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Taille minimum, âge maximum... Tous les concours de beauté sont-ils aussi rigoureux que Miss France?

Amandine Petit le 13 mai 2021 lors du défilé en costume national pour Miss Univers

Amandine Petit le 13 mai 2021 lors du défilé en costume national pour Miss Univers - Rodrigo Varela / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Les polémiques autour des conditions d'admissibilité au concours Miss France ressurgissent chaque année. Dans le même temps, autour du globe, d'autres élections nationales font le choix de la diversité.

Mesurer au moins 1,70m, ne pas présenter de tatouage visible, ne pas avoir d'enfant, ne jamais avoir été mariée, ne pas avoir participé à la production d'images érotiques... elles sont nombreuses, les conditions que doivent remplir les jeunes femmes (âgées de 18 à 25 ans, grand maximum) qui souhaitent concourir au titre de Miss France. Autant d'interdits qui prennent vie, chaque année, sur la scène de l'élection où défilent des femmes jeunes, belles, minces et grandes... et suscitent leur lot de polémiques, les associations féministes dénonçant un concours archaïque et sexiste.

Le cru 2022 ne fait pas exception: en octobre dernier, l'association Osez le féminisme! a décidé d'attaquer le concours en justice pour non-respect du code du travail et discrimination. Ces règles controversées sont pourtant loin d'être une exception française: partout autour du globe, les concours de beauté persistent à mettre en avant des femmes répondant aux codes les plus conventionnels. Mais les lignes commencent - timidement - à bouger dans certaines régions du monde. Alors que l'élection de celle qui succédera à Amandine Petit, l'actuelle tenante du titre, se déroule ce samedi au Zénith de Caen, tour d'horizon non-exhaustif de ces concours (parfois) (un peu) moins formatés.

Quand les silhouettes se diversifient

Une règle est commune à la majorité des concours de beauté: les candidates ne doivent être ni mariées, ni mères de famille. L'âge maximum pour se présenter, s'il peut monter jusqu'à 28 ou 30 ans, reste sensiblement le même. Pour le reste, à l'heure de #MeToo, de la libération de la parole des femmes et du body-positivisme, certains pays d'Europe ont pris le tournant auquel la France se refuse obstinément. Leur liberté vient peut-être du fait que contrairement à l'Hexagone, plusieurs de ces États organisent deux concours distincts: l'un pour élire celle qui les représentera à l'élection de Miss Monde, l'autre pour envoyer une jeune femme défendre leurs couleurs à Miss Univers. Ainsi, les concours Miss Malte ou Miss Norvège accueillent des corps plus divers, quand les candidates de Miss Univers Malte et Miss Univers Norvège affichent des mensurations plus traditionnelles.

En Islande, après plusieurs polémiques retentissantes autour du formatage des candidates, les concours de Miss Univers Islande et Miss Monde Islande se sont ouverts à différents types de silhouettes. En 2017, la jeune Stefanía Tara Þrastardóttir, en surpoids, figurait parmi les cinq finalistes de ce dernier.

L'absence de prérequis concernant la taille et le poids restent rares, et certains pays semblent chercher à dissimuler leurs exigences en la matière. C'est le cas de la Belgique et du Danemark: dans la liste des exigences présentées sur leurs sites, ils s'en tiennent à des questions de nationalité, d'âge et de situation familiale. Mais parmi les renseignements que doivent fournir les candidates en remplissant leurs formulaires d'inscription figurent leur taille, leur poids et/ou la taille de leurs vêtements.

En Italie, des critères plus flexibles

En Italie, c'est un autre type de diversité qui a intéressé la presse internationale en 2018. Cette année-là, le concours mettait en avant les personnes en situation de handicap avec Chiara Bordi, une jeune femme de 18 ans équipée d'une prothèse à la jambe gauche. Signe des difficultés à faire évoluer les mentalités: sa participation lui avait valu un flot d'insultes sur les réseaux sociaux. Des moqueries numériques qui ne l'ont pas empêchée de finir 2e dauphine.

L'édition italienne affiche globalement des critères plus flexibles que son équivalent français: en 2016, la première dauphine affichait ainsi fièrement sa taille 42 sur les podiums, mais avait été, elle aussi, victime d'une campagne de dénigrement sur Internet. Il y a quelques mois, c'est une participante à la première étape des sélections qui avait été insultée et menacée pour s'être présentée au casting avec son bébé, n'ayant trouvé personne pour le garder.

