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Triple Frontière sur Netflix: quand Hollywood s'attaque aux cartels

Ben Affleck dans Triple frontière

Ben Affleck dans Triple frontière - Netflix

Le nouveau film Netflix Triple Frontière, comme Sicario avant lui, évoque la guerre contre les cartels de drogue pour mieux raconter l'intervention américaine en Irak.

En ligne ce mercredi 13 mars,Triple Frontière avec Ben Affleck, Oscar Isaac, Charlie Hunnam, Garrett Hedlund et Pedro Pascal suit cinq vétérans des forces spéciales qui décident de braquer l'un des plus dangereux barons de la drogue d'Amérique latine.

L'histoire commence avec Pope, campé par Oscar Isaac. Ce policier zélé opère dans un secteur situé à cheval entre le Paraguay, le Brésil et l'Argentine. Alors qu'il tente d'arrêter le narcotrafiquant Lorea, il découvre l'endroit où il se cache avec sa fortune. Décidant de profiter de la situation, il contacte quatre anciens des forces spéciales, frustrés depuis leur retour au pays, pour monter un braquage à haut risque. Avec cette mission, ils entendent libérer la région et repartir avec la fortune colossale de Lorea... 

Une métaphore

Réalisé par J.C. Chandor (A most violent year), ce thriller musclé est pour son auteur "une métaphore sur les guerres dans lesquelles les Etats-Unis se sont impliqués depuis le 11-Septembre", a-t-il raconté au magazine Cinemateaser. Il s'inscrit en cela dans la lignée de films récents sur les cartels, comme Sicario ou Cartel, qui mettent en scène le conflit contre les barons de la drogue d'Amérique latine en s'inspirant des guerres en Irak et en Afghanistan du début des années 2000. 

Comme Sicario, où Denis Villeneuve filme l'arrivée des agents du FBI à Juárez comme celle des GI's à Falloujah, Triple frontière puise dans l'iconographie des guerres du mandat Bush. L'Amérique latine de J.C. Chandor, comme celle de Denis Villeneuve, est une représentation métaphorique du Moyen-Orient. Et les vétérans incarnés notamment par Oscar Isaac et Ben Affleck rejouent, sans le savoir, "ce que les vingt dernières années de leur carrière [militaire] ont été" et paient, surtout, "les conséquences de l'impérialisme de ces vingt dernières années".

Détourner les codes du film de guerre

Les cinq vétérans de Triple frontière incarnent l'Amérique passée, celle qui a cru pendant des décennies pouvoir intervenir en toute impunité dans des conflits qui ne la concernaient pas. Les cinq hommes sont persuadés, d'ailleurs, du bienfait de leur "mission". "J'ai vraiment redoublé d'effort à l'écriture pour que tous les personnages se cachent derrière des prétextes - qu'ils soient troubles ou tout simplement faux", explique J.C. Chandor dans Cinemateaser. Un élément du film qui peut rappeler les fausses preuves d'armes de destruction massive en Irak utilisées en 2003 par Colin Powell pour justifier l'intervention en Irak. 

Comme Sicario ou même Cartel, Triple frontière maintient les narcotrafiquants et leurs sbires à l'arrière-plan. Pour représenter la lutte contre les cartels, Hollywood détourne les codes du film de guerre classique en choisissant le plus souvent de ne pas montrer l'ennemi ou de ne le représenter que brièvement, à l'état de cadavres. Triple frontière n'y coupe pas. Et pour une raison simple: le film s'intéresse avant tout au sort de ces soldats qui ont combattu dans ces guerres menées pour de fausses raisons. Une situation qui, selon le réalisateur, a conduit à la crise actuelle que traverse les Etats-Unis:

"Les conséquences des vingt dernières années de guerre ont affecté cette classe de soldats. Nous les avons maltraités", commente J.C. Chandor dans Cinemateaser. Aux Etats-Unis, notre armée est faite de volontaires, ils ne sont pas obligés de s'engager. La manière dont nous avons traité ces hommes aux Etats-Unis [depuis qu'ils sont rentrés] a clairement encouragé la situation actuelle et nous a peut-être mené à Donald Trump." 

Jérôme Lachasse