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Entre fermeté et polémiques, la méthode Lallement

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement. - AFP

Le préfet de police de Paris est critiqué pour ses propos de ce vendredi matin établissant un lien entre ceux qui ne respectent pas le confinement et les malades atteints du coronavirus se trouvant actuellement en réanimation. Une nouvelle sortie polémique pour Didier Lallement en poste dans la capitale depuis un an.

"Nous serons extrêmement sévères", a martelé ce vendredi matin Didier Lallement, visant les Franciliens qui ne respecteraient pas les mesures de confinement en prenant la route des vacances. Une déclaration ferme, aux accents menaçants, et à l'origine d'une polémique brûlante, le préfet de police de Paris y expliquant que "ceux qui sont hospitalisés sont ceux qui n'ont pas respecté le confinement".

Fermeté, sévérité, deux mots qui font partie intégrante du vocabulaire du préfet de police de Paris, arrivé à la tête de l'institution il y a tout juste un an après les violences en marge du mouvement des gilets jaunes et le limogeage de Michel Delpuech qui occupait alors le poste.

Un préfet "à poigne"

Très expérimenté, Didier Lallement a occupé les fonctions de directeur de l'administration pénitentiaire, de secrétaire général du ministère de l'Intérieur, du ministère de l'Ecologie, et de magistrat à la Cour des comptes avant d'être nommé en 2017 préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de Gironde.

Qualifié de préfet "à poigne", Didier Lallement a eu à gérer le mouvement des gilets jaunes alors que Bordeaux a été l'un des bastions de la mobilisation. La quasi-totalité des manifestations s’y sont terminées par des heurts plus ou moins violents. 

Lors de ses vœux au début de l'année 2019, Didier Lallement avait d'ailleurs dénoncé une "insurrection [qui] n’a jamais été et ne sera jamais une garantie démocratique", une allusion à peine voilée au mouvement des "gilets jaunes". 

Maintien de l'ordre musclé

Sa nomination à la tête de la préfecture de police de Paris avait été accueillie par des critiques et notamment celles de la France insoumise qui y voyait "une prime au violent". Le député LFI du Nord Ugo Bernalicis le décrivant même comme un homme avec une réputation allant "entre l'éborgneur et le fou furieux".

Cette arrivée a été marquée par la création des BRAV, les brigades de répression de l'action mobile, et par la mise en oeuvre d'une nouvelle doctrine pour le maintien de l'ordre avec plus de réactivité et plus de contact avec les manifestants. Des méthodes critiquées depuis jusque dans les propres rangs policiers, notamment pour leur légalité, comme le révélait Mediapart au début du mois de mars dernier.

Malgré les polémiques successives, et les différentes critiques qui lui ont été adressées notamment en raison des images successives de violences présumées illégitimes des policiers, Didier Lallement est resté droit dans ses bottes, comme en témoigne cet échange avec une manifestante, filmé par BFMTV.

Au mois de novembre dernier, alors en déplacement place d'Italie à Paris où des violences avaient été commises la veille en marge d'un rassemblement gilets jaunes, le préfet croise ainsi une manifestante qui assure être pacifique. Filmé par nos caméras, le préfet lui explique: 

"Nous ne sommes pas dans le même camp, madame."

Cette réaction lui avait à nouveau valu une salve de critiques, car pour de nombreux responsables politiques, qui demandent son départ de la préfecture de police de Paris, Didier Lallement était sorti de son droit de réserve.

Soutenu, comme à chaque fois par l'exécutif, le préfet de police avait lui aussi balayé la polémique.

"Qui peut être surpris que l’ordre soit le contraire du désordre", assumait-t-il récemment dans une interview accordée au Parisien

Des regrets exprimés

L'ordre, c'est à nouveau ce que veut faire respecter le préfet de police de Paris en cette période de confinement. Avec la crainte de départs en vacances des Franciliens, Didier Lallement s'est donc risqué à un lien jugé bancal entre l'hospitalisation des patients et le non respect du confinement décrété face au coronavirus.

Des propos qui ont provoqué une nouvelle polémique notamment dans le camp médical, alors que les personnes actuellement en réanimation, et notamment de nombreux individus qui travaillent, ont été contaminées avant même le début du confinement.

Les policiers eux-mêmes se sont désolidarisés de Didier Lallement. 

Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police a jugé cette déclaration "scandaleuse", car "ce n’est pas tenir compte de tous ceux qui travaillent actuellement", y compris les policiers en première ligne sur les contrôles d'attestations de déplacement.

Chose rare, Didier Lallement a exprimé des regrets, d'abord par communiqué puis lors d'un point-presse, et a tenu à rectifier ses propos.

"Sur le fond cela est faux, a admis le préfet de police. Au delà de l’inexactitude, c’est une erreur à plusieurs titres."

Le patron des policiers parisiens a reconnu avoir "heurté de nombreuses personnes qui ont des proches à l’hôpital ou qui ont perdu l’un des leurs" tout en précisant ne pas avoir eu "l’intention de rajouter la culpabilité à leur peine". Il a tenu également à assurer son soutien aux "nombreux concitoyens exposés à la maladie du fait de leur engagement professionnel".

Didier Lallement a prôné, lors de ce mea culpa, "l'unité nationale". En réponse, l'opposition politique a réclamé sa démission. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner n'a pas désavoué publiquement celui qu'il a nommé, son entourage indiquant seulement que les propos du préfet étaient "inexacts".

Justine Chevalier