippe Capon. "D'habitude, lorsque des mouvements sociaux traditionnels sont organisés, ils sont nécessairement déclarés en préfecture. De cette manière, nous pouvons estimer le nombre de personnes présentes, déterminer si le mouvement sera statique ou pas, quel sera le parcours précis."

"Un appel parti des réseaux sociaux, c'est inédit"

Mardi, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner s'inquiétait lui aussi de la difficulté d'encadrer un mouvement qui s'est développé en dehors de tout cadre syndical ou politique. Cette fois, le mouvement prévu samedi sort des clous... et mobilise bien davantage que les traditionnels mouvements sociaux (73% d'opinions favorables, contre 50% pour le mouvements des cheminots ou la réforme du code du travail).

"Un appel à la mobilisation parti des réseaux sociaux, c'est inédit" constate Philippe Capon. "C'est une sorte de mouvement qui s'étend comme une toile d'araignée".
Carte des blocages prévus ce samedi.
Carte des blocages prévus ce samedi. © -
"Ce manque de possibilité d'anticiper, ça complique beaucoup notre tâche, et ça augmente fortement le risque de débordements", confesse le représentant syndical. "Car nous savons par expérience que chaque manifestation apporte son lot de 'parasites' venus simplement pour casser. D'autant que sur les réseaux sociaux, quand vous appelez des gens que vous ne connaissez pas à se joindre à vous, vous ne maîtrisez pas ces personnes. Vous ne savez pas qui ils sont ni comment ils vont réagir" explique encore le secrétaire général de l'UNSA-police.

"Nous agirons au fur et à mesure"

Le ministère de l'Intérieur a fait savoir ce jeudi qu'une cellule de suivi serait mise en place en lien avec le ministère des transports, et que 30 unités de forces mobiles seraient mises à la disposition des préfets.

Le secrétaire général de l'UNSA-Police confie ce jeudi soir à BFMTV.com que les consignes du ministère de l'Intérieur ne leur avaient pas encore été communiquées. "Il va falloir que nous soyons mobiles" assure Philippe Capon. "Quoi qu'il en soit, nous agirons au fur et à mesure avec les moyens qui sont mis à notre disposition. Chacun doit savoir qu'en faisant entrave à la liberté de circuler, il met en jeu sa responsabilité" rappelle le responsable syndical. 

L'entrave à la circulation est un délit punissable de 4.500 euros d'amende, deux ans de prison, immobilisation et mise en fourrière du véhicule, d'après l'article L412-1 du Code de la route. Mardi, Christophe Castaner a prévenu qu'aucun "blocage total" ne serait toléré samedi et que les forces de l'ordre interviendraient si les actions posaient un "risque" pour les interventions de sécurité ou la libre circulation.

Jeanne Bulant