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Affaire Tapie: un ex-arbitre porte plainte pour "menaces"

Bernard Tapie soutient le juge qui s'estime "menacé" par l'ancien PDG du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade.

Bernard Tapie soutient le juge qui s'estime "menacé" par l'ancien PDG du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade. - -

Pierre Mazeaud fut l'un des trois arbitres du tribunal qui avait octroyé 403 millions d'euros à Bernard Tapie. Il affirme avoir été intimidé indirectement par l'ex-PDG du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade.

L'ex-président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, qui fut l'un des trois arbitres du tribunal qui avait octroyé 403 millions d'euros à Bernard Tapie pour solder son litige avec le Crédit lyonnais a porté plainte pour "menaces", a-t-on appris ce mardi de source judiciaire.

L'enquête a été confiée à la brigade financière, a précisé cette source, confirmant une information du Canard enchaîné. Pierre Mazeaud, qui a porté plainte le 13 juillet, a raconté, lors de son audition six jours plus tard, avoir reçu la visite d'un ancien dirigeant du club des amis de Jacques Chirac, Pierre Habib-Deloncle, disant venir le voir de la part de l'ancien président du Crédit lyonnais, Jean Peyrelevade. "Peyrelevade m'a chargé de vous dire de faire très attention", a dit Pierre Habid-Deloncle, selon le récit fait par Pierre Mazeaud aux enquêteurs.

"On n'est pas en Corse"

Pour l'ancien président du tribunal arbitral, cette intervention est une "menace", voire "une intimidation" en raison, a expliqué Pierre Mazeaud, des propos peu amènes qu'il avait tenus devant les policiers à l'égard de Jean Peyrelevade dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage controversé favorable à Bernard Tapie.

Interrogé le 4 juin, Pierre Mazeaud avait souligné que Jean Peyrelevade reconnaissait devant le juge avoir fait, comme président du Crédit lyonnais, du "portage, c'est-à-dire créer des sociétés dans les paradis fiscaux, Bahamas et îles Caiman", selon le PV d'audition. "C'est lui l'escroc qui a voulu faire une entourloupe à Bernard Tapie et permettre au Crédit lyonnais de s'approprier Adidas", avait-il déclaré. Jean Peyrelevade a toujours contesté le recours à l'arbitrage pour résoudre le litige entre le Crédit lyonnais et le groupe Tapie sur la vente d'Adidas.

Selon Le Canard enchaîné, Pierre Mazeaud a raconté aux policiers de la brigade financière avoir mis Pierre Habib-Deloncle à la porte en lançant: "On n'est pas en Corse ici, je n'ai pas à me retourner quand je marche dans la rue."

Bernard Tapie prend la défense du juge

Interrogé mardi sur Europe 1, Bernard Tapie a accusé l'ex-président du Crédit lyonnais, qui a toujours contesté le recours à l'arbitrage, d'être "à la manoeuvre" avec notamment le président du MoDem François Bayrou et le député UDI Charles de Courson. "C'est leur méthode, ne pas hésiter à utiliser les menaces, le chantage", a-t-il dit.

Bernard Tapie a dénoncé les "informations mensongères dans les journaux", qui visent à faire passer les arbitres "pour des imbéciles, soit des incompétents, soit pire les complices d'une escroquerie en bande organisée". En portant plainte, "Mazeaud montre qu'il n'est pas prêt de se laisser impressionner", selon lui.

Interrogé au sujet des courriers envoyés à des responsables politiques avant que ne soit décidé le recours à l'arbitrage à la fin 2007, Bernard Tapie a expliqué avoir fait "du lobbying" parce qu'il était "volé". "Je l'ai fait auprès de Fabius, je l'ai fait auprès de Strauss-Kahn, je l'ai fait auprès de tous les ministres des Finances en disant qu'il s'était passé (...) un scandale unique, une banque qui appartenait à l'Etat a volé son client du plus du double de ce qu'elle aurait dû normalement encaisser".

dossier :

Affaire Tapie

A.D. avec AFP