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Crash A320: la thèse du suicide du pilote évoquée

Un pilote dans le cockpit d'un Airbus A320, en 2009. (photo d'illustration)

Un pilote dans le cockpit d'un Airbus A320, en 2009. (photo d'illustration) - Matt Weibo – Flickr - CC

Selon de nouvelles révélations basées sur les enregistrements sonores de l'une des boîtes noires de l'Airbus de la Germanwings, qui s'est crashé mardi en France, l'un des pilotes serait resté coincé hors du cockpit, avant l'accident. Une information qui ouvre la voie à l'hypothèse du suicide du pilote aux commandes de l'appareil.

Les informations révélées ces dernières heures sur le crash de l'A320 ouvrent la voie à de nouvelles hypothèses pour expliquer l'accident. Selon le New York Times et l'AFP, citant une source proche de l'enquête se basant sur les enregistrements sonores de l'une des boîtes noires, l'un des pilotes se serait retrouvé à l'extérieur du cockpit, sans possibilité de pouvoir retourner à l'intérieur, avant le crash. Une information qu'il convient de prendre avec prudence, selon l'ancien directeur du BEA Jean-Claude Troadec, mais qui relance certaines hypothèses pour expliquer le crash, parmi lesquelles le suicide d'un des pilotes.

Un suicide après neutralisation du copilote?

Ajoutées aux informations selon lesquelles la trajectoire de l'avion a été rectiligne et à une vitesse modérée de 1.000 mètres par minute pendant les dix minutes de sa chute -ce qui ne correspond ni à un décrochage, ni à une descente d'urgence pour panne- ces dernières révélations interpellent. Et peuvent effectivement laisser imaginer un suicide du pilote, parmi d'autres pistes, comme le malaise ou l'asphyxie.

Le pilote aux commandes aurait donc pu décider de neutraliser son copilote hors de la cabine, avant de se suicider en envoyant l'Airbus A320 dans la montagne. Se diriger tout droit en direction des reliefs montagneux ne correspond effectivement pas à une attitude rationnelle de la part de pilotes professionnels, ont souligné plusieurs experts aéronautiques et commandants de bord. "Si les pilotes n'ont pas empêché l'avion d'aller s'écraser contre les montagnes, c'est que soit ils étaient inconscients ou morts, soit ils ont décidé de mourir, soit on les a obligés à mourir", a notamment résumé un des experts.

"Des gens comme les autres"

"Cela peut surprendre que les pilotes, qui sont censés être très surveillés, soient capables d'actes qui paraissent frôler la démence. Mais les pilotes sont des gens comme les autres, certains font des dépressions", fait valoir l'ancien commandant de bord Jean-Claude Bück, contacté par BFMTV.

"Chez Air France, il y a eu des cas de suicides de pilotes, mais qui ont eu, pardonnez moi l'expression, le bon goût de ne pas entraîner des passagers avec eux. Il y a même eu le cas d'un pilote qui s'est suicidé lors d'une escale, dans l'hôtel où il se reposait", se souvient-il. "Ce n'est donc pas totalement impossible, mais si c'était avéré, ce serait un acte très prémédité, car attendre que le copilote se rende aux toilettes, et verrouiller le système de fermeture du cockpit, suppose une certaine préparation".

Jean-Claude Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses souligne pour sa part que "le suicide est avéré dans très peu de cas, peut-être trois ou quatre cas, et est soupçonné dans quelques autres cas" d'accidents d'avions. "Dans l'histoire de l'aviation, ce sont des événements rarissimes", ajoute-t-il. 

Quelques cas de suicides dans l'histoire de l'aviation civile

Dans l'histoire aéronautique, il existe en effet de rares précédents de pilotes qui se sont suicidés aux commandes. On se souvient notamment du vol 470 de la Mozambique Airlines, qui s'était écrasé en Namibie le 29 novembre 2013, du vol 185 de la compagnie SilkAir, qui était tombé dans le fleuve Musi, en Indonésie, le 19 décembre 1997, et du vol 990 d'Egyptair, qui s'était crashé dans l'Atlantique, le 31 octobre 1999, avec 217 personnes à bord, même si les autorités américaines et égyptiennes ont contesté la conclusion de l'enquête sur ce dernier cas.

Un suivi médical régulier des pilotes

Invitée ce jeudi matin sur BFMTV et RMC, la pilote de ligne Daphné Desrosiers, qui conduit des Boeing 737, rappelle toutefois que le métier de pilote d'avion est l'un des rares qui soumet à des examens médicaux très réguliers, dans le but de prévenir tout état de fatigue ou de dépression des pilotes.

"Il y a pour cela des centres d'expertise médicaux, civils ou militaires, et vous êtes inspectés sous toutes les coutures, que ce soit les yeux, le coeur, et mentalement", détaille Daphné Desrosiers. Et d'expliquer: "On vous délivre, selon votre âge, un certificat d'aptitude physique et mentale" à piloter. Ces examens sont effectués "au moins tous les ans, pour certains tous les six mois". 

"On se surveille en permanence"

Quelle est, en général, la relation entre les deux occupants du cockpit? Si certains pilotes ont l'habitude de travailler ensemble, d'autres ne se connaissent pas, et se découvrent au moment d'embarquer, explique Daphné Desrosiers.

"On ne se connaît pas quand on vole, mais c'est un métier où l'on se surveille en permanence l'un et l'autre, dès qu'une action est entreprise", souligne-t-elle. "Si vous voyez que la personne qui se trouve à votre droite ou à votre gauche a un comportement suspect, vous allez vous enquérir de savoir comment il va". 

Quant à savoir si le personnel navigant, hôtesses et stewards, est habilité à intervenir dans le cockpit en cas de problème, Daphné Desrosiers explique: "Ils sont formés à venir nous voir régulièrement, ils sont tenus réglementairement de voir si les pilotes vont bien, selon des espaces temps en fonction des diverses compagnies. Et ils sont formés à suppléer en cas d'incapacité d'un des membres de l'équipage, ou au moins à aider à l'extraire de son siège".