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Crash A320: "Il faut prendre les dernières informations avec réserve", met en garde l'ancien directeur du BEA

Daphné Desrosiers, pilote de ligne sur Boeing 737, et Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau enquête et analyse, étaient les invités de BFMTV et RMC ce jeudi matin.

Daphné Desrosiers, pilote de ligne sur Boeing 737, et Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau enquête et analyse, étaient les invités de BFMTV et RMC ce jeudi matin. - BFMTV

Daphné Desrosiers, pilote de ligne, et Jean-Paul Troadec, ancien directeur du BEA, étaient ce jeudi matin les invités de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC.

Invités ce jeudi matin sur BFMTV et RMC, Daphné Desrosiers, pilote de ligne et Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau enquête et analyse (BEA), sont revenus sur le crash de l'Airbus 320, dans les Alpes-de-Haute-Provence, mardi, et notamment sur les informations de ces dernières heures selon lesquelles l'un des pilotes de l'avion était coincé à l'extérieur du cockpit avant le crash.

"Des informations qui sont peut-être déjà des interprétations"

D'après des informations de l'AFP, émanant d'une source proche de l'enquête ayant eu connaissance de la teneur des enregistrements de la boite noire, informations également dévoilées par le New York Times, l'un des deux pilotes de l'A320 de Germanwings a quitté le cockpit et a été dans l'impossibilité d'y retourner pendant la chute de l'appareil. De nouveaux éléments non confirmés mais également non infirmés, par le BEA.

"Les informations données sont peut-être déjà des interprétations des bruits que l'on entend", explique ainsi Jean-Paul Troadec, pour justifier cette posture de prudence du Bureau d'enquêtes et d'analyses. "Il faut faire attention car ce que l'on entend mérite d'être interprété et analysé en cohérence avec d'autres informations, qui proviendront de l'enregistreur de paramètres", c'est-à-dire la deuxième boîte noire, qui n'a pas encore été retrouvée. Basées sur une source dont l'identité est pour l'heure un peu floue -un militaire proche de l'enquête- ces informations sont, pour Jean-Paul Troadec, "à prendre avec réserve". "Je ne sais pas, à ce stade, qui a pu avoir accès à ces informations", souligne Jean-Paul Troadec.

"Le BEA n'est pas sûr de l'interprétation" évoquée dans cette article, poursuit encore Jean-Claude Troadec, toujours pour expliquer la posture du BEA. "Ce qu'a été le comportement de l'avion et sa descente, pour l'heure, nous n'en connaissons pas les raisons", rappelle-t-il.

Des caméras dans les cockpits

Pilote de ligne sur des Boeing 737, Daphné Desrosiers rappelle que les cockpits sont équipés de caméras depuis les attentats du 11 septembre, pour identifier depuis l'intérieur les individus qui frappent à la porte et cherchent à accéder au poste de pilotage.

"Elles n'ont pas d'autre fonction", précise Jean-Paul Troadec. Des données filmées qui resteront de toute façon inexploitables puisque les caméras "sont pulvérisées", fait-il valoir. 

Aucun moyen de communication depuis la cabine passager

Le pilote coincé à l'extérieur a-t-il un moyen de joindre le sol pour expliquer ce qu'il se passe? "Nous sommes toujours dans la spéculation, et on n'a pas d'échelle temporelle par rapports aux dernières informations données, donc on ne sait pas à quel moment précis cela se passe, et cela peut-être une hôtesse ou un steward qui a pu tenter de venir voir les pilotes à un instant T", tient à souligner Daphné Desrosiers, qui rappelle que l'avion venait de se mettre en phase de croisière.

"Il n'y a pas de communication avec le sol depuis la cabine passager", rappelle Jean-Claude Troadec. "D'une part, il n'y a pas de poste de radio, il est uniquement dans la cabine de pilotage, et d'autre part, les téléphones et smartphones n'ont pas de contact à cette altitude. Il est arrivé que des passagers parviennent à communiquer avec le sol, mais c'était à des altitudes beaucoup plus basses", poursuit-il. Les téléphones "ne captent pas les satellites et à la vitesse de déplacement de l'avion, c'est impossible", souligne Daphné Desrosiers. 

Quel suivi des pilotes?

Alors que le suicide du pilote à l'intérieur du cockpit fait partie de l'une des hypothèses, Daphné Desrosiers rappelle qu'il s'agit "de l'un des rares métiers dans lequel nous sous sommes soumis régulièrement à des examens médicaux". "Il y a pour cela des centres d'expertise médicaux, civils ou militaires, et vous êtes inspectés sous toutes les coutures, que ce soit les yeux, le coeur, et mentalement". Et d'expliquer: "On vous délivre, selon votre âge, un certificat d'aptitude physique et mentale" à piloter. Ces examens sont effectués "au moins tous les ans, pour certains tous les six mois".