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Attentats de novembre 2015: à quoi ressemblera la salle d'audience construite pour le procès?

Le schéma de la salle d'audience principale du procès des attentats de novembre 2015, au palais de justice de l'île de la Cité.

Le schéma de la salle d'audience principale du procès des attentats de novembre 2015, au palais de justice de l'île de la Cité. - MM architect designers and planners

Ce mardi, Eric Dupond-Moretti se rend dans dans le bâtiment historique du palais de justice de Paris pour suivre les travaux du procès des attentats de novembre 2015. Une salle de 500 places et 14 salles de retransmission sont notamment prévues.

A la rentrée prochaine, la France ouvrira le plus grand procès pour terrorisme de son histoire. Celui des attentats de novembre 2015, qui doit démarrer le 8 septembre pour un durée de six à huit mois et qui représente un défi colossal pour le ministère de la Justice. D'une part, de garantir la sécurité, d'autre part de respecter le droit à un procès équitable.

Ce mardi après-midi, Eric Dupond-Moretti se rend à la cour d'appel de Paris, sur l'Île de la Cité, pour constater l'évolution des travaux de la salle d'audience construite spécialement pour l'occasion.

Plus de 2000 personnes attendues

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'enquête a permis de renvoyer devant la cour d'assises spécialement composée 20 accusés, dont probablement 11 seront présents. Face à eux, pas loin de 1765 parties civiles, victimes et proches des personnes touchées lors des attaques qui ont fait 137 morts et plus de 400 blessés. 300 avocats plaideront pour les victimes aussi bien que pour la défense.

En tout, plus de 2000 personnes, qu'aucun édifice judiciaire n'était en mesure d'accueillir. La Chancellerie a donc validé le projet de construction d'une nouvelle salle d'audience, au cœur du palais de justice de l'Île de la Cité. Les travaux, qui ont démarré en janvier 2020, avant d'être interrompus au printemps à cause de la crise sanitaire, doivent s'achever en mai prochain.

Vue du prétoire de la salle d’audience pour le procès des attentats de novembre 2015.
Vue du prétoire de la salle d’audience pour le procès des attentats de novembre 2015. © MM architects designers and planners ©

Pour le ministère, l'enjeu est d'autant plus important qu'il a représenté un investissement conséquent: 7,5 millions de coût de construction, alors même que le budget de la justice est particulièrement étriqué. Et les restrictions sont importantes: c'est dans la salle des pas perdus, classée au titre des Monuments historiques sur la liste de 1862, que les travaux ont été entrepris.

Ce projet architectural, qui se veut temporaire, pourrait tout de même servir à accueillir d'autres grands procès pour terrorisme, dont celui de l'attentat de Nice, et l'appel de celui de janvier 2015. En revanche, le procès fleuve comme celui en appel du Mediator n'en bénéficiera pas.

500 places et 14 salles de retransmission

Lors d'un point avec la presse ce mardi, l'entourage du ministre de la Justice a fait savoir que la principale salle d'audience, d'une surface de 750 m², serait dotée de 500 places. Des écrans de retransmission seront installés dans les rangées de la salle principale, ainsi que dans l'une des 14 salles de retransmission (6 salles déjà construites et 8 autres mobilisables) prévues pour accueillir les parties civiles et le public.

Pour s'assurer d'une bonne publicité des débats, et alors que l'accueil de la presse a été parfois un problème au procès des attentats de janvier 2015, des espaces vont être entièrement dédiés aux journalistes. Une salle de retransmission sera mise à leur disposition avec 120 places, ainsi qu'une seconde pièce réservée qui servira par exemple aux journalistes ou aux équipes techniques.

Le schéma de la salle d'audience du procès des attentats de novembre 2015, au palais de justice de l'île de la Cité, à Paris.
Le schéma de la salle d'audience du procès des attentats de novembre 2015, au palais de justice de l'île de la Cité, à Paris. © MM architect designers and planners

Si le ministère de la Justice refuse de dévoiler, pour des raisons logiques, le détail des mesures de sécurité mises en place, il assure que rien ne sera laissé au hasard. Dans la salle principale, les accusés comparaîtront dans un box vitré de 12 places, comme il est désormais la norme dans les tribunaux classiques, construit par l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ).

Une entrée depuis l'extérieur sera dédiée au procès, afin de ne pas perturber l'activité de la cour d'appel et pour maintenir la sécurité aux abords du palais de justice.

Le risque de piratage de la web radio

Mais des doutes persistent sur la sécurité réelle du procès, notamment concernant la web radio qui va être créée pour les parties civiles. En effet, un système de captation sonore a été validé pour ce procès ainsi que celui de l'attentat de Nice, afin de permettre aux victimes et proches des victimes de suivre le procès sans se déplacer.

Mais comment s'assurer qu'aucune partie civile n'en fera d'enregistrement? Comment éviter tout piratage?

Sur ce sujet ultra-sensible, "le risque est identifié, il fait parti du cahier des charges afin de permettre un flux sécurisé", affirme la Chancellerie.
La vue du box sécurisé au futur procès des attentats de novembre 2015.
La vue du box sécurisé au futur procès des attentats de novembre 2015. © MM architect designers and planners

De même, le ministère est resté très laconique sur le détail des mesures sanitaires contre le Covid-19. La mobilisation de nombreuses salles permettra, certes, d'espacer le public. Mais quid de la ventilation? Et surtout, les accusés seront-ils régulièrement testés, à l'inverse du procès des attentats de janvier 2015? On se souvient que celui-ci avait été arrêté près d'un mois, à la suite de la contamination au Covid-19 de l'un des principaux accusés, Ali Riza Polat. Ce nouveau procès fleuve ne saurait souffrir d'un même retard.

Esther Paolini Journaliste BFMTV