"Les Français ne sont pas prêts"

C'est l'un des autres sujets qui commence à peser sur le concours Miss France: jamais une femme transgenre n'est apparue sur la scène de l'élection. Certaines délégations internationales ont pourtant déjà sauté le pas: en 2016, la Belge Céline Van Den Bossche s'est présentée à l'élection de Miss Flandre-Occidentale - qu'elle n'a pas remportée. Quatre ans seulement avant sa participation au concours, elle n'avait pas encore effectué sa transition vers le sexe féminin.

L'étape suivante a eu lieu en trois ans plus tard, en Espagne. Angela Ponce, mannequin transgenre, a été élue Miss Univers Espagne en 2018. Un titre qui lui a permis en décembre 2018 de devenir la première candidate transgenre à participer à l'élection de Miss Univers.

Les lignes bougent aussi outre-Atlantique où Kataluna Enriquez, Miss Nevada 2021, est devenue la première femme transgenre à concourir au titre de Miss USA comme le rapporte Le Monde. Un titre remporté le 29 novembre par Elle Smith, Miss Kentucky.

Un pas que le concours français n'est pas encore prêt à sauter, selon Sylvie Tellier. Interrogée à plusieurs reprises sur le sujet, la directrice de la société Miss France a fait part de son scepticisme au Parisien en 2019:

"Je ne pense pas que les Français soient prêts à élire une Miss transsexuelle. Et si les Français ne sont pas prêts, il n'y aura pas de Miss transsexuelle. Ce n'est pas interdit dans le règlement, même si c'est compliqué dans les faits."

Car si l'ancien règlement exigeait des candidates qu'elles soient "nées de sexe féminin", le nouveau indique qu'il faut "être inscrite à l’état civil comme étant de sexe féminin". Mais là encore, une candidate transgenre pourrait se heurter à un autre interdit: contrairement à d'autres pays du monde, le concours français n'accepte pas les jeunes femmes ayant eu recours à la chirurgie esthétique. Seule la chirurgie réparatrice est autorisée - à voir dans quelle catégorie les organisateurs classeraient les interventions nécessaires à une transition vers le sexe opposé.

Le cas Miss Germany

Au concours de l'inclusivité, c'est l'élection allemande qui remporte la couronne. Il y a deux ans, les organisateurs ont totalement repensé l'esprit de cette élection, qui se veut désormais plus une tribune pour les femmes: la limite d'âge y est de 39 ans, soit près de 15 ans de plus que la plupart des équivalents internationaux et les mères de famille y sont les bienvenues, de même que les femmes transgenres ou en surpoids.

"Chez Miss Allemagne, l'individualité et la diversité sont au premier plan", peut-on lire sur le site officiel. "Nous recherchons des femmes qui suivent leur propre chemin, qui ont un objectif clair en tête et qui s'engagent pour un avenir meilleur. Nous nous appuyons sur des personnalités authentiques qui représentent de nouvelles normes avec leur attitude et encouragent les autres à faire de même. Qu'elles soient gameuses, LGBTQIA+, entrepreneuses, militantes écologistes, mères, personnes de couleur, artistes, fashionistas, athlètes, grandes tailles - nous recherchons des personnages uniques".

Le mode d'élection diffère lui aussi de celui qui est observé en France. Dans l'Hexagone, les miss régionales sont élues par un jury de professionnels et le public n'a son mot à dire que le soir de l'élection, lorsque les finalistes ont été désignées. Outre-Rhin, les 160 candidates sont soumises au vote des internautes: ce sont eux qui déterminent lesquelles pourront participer à l'élection, qui aura lieu en février prochain.

Bettina Orth, Allemande de 34 ans et mère de cinq enfants résidant en Moselle, a confié à BFMTV.com les raisons de sa participation à ce concours repensé: "Pour moi, Miss Germany est une femme qui représente son pays, peu importe son apparence, ou sa vie privée", avait-elle déclaré. "Elle doit raconter une histoire, inspirer les gens, les toucher. Parfois, la véritable beauté vient de l’intérieur."

Un concours à ne pas confondre avec Miss Universe Germany, une élection aux exigences bien plus rigoureuses qui désigne la reine de beauté qui ira représenter l'Allemagne lors de l'élection de Miss Univers.

Autant d'avancées vers des concours de beauté plus inclusifs qui font figure d'exception, et qui n'ont pas encore rejailli sur les concours internationaux. Il suffit de quelques clics sur les comptes Instagram des élections Miss Monde et Miss Univers pour constater que les tailles 34 restent sur-représentées. En outre, en 70 ans d'existence, le concours Miss Univers n'a couronné que six femmes noires. Clémence Botino, qui représentera la France lors du cru 2021 ce dimanche à Eilat, changera-t-elle la donne?

https://twitter.com/b_pierret Benjamin Pierret Journaliste culture et people BFMTV