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13-Novembre: "Elle n’est plus personne": le quotidien bouleversé de celle qui a permis d’interpeller Abaaoud

Après les attentats du 13-Novembre, Sonia* a été le témoin clé qui a permis aux enquêteurs de retrouver la trace de l’homme suspecté d’en être le coordinateur. Des déclarations qu’elle a faites au péril de sa vie. Face aux risques de représailles, elle bénéficie depuis 4 ans du statut de "témoin protégé".

Protégée, mais à quel prix? Depuis quatre ans, Sonia* a mis sa vie entre parenthèses pour des questions de sécurité. Le 16 novembre 2015, c’est elle qui a permis à la police de retrouver la trace d’Abdelhamid Abaaoud, suspecté d’être l’organisateur des attaques du 13-Novembre. Grâce aux éléments qu’elle leur a transmis, les enquêteurs ont en effet pu le neutraliser le 18 novembre 2015, dans un appartement de Seine-Saint-Denis. Ces déclarations, inespérées pour la police, font courir à Sonia des risques de représailles et justifient la mise en place d’une protection renforcée à son égard.

Prévu par la loi "renforçant la lutte contre le crime organisé et le terrorisme", le statut de "témoin protégé" est censé garantir la sécurité de ceux qui ont apporté des éléments déterminants dans la résolution d’une enquête judiciaire. L’Etat organise leur changement d’identité, leur hébergement - avec des déménagements réguliers - et leur verse des indemnités mensuelles. Mais ce système n’est pas sans faille, dénonce Me Samia Maktouf, l’avocate de Sonia, qui pointe le "profond désarroi" de sa cliente dans un courrier adressé le 31 octobre au ministère de l’Intérieur, rapporte Le Parisien.

Sentiment de culpabilité

Avec sa nouvelle identité, Sonia "ne peut justifier d’aucune filiation" ce qui, par extension, complique sa vie au quotidien jusqu’à l’empêcher de retrouver un emploi. Pour préserver le secret d’une vie plongée dans l’ombre, elle a également dû se couper de ses amis et de sa famille.

"Elle n’a plus de proches. Finalement, elle n’est personne", déplore son avocate. Surtout, la mère de famille "éprouve un sentiment de culpabilité vis-à-vis de ses enfants à qui elle impose cette double-vie", poursuit Me Samia Maktouf.

Ceux-ci subissent de plein fouet les conséquences du statut de "témoin protégé" de leur mère: avec les déménagements à répétition, ils doivent régulièrement changer d’établissement scolaire, or les inscriptions "relèvent du casse-tête quand il faut fournir les bulletins scolaires des années écoulées, ceux-ci mentionnant un autre nom", détaille le quotidien. Pourtant, en dépit de ce mode de vie singulier, contraint à l’isolement, Sonia l’assure: "Pas un jour, elle n’a regretté sa démarche."

*Le prénom a été modifié

Ambre Lepoivre