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Alexia, Maëlys: les progrès de la science au service de la justice

Des gendarmes et des experts en criminalistique à la recherche du corps de Maëlys le 14 février 2018 à côté de Domessin, en Savoie

Des gendarmes et des experts en criminalistique à la recherche du corps de Maëlys le 14 février 2018 à côté de Domessin, en Savoie - Philippe Desmazes-AFP

Dans l'enquête sur la disparition de la petite Maëlys comme dans celle sur le meurtre d'Alexia Daval, ce sont les expertises de la police ou la gendarmerie scientifique qui ont permis de faire parler les suspects.

C'est la découverte dans la voiture de Nordahl Lelandais d'une minuscule trace de sang appartenant à Maëlys qui a déclenché les aveux de Nordahl Lelandais, mis en examen pour le meurtre de la fillette depuis près de six mois.

Dans le cadre de l'enquête sur le meurtre d'Alexia Daval, des "éléments électroniques" du véhicule de son mari ont porté les soupçons des enquêteurs sur Jonathann Daval, qui trompait sa belle-famille depuis trois mois. Les progrès de la gendarmerie ou de la police scientifique permettent à présent de faire sensiblement avancer les enquêtes.

"C'est extrêmement difficile de pouvoir masquer son crime avec les avancées technologiques que nous connaissons", confirme sur BFMTV Karine Lejeune, porte-parole de la Gendarmerie nationale.

Le véhicule a été "désossé"

Dans cette affaire, c'est la science qui a fait avancer l'enquête. Nordahl Lelandais a été mis en examen pour meurtre le 3 septembre 2017 mais il n'a cessé de nier son implication dans la disparition de la fillette. Le maître-chien âgé de 34 ans avait été filmé nettoyant minutieusement sa voiture, dont le coffre, au lendemain de la disparition de l'enfant lors d'une fête de mariage à Pont-de-Beauvoisin, en Isère, prétextant sa prochaine vente. L'ancien militaire avait même utilisé un produit tellement puissant, un décapant pour jantes, que les chiens de la brigade cynophile de la gendarmerie ont vomi lorsqu'ils ont inspecté la voiture.

Les enquêteurs ont désossé le véhicule du suspect afin de pousser la recherche de traces. Ils se sont ainsi orientés vers les endroits inaccessibles et invisibles où Nordahl Lelandais n'avait pas pu nettoyer sa voiture. Tous les éléments de la voiture ont ainsi été scannés pour faire jaillir d'éventuelles traces ADN ou de sang. "C'est une opération très technique, très compliquée, précise Karine Lejeune sur RTL (...) Il faut pouvoir s'adapter à la stratégie du suspect pour pouvoir aller chercher le petit détail qu'il aura oublié." Une inspection qui s'est révélée fructueuse: sous le tapis fixé dans le coffre ils ont trouvé quelques microtraces de sang appartenant à la fillette. Chaque pièce de la voiture a ainsi été démontée.

"Le véhicule est envoyé à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale et ce sont des experts en recherche de traces qui vont, c'est le terme qui est employé, désosser le véhicule. C'est-à-dire le démonter point par point, la carrosserie, le matériel à l'intérieur, pour accéder au plus près à tous les interstices qui peuvent déceler du sang ou de l'ADN. Ce sont des opérations très longues."

Des balises et les traces de pneu

Dans l'enquête sur la mort d'Alexia Daval, dont le corps a été retrouvé fin octobre en partie brûlé dans un bois près de Gray en Haute-Saône, l'époux de la jeune femme de 29 ans a reconnu l'avoir tuée trois mois plus tard. Les enquêteurs ont été mis sur sa piste après qu'un voisin du couple a indiqué aux enquêteurs avoir entendu la voiture de fonction du mari quitter le domicile familial dans la nuit du 27 au 28 octobre, soit quelques heures avant le signalement de la disparition d'Alexia. Il aurait en effet entendu la voiture rouler sur une plaque métallique. Ce bruit l'aurait réveillé et il aurait regardé l'heure.

Un dispositif de traçage du véhicule a permis de confirmer que la voiture avait bel et bien bougé cette nuit-là. Le véhicule a ainsi été expertisé par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale pour comparer ses pneus avec les traces relevées près de l'endroit où le corps calciné de la joggeuse a été retrouvé. Des similitudes ont confirmé leurs soupçons.

"Des experts vont examiner le sol, la végétation"

De nouvelles recherches doivent être entreprises ce jeudi afin de retrouver l'ensemble du corps de la fillette. Patrick touron, directeur de cet institut, assure sur RMC que chaque détail compte. "Le médecin légiste va examiner le corps, des anthropologues vont étudier l'ensemble des traces qui pourraient être laissées, comme un coup de couteau, une arme." Il explique que de nouvelles techniques de recherches permettent de faire la lumière sur cette zone, considérée comme une scène de crime.

"Des experts vont examiner le sol, la végétation pour vérifier si la version qu'on nous verse est la bonne. C'est-à-dire si le corps a bien été déposé dans les dates proposées par Nordahl Lelandais. Il nous a raconté une version, il faut qu'on la confirme scientifiquement."

Le profil de cet homme interpelle au point que la gendarmerie a mis en place une cellule spéciale de coordination baptisée "Ariane", basée à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie à Pontoise. Elle est composée de différents spécialistes, dont des analystes criminels du comportement, des spécialistes de la téléphonie, d'autres en cybercriminalité, chargés de reconstituer le parcours de vie de cet homme. L'objectif est de vérifier si son passé pourrait coïncide avec d'anciennes disparitions non élucidées. L'affaire Estelle Mouzin a par exemple été définitivement écartée.

Céline Hussonnois-Alaya avec Alexandra Gonzalez