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Karin Viard double la méchante dans Klaus: "Je n’ai pas une voix pour faire les princesses!"

La Légende de Klaus avec la voix de Karin Viard

La Légende de Klaus avec la voix de Karin Viard - Netflix

L’actrice césarisée prête sa voix à la grande méchante du dessin animé de Netflix La Légende de Klaus, en ligne le 15 novembre. Elle évoque avec son franc-parler habituel la beauté de ce film, son rapport au doublage et sa carrière.

On la voit souvent au cinéma mais on entend peu sa voix dans les films d’animation. Césarisée en début d’année pour son rôle dans Les Chatouilles, Karin Viard double Madame Krum, la grande méchante de La Légende de Klaus, disponible sur Netflix le 15 novembre. Premier film d’animation produit par le géant du streaming, Klaus est attendu de pied ferme depuis plusieurs années. 

Imaginé par Sergio Pablos, co-créateur de Moi, Moche et Méchant, ce long-métrage raconte la naissance du Père Noël. Inspiré notamment par le style du peintre américain Eyvind Earle, le responsable du style graphique de La Belle au bois dormant, Sergio Pablos a repoussé les limites de l’animation 2D en l’approchant le plus possible des images de synthèse grâce à d’habiles jeux de lumière. Le résultat, saisissant, a été chaleureusement applaudi en mi-juin au festival d’Annecy.

Karin Viard ignorait tout du film en acceptant le rôle: "J’avais pris ma décision avant de le voir, parce que j’aimais bien l’exercice. Il m’a rarement été donné de le faire. J’aime bien aller sur des terrains que je n’ai pas encore investis." Elle a aussitôt été charmée par la beauté des images: "Le film est subtil, inédit", s’enthousiasme-t-elle. "J’aime beaucoup le dessin. Je trouve qu’on n’est pas du tout dans une uniformisation des personnages. Ils sont tous très différents les uns des autres." 

Elle n’a pas eu le temps, comme le feront spectateurs et spectatrices, de se plonger dans les détails de cet univers imaginé par Sergio Pablos: "J’ai vu le film comme un outil de travail, j’étais dans une démarche de fabrication. Il fallait que je prête vie à ce personnage, que je comprenne comment j’allais le servir."

Karin Viard n’est pas novice en la matière. Si elle ne garde pas un bon souvenir du doublage d’Angry Birds 2 en début d’année, sur lequel elle ne préfère pas s’étendre ("ça a le mérite d’exister"), elle se souvient plus volontiers de celui de Quatre mariages et un enterrement en 1994: "C’est le parcours des jeunes acteurs pour gagner des sous, pour exister. Pour une jeune actrice, faire un doublage de films, c’est super. J’ai essayé un peu, mais ça n’a jamais vraiment mordu." 

"Je n’ai pas une voix pour faire les princesses!"

Désormais sa voix est trop reconnaissable pour se prêter à l’exercice régulièrement. Elle apprécie cependant son aspect solitaire, qui offre "une autre variation de [son] métier": 

"Notre voix doit être en symbiose avec le personnage. C’est très technique. On doit appuyer les labiales, les consonnes, il ne faut pas parler plus vite que le personnage. On a une bande rythme avec une barre et on doit commencer à parler au moment où le mot touche la barre. Et il y a une chose qui est beaucoup moins technique, qui est de l’ordre de l’interprétation: comment on prête vie à ce personnage. Quand elle hurle à l’image, que doit-on faire pour que ça colle avec ce personnage?" 
Karin Viard double Madame Krum (à gauche) dans La Légende de Klaus
Karin Viard double Madame Krum (à gauche) dans La Légende de Klaus © Netflix

Aucune difficulté pour la comédienne qui a fait ses armes chez Étienne Chatilliez et Jean-Pierre Jeunet: "Je trouve que c’est plus amusant que difficile. C’est comme une charade, un rébus." De Paris à Chanson douce, en passant par Les Chatouilles et Klaus, Karin Viard excelle dans les rôles de méchantes: "Détrompez-vous, il y a encore quelques années, on me disait que j’étais la voisine idéale!"

Si l’actrice, il est vrai, a dévoilé une corde plus sensible de son arc dans Ma part du gâteau ou Lulu femme nue, elle prend un malin plaisir à jouer des personnages acariâtres, comme cette Madame Krum, qui refuse le changement et la révolution apportés par Klaus et ses jouets: 

"C’est très amusant à faire. Et je n’ai pas une voix pour faire les princesses! Les personnages qui m’intéressent le moins sont ceux qui ont toujours raison. Avec Les Chatouilles, j’étais déjà bien partie pour jouer la méchante. Ce sont des personnages très savoureux. Ça m’excite beaucoup comme actrice. Ça me plaît de me renouveler avec ces rôles alors que je suis quelqu’un [qui fait de la] comédie plutôt." 

"Mourir actrice"

Rien n’est calculé assure-t-elle, bien qu’elle fasse moins de comédies qu’à une certaine époque. Elle en a tourné une l’été dernier, le premier film réalisé par Laurent Lafitte, qu’elle présente comme "une comédie assez trash, assez gonflée et très drôle." Elle a préféré ralentir la cadence des tournages après une décennie marquée par les plus grands succès de sa carrière: Potiche, Polisse, Rien à déclarer, La Famille Bélier et Les Chatouilles. Mais Karin Viard ne veut pas y penser: 

"Je n’ai pas de recul. C’est un exercice que je ne fais pas. Je suis dans le présent. J’essaye de ne pas être trop dans l’avenir. Je ne suis jamais dans le passé. Je n’ai pas de regard sur moi comme actrice. Je vois que je suis fière de moi, que je suis contente d’être arrivée à ça. Pour le reste, je n’ai pas le sentiment qu’on attende quelque chose de moi. J’espère juste pouvoir continuer à travailler le plus longtemps possible. Et que les gens continuent de me suivre." 

Le plus longtemps possible? "J’aimerais bien mourir actrice", précise l’actrice âgée de 53 ans. "Pas forcément sur un plateau, mais j’aimerais être actrice jusqu’à la fin de mes jours. J’adore. C’est pour moi un immense plaisir d’être actrice. Si on me dit un jour que c’est fini, que je suis à la retraite, je serai excessivement malheureuse. Ça me plairait de pouvoir continuer, comme beaucoup d’actrices que je connais: les vieilles actrices ne sont jamais aussi heureuses que sur un plateau."

Jérôme Lachasse