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Ce que risque Penelope Fillon

Penelope Fillon se rend ce mardi dans le bureau des juges d'instruction, et risque une mise en examen. De l'Assemblée nationale à la Revue des deux mondes, les soupçons d'emplois fictifs exposent l'épouse du candidat de la droite et du centre à la présidentielle à plusieurs chefs d'accusation.

Penelope Fillon rencontre ce mardi les juges d'instruction Serge Tournaire, Aude Buresi et Stéphanie Tacheau. Soupçonnée d'avoir bénéficié d'emplois fictifs pendant une période étendue, elle peut sortir du rendez-vous mise en examen ou, comme le rappelle Le Parisien, dotée du statut de témoin assisté. Son mari, quant à lui, a déjà été mis en examen il y a une dizaine de jours pour "détournement de fonds publics", "recel d'abus de biens sociaux" et "manquements aux obligations déclaratives à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique". 

Des soupçons de recel de détournement de fonds publics

Les chefs d'accusation dont Penelope Fillon pourrait avoir à répondre sont les suivants, note le JDD: recel de détournement de fonds publics, recel d'abus de biens sociaux et recel d'escroquerie aggravée.

La première accusation dépend des soupçons autour du caractère fictif ou non de son emploi d'assistante parlementaire. Entre 1998 et 2013, l'épouse de l'ex-Premier ministre a occupé à plusieurs reprises la fonction d'attachée parlementaire de son mari, député de la Sarthe, et de son suppléant Marc Joulaud entre 2002 et 2007, alors que François Fillon avait intégré le gouvernement. Après que celui-ci a quitté Matignon, gagnant un siège de député grâce à une circonscription parisienne, elle est redevenue son assistante parlementaire entre juillet 2012 et novembre 2013. Elle a perçu entre 3.340 et 3.300 euros net mensuels auprès de son mari, et jusqu'à 6.000 euros auprès de Marc Joulaud. Si l'on doute de la réalité de ce travail bien rémunéré depuis les premières révélations du Canard enchaîné, c'est que Penelope Fillon n'a pas fréquenté l'Assemblée nationale et a déclaré, par le passé et devant caméra, ne pas avoir été "l'assistante" de son époux.

Depuis, entendue par les enquêteurs, elle a assuré avoir travaillé aux domiciles sarthois et parisien du couple, triant le courrier, représentant à l'occasion François Fillon lors d'événements ponctuels, ou encore jouant les intermédiaires entre lui et ses administrés. 

Revue des deux mondes: un recel d'abus de biens sociaux?

Le soupçon de recel d'abus de biens sociaux, quant à lui, porte plus précisément sur les dix-huit mois s'étendant entre mai 2012 et novembre 2013. Dans cet intervalle, Penelope Fillon a touché 3.900 euros net mensuels pour des conseils au propriétaire de la Revue des deux mondes, Marc Ladreit de Lacharrière, un ami de François Fillon, et pour des fiches de lecture destinées au périodique. Deux seulement ont été publiées, signées du pseudonyme Pauline Camille, mais la critique littéraire a affirmé aux enquêteurs en avoir rédigé davantage.

L'importance des émoluments pour un rendu si modeste ont jeté là encore des suspicions, d'autant que Michel Crépu, directeur de la rédaction de la revue à l'époque, a expliqué avoir découvert dans les colonnes du Canard enchaîné que Penelope Fillon avait été salariée du magazine qu'il dirigeait. Dans les réponses qu'elle a apportées aux policiers, celle-ci a reconnu qu'elle n'était "jamais allée" au siège de la Revue des deux mondes

Un troisième chef dû à un élargissement de l'enquête

Le dernier risque pour Penelope Fillon, une éventuelle mise en examen pour recel d'escroquerie aggravée, se distingue des deux zones d'ombre précédentes tout en leur étant liée. Ce chef d'accusation découle du réquisitoire supplétif pour escroquerie aggravée, faux et usage de faux, pris plus récemment par le parquet national financier et qui a permis d'élargir l'enquête.

Cet élargissement a été motivé par une trouvaille faite par les enquêteurs lors d'une perquisition à l'Assemblée nationale. En se plongeant dans le dossier de Penelope Fillon au service du personnel du Palais Bourbon, ils ont noté que cette dernière ne déclarait que 14 heures mensuelles passées à travailler auprès de la Revue des deux mondes.

Il s'agissait peut-être de ne pas crever le plafond de 180 heures travaillées au total par mois établi, dans son règlement interne, par l'Assemblée nationale pour ses employés. Or, avec son emploi à temps plein d'assistante parlementaire, Penelope Fillon était déjà censée plancher pour son époux 151,67 heures dans le mois. Le problème avec cette déclaration retrouvée au Palais Bourbon, c'est que le faible nombre d'heures effectuées au profit de la Revue des deux mondes consigné dans ce document ne cadre pas avec son contrat auprès du magazine, qui correspondait lui aussi à un travail à temps plein.

C'est sur ces trois fronts que les juges d'instruction vont devoir se prononcer ce mardi. 

R.V.