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Chevaline: le motard mis hors de cause, où en est l’enquête?

Panneau indiquant l'entrée de la commune de Chevaline, en Haute-Savoie.

Panneau indiquant l'entrée de la commune de Chevaline, en Haute-Savoie. - Jean-Pierre Clatot - AFP

Toujours pas de trace du tueur, deux ans et demi après le quadruple meurtre de Chevaline, en Haute-Savoie. La principale piste, celle d'un mystérieux motard vu près de la scène de crime peu avant les faits, s'est évanouie vendredi, celui-ci ayant été mis hors de cause. On fait le point.

Le mystère s'épaissit encore. Recherché par des dizaines d'enquêteurs depuis plus de deux ans, le motard identifié dans le cadre de l'enquête sur la tuerie de Chevaline, en
Haute-Savoie, n'aurait aucun lien avec les faits, a indiqué le parquet vendredi. Où en est l'enquête sur le quadruple meurtre après l'effondrement de la principale piste? Eléments de réponse.

> Comment le motard a-t-il été identifié?

Un mystérieux motard, vu près de la scène de crime peu avant les faits par des gardes forestiers, était recherché depuis le début de l'enquête sur la tuerie de Chevaline, il y a deux ans et demi. Pour beaucoup, il était le principal suspect dans cette affaire hors norme. Il se trouvait en effet sur la route de la Combe d'Ire, près de Chevaline, entre 15h15 et 15h40 le 5 septembre 2012. Soit presque au moment où ont été tués, de plusieurs balles dans la tête, Saad al-Hilli, Britannique d'origine irakienne de 50 ans, sa femme et sa belle-mère. Un cycliste de la région, probable victime collatérale, avait également été abattu. Plus d'un an après la tuerie, en novembre 2013, la gendarmerie avait diffusé le portrait-robot du motard, mettant l'accent sur son casque, très rare, vendu à moins de 8.000 exemplaires dans ce modèle.

Trois mois plus tard, en février 2014, un ancien policier municipal présentant une forte ressemblance avec le portrait-robot avait été interpellé, passant quatre jours en garde à vue, avant d'être mis hors de cause pour la tuerie. Après cette fausse piste, les gendarmes sont finalement remontés au vrai motard en identifiant les 4.000 numéros de portable qui avaient déclenché l'un des relais de téléphonie mobile situés près du lieu du crime. Des images de vidéosurveillance ont ensuite permis de recouper ces investigations téléphoniques. 

> Pourquoi a-t-il été mis hors de cause?

Formellement identifié par les enquêteurs, le motard a été entendu il y a trois semaines par les juges d'instruction, et mis hors de cause. "C'est un chef d'entreprise de Rhône-Alpes, honorablement connu et au-dessus de tout soupçon, qui était venu faire du parapente et qui rentrait chez lui", a expliqué vendredi le procureur d'Annecy Eric Maillaud. L'homme, qui n'a pas de casier judiciaire, ne se serait jamais présenté aux gendarmes car "il n'a pas fait attention à tout le battage médiatique autour du motard", a précisé le magistrat. Il "dit qu'il n'a absolument rien vu" le jour de la tuerie, a-t-il ajouté. 

> Quelles suites pour l'enquête?

L'enquête se poursuit. Témoin important, le motard "doit être réentendu prochainement". Présent près de la scène du crime peu avant les faits, il pourrait avoir croisé tous les protagonistes. "On va lui demander de raviver ses souvenirs", a fait savoir Eric Maillaud vendredi. Plusieurs pistes restent suivies par les enquêteurs.

> La piste familiale?

La première des pistes restantes est familiale. C'est elle qui, très vite après la tuerie, a suscité l'intérêt des enquêteurs et des médias. Le conducteur de la voiture, Saad al-Hilli, 50 ans, tué avec sa femme Iqbal et sa belle-mère, 47 et 74 ans respectivement, était en conflit avec son frère Zaïd au sujet de l'héritage de leur père, portant sur plusieurs millions d'euros. Zaïd al-Hilli avait notamment tenté de spolier son frère en faisant rédiger à leur père un testament déshéritant Saad. Fin juin 2013, il est placé en garde à vue pendant 36 heures dans le Surrey (sud-est du Royaume-Uni) mais ne dit pas un mot. Relâché faute de charges suffisantes, il sera placé sous contrôle judiciaire jusqu'en janvier 2014. A la levée de son contrôle judiciaire, Éric Maillaud souligne qu'il n'est aucunement "disculpé".

Difficile donc de faire l'impasse sur les mystères qui entourent la famille al-Hilli. Comme avec cette coïncidence troublante: la mort de l'ex-mari d'Iqbal al-Hilli, à Natchez (Mississippi) le 5 septembre 2012, le jour-même de la tuerie, officiellement d'une crise cardiaque. "C'est très surprenant mais pourquoi aller tuer l'ex-mari douze ans plus tard? En quoi était-il gênant?", relevait Eric Maillaud en septembre dernier. Au sein même de la famille al-Hilli, les avis divergent. Certains penchent pour un meurtre lié à l'espionnage industriel (Saad était ingénieur spécialisé dans les satellites), d'autres accusent Zaïd d'avoir commandité la tuerie...

> La piste irakienne?

Les enquêteurs se penchent aussi sur la piste irakienne. En juin dernier, c'est un Irakien de 35 ans, ancien détenu, qui est discrètement placé en garde à vue et interrogé à Lille. Sur le fondement des déclarations d'un de ses codétenus, les enquêteurs le soupçonnent de s'être fait proposer 100.000 euros dans le cadre d'un contrat visant à abattre des Irakiens. Niant l'existence de ce contrat, il est lui aussi mis hors de cause, les gendarmes parvenant à établir qu'il n'était pas en France le 5 septembre 2012. Cependant, ces derniers n'excluent pas qu'un contrat ait bien existé mais que l'Irakien arrêté n'en ait pas été l'exécutant. 

> Un quadruple meurtre sans réponse?

Pour l'heure, après des milliers d'heures d'enquête et d'auditions, des tonnes de documents épluchés, et plusieurs interpellations, le macabre fait divers n'a toujours pas livré son mystère. De quoi être pessimiste quant aux chances de retrouver un jour la trace du tueur? Comme l'a confié le procureur d'Annecy à BFMTV, Chevaline "est peut-être le genre d'énigmes auxquelles on n'aura jamais de réponse".

V.R. avec Cécile Ollivier