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Après avoir été accusé de complicité avec Daesh, un sucrier français contre-attaque devant la justice

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Philippe Huguen - AFP

Tereos, numéro deux mondial du sucre, s'est retourné ce mardi en justice contre huit de ses coopérateurs. Ceux-ci avaient accusé le groupe de complicité avec Daesh après que des produits du groupe avaient été découverts en Irak.

Pour les uns, il s'agit de soupçons nés, en toute bonne foi, d'informations parues dans la presse à l'époque. Pour les autres, de calomnies au service d'une vaste tentative de déstabilisation. Il y a quelques mois, huit coopérateurs, à savoir des agriculteurs betteraviers, du groupe sucrier Tereos, numéro deux mondial de son secteur, déposaient plainte contre la maison-mère pour "acte de terrorisme". Tereos l'apprenait le 20 mars.

Aujourd'hui, les rôles sont renversés, et c'est désormais le groupe qui traîne ses anciens accusateurs, après le classement de leur plainte le 3 avril, devant la justice pour dénonciation calomnieuse via une citation directe, note Le Parisien dans son édition de ce mercredi. La première audience a eu lieu à Paris ce mardi.

Le périple du sorbitol 

De quoi s'agit-il? Tereos a été tout bonnement soupçonné d'avoir apporté sa complicité au groupe Daesh en Irak. Et le feuilleton remonte à loin. Fin 2017, le JDD racontait que l'agence Conflict Armament Research, dépêchée en Irak par l'Union européenne, avait mis la main sur 78 tonnes de sorbitol dans des anciennes caches de Daesh lors de recherches s'étant étalées entre novembre 2016 et septembre 2017. En soi, le sorbitol n'est qu'un dérivé du sucre, utilisé notamment dans la composition des chewing-gums. Mais il suffit de le mélanger à du nitrate de potassium pour en tirer un usage détourné bien plus intéressant aux yeux des terroristes: un propulseur pour roquettes. 

Pour l'essentiel, ces cargaisons un moment détenues par Daesh étaient estampillées Tereos, et provenaient de ses sites picards. Tereos s'était justifié, arguant avoir simplement vendu ce sorbitol à l'un de ses clients, une société agroalimentaire turque, avant que le produit fasse l'objet d'une contrebande.

Le JDD avait retracé le parcours de ces stocks. Les tonnes de sorbitol, sortant des entrepôts picards, avaient d'abord transité à Anvers puis gagné la Turquie et l'entreprise Sinerji en mai 2015. Là, un négociant turc les avait rachetées, expédiant bientôt le tout vers la frontière syrienne. Derrière celle-ci, un autre commerçant, pour sa part syrien, avait récupéré le magot en poudre et ce dernier avait pu être convoyé jusqu'en Irak, et la région de Mossoul plus précisément. 

Parole contre parole 

Sur cette base, huit coopérateurs de Tereos étaient donc allés trouver la justice. Ils portaient un grief supplémentaire. Pour motiver leur initiative, ils mettaient en effet le doigt sur la livraison, en février 2017, de 62 tonnes de sorbitol à une entreprise pharmaceutique syrienne. Les partenaires économiques de Tereos ont alors demandé des explications. Mais le parquet antiterroriste a classé la plainte des agriculteurs le 3 avril, assortissant sa décision d'un communiqué: "L'examen de cette plainte n'a pas révélé d'infractions à caractère terroriste - l'existence d'une entente ou d'un groupement susceptible d'avoir réuni la société Tereos et l'organisation Etat islamique ou toute autre organisation terroriste, y compris de façon indirecte, (...) n'était pas établie". 

Alexis Duval, président du directoire de Tereos, a livré sa lecture de ces événements au Parisien: "L'entreprise a été victime d'une grave tentative de déstabilisation, dont les conséquences auraient pu être catastrophiques." D'après la direction, cette bataille trouve son origine bien ailleurs qu'en Irak: des coopérateurs remettent en cause la stratégie internationale du groupe et dénoncent un manque de transparence. Parmi, les huit coopérateurs ayant accusé Tereos d'acte de terrorisme, on trouve notamment trois personnes un temps exclues de la société avant d'être réintégrées par décision de la justice. 

Leur défenseur, maître Thibault Guillemin, a démenti auprès du Parisien que le ressentiment soit le carburant de la plainte initiale de ses clients: "Mes clients revendiquent être des lanceurs d'alerte. Ils n'agissent pas au nom de leur intérêt personnel mais de celui de l'entreprise". 

Robin Verner