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The Highwaymen: Kevin Costner pourchasse Bonnie et Clyde sur Netflix

The Highwaymen

The Highwaymen - Netflix

Kevin Costner prête ses traits à Frank Hamer, le Texas Ranger responsable de l’arrestation de Bonnie et Clyde. Portrait d’un acteur qui a toujours incarné des hommes épris de justice prêts à tout pour sauver les valeurs américaines.

Le film The Highwaymen devait se faire il y a une dizaine d’années, avec les deux acteurs les plus intègres de Hollywood, Robert Redford et Paul Newman. Cela aurait été leur troisième collaboration après Butch Cassidy et le Kid et L’Arnaque. Il n’y a donc rien d’étonnant à retrouver dix ans plus tard, à leur place, leur digne successeur: Kevin Costner, l’acteur qui a toujours incarné, des Incorruptibles à JFK, l’Américain moyen épris de justice.

Ce vendredi 29 mars, il est donc la vedette du film Netflix The Highwaymen, dont l’ambition est de raconter la véritable histoire de Bonnie et Clyde. Et surtout de réhabiliter Frank Hamer, légende des forces de l’ordre américaine, responsable de l’arrestation du duo meurtrier en 1934, mais ridiculisée en 1967 dans le classique d'Arthur Penn avec Faye Dunaway et Warren Beatty. La famille du Texas Ranger avait attaqué alors en diffamation les producteurs du film, avant de régler l’affaire à l’amiable.

Bonnie et Clyde (gauche), Frank Hamer (droite)
Bonnie et Clyde (gauche), Frank Hamer (droite) © Neflix

Costner, qui est revenu sur le devant de la scène dans les années 2010 en alternant blockbusters, polars et westerns, a été séduit par la démarche du scénariste John Fusco, qui voulait laver "l’humiliation" causée par le film emblématique du Nouvel Hollywood. "Quand on voit ce qui est arrivé à Hamer, avec sa veuve qui se rend au tribunal pour le défendre - et que l’on comprend comment a été peint le plus grand des Texas Rangers [...] on ne peut être que surpris", a-t-il déclaré à Vanity Fair. "Je ne sais pas si Penn savait ce qu’il faisait."

"Je n’osais pas me vieillir pour le jouer"

"[Frank Hamer] était le plus connu des Texas Rangers", a ajouté l’acteur dans une interview accordée au site AARP. "Il a survécu à de nombreuses fusillades, a affronté des foules entières pour sauver des personnes de couleur. C’est un incroyable personnage de l’Histoire américaine [...] Il faut faire attention à la manière dont on représente les personnalités historiques. C’est une leçon dont je me souviendrai toute ma vie", dit l’acteur qui n’avait pas prévu au départ de rendre un si vibrant hommage à Frank Hamer, estimant que "suffisamment de livres d’histoires avaient établi qu’il n’était pas un imbécile."

Malgré son amour pour la justice et les hommes de loi droits dans leurs bottes, Kevin Costner ne se sentait pas prêt pour accepter le rôle lorsqu’il lui a été proposé après la mort de Paul Newman (en 2008): "Le rôle ne correspondait pas à ce que je faisais ou pensais à l’époque. Peut-être que je n’étais pas encore le personnage ou que je n’osais pas me vieillir [Frank Hamer avait 50 ans lors de sa mission. Costner en a 64, NDLR]. Je savais que pour le jouer je devais prendre 4 à 5 kilos, ne pas être capable de passer une clôture, courir bizarrement et ne pas réussir à capturer quelqu’un que j’aurais pu probablement arrêté."

L’acteur, après dix ans de tergiversations, a fini par comprendre que le rôle était fait pour lui, a-t-il raconté. "Il y a un moment dans votre vie où vous ressentez une obligation [...] Je me suis dit: “C’est moi, je dois le faire." En tant que réalisateur et scénariste oscarisé, Costner sait aussi quelle image le public a de lui. Il a vu dans The Highwaymen l’occasion de vieillir son personnage de justicier, comme Clint Eastwood l’a fait avant lui ces quinze dernières années avec des films comme Gran Torino. Costner a aussi compris qu’il partage avec Frank Hamer son caractère taciturne: "Je ne renonce jamais. Et je n’ai pas peur de regarder mes échecs en face. Pour mieux en tirer parti", disait-t-il ainsi en 2011 dans Madame Figaro.

Costner est parfaitement conscient de cette image de justicier et s’en amuse, assure-t-il auprès d’AARP: "Encore aujourd’hui, à cause des rôles que j’ai joués, si je suis dans un restaurant et que quelqu’un s’étouffe, je vous jure que la moitié du restaurant va me regarder comme si j’allais sauter par dessus les tables pour sauver cette personne. Ce n’est pas que je ne peux pas le faire, mais je ne suis peut-être pas la personne la plus qualifiée pour cela dans la pièce. Beaucoup de choses sont attendues de vous quand vous devenez célèbre." Et pourtant, c’est encore lui qui sauve l’Amérique dans The Highwaymen.

"J’aime et je respecte mon pays"

Kevin Costner a toujours cultivé l’image d’un acteur fasciné par les grands espaces et les déceptions de la "destinée manifeste", cette idéologie selon laquelle la nation américaine avait pour mission divine l'expansion de la "civilisation" vers l'Ouest. Des œuvres comme Silverado, Open Range, Wyatt Earp ou encore Danse avec les loups sont là pour en témoigner. Les bandits de grands chemins comme Bonnie et Clyde en sont les derniers avatars. Le retrouver face à eux est donc l’aboutissement d’une filmographie qui a pris son envol avec le rôle de l’incorruptible Eliot Ness. Au delà de la justice, c’est une certaine vision de l’Amérique qu’il défend et qu’il aspire à retrouver.

"Mes origines indiennes commencent à Noble Country, en pleine réserve cherokee. Je me considère donc comme un véritable Américain!", a-t-il indiqué en 2016 au HH Journal. "J’aime et je respecte mon pays, sa bannière étoilée et la vision idyllique qu’elle évoque. J’aime ses vastes étendues, son histoire, ses racines, la diversité de ses ressources, les opportunités qu’il vous offre, sa capacité à rebondir en toutes occasions. Si c’est ça, être chauvin, alors je le suis! Maintenant, je ne suis pas dupe! Ce pays court droit au désastre si nous ne changeons pas notre mode de vie. Le racisme, la cupidité, le cynisme sont les grands maux de notre époque et nous devons les combattre quotidiennement."

Lorsque Madame Figaro lui demande de citer un endroit qui lui ressemble, l’acteur qui a des origines cherokee grâce à son père répond sans hésiter: "Les Black Hills du Dakota du sud, où subsiste une petite communauté de bisons. J’y ai tourné Danse avec les loups…" Un endroit rugueux et sauvage, mais honnête, resté fidèle à ses origines. Comme lui.

Jérôme Lachasse