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Avec Klaus, Netflix revisite l’histoire du Père Noël

Klaus de Sergio Pablos

Klaus de Sergio Pablos - Netflix

Netflix a dévoilé au Festival d’Annecy, mi-juin, quelques images de son premier film d’animation, Klaus. Plongée dans cette œuvre imaginée par le co-créateur de Moi, Moche et Méchant et prévue pour décembre.

Le Père Noël arrive sur Netflix. En décembre prochain, le géant du streaming dévoilera Klaus, déjà annoncé comme une date majeure dans l’histoire du cinéma d’animation. Premier film 2D conçu par un grand studio américain depuis les échecs de La Princesse et la Grenouille (2009) et Winnie l’Ourson (2011), Klaus est aussi le premier film d’animation produit pour Netflix.

Imaginé par Sergio Pablos, co-créateur de Moi, Moche et Méchant, ce long-métrage évoque la naissance du Père Noël. Inspiré notamment par le style du peintre américain Eyvind Earle, le responsable du style graphique de La Belle au bois dormant, Sergio Pablos a repoussé les limites de l’animation 2D en l’approchant le plus possible des images de synthèse grâce à d’habiles jeux de lumière. Le résultat, saisissant, a déjà fait forte impression mi-juin au festival d’Annecy lors d’une session "Work in Progress" très applaudie.

Sergio Pablos travaille depuis neuf ans sur Klaus: "Le temps que l’on passe sur un film d’animation se compte en années-chiens: on a le temps d’en faire seulement une poignée puis on meurt", s’amuse-t-il aujourd’hui. Avant de séduire Netflix, le réalisateur espagnol a essuyé des refus de tous les grands studios américains, trop frileux à l’idée de produire un film de Noël - le genre par excellence de Disney.

Pas de nostalgie

Ancien character designer du studio (Tarzan, Hercules), Sergio Pablos connaît bien ce type de récit. Pourtant, il n’a pas voulu sombrer dans la nostalgie des anciennes productions 2D du studio de Mickey. "Nous avons voulu conserver ce qui est génial avec l’animation traditionnelle tout en innovant", explique le cinéaste. "Si vous regardez les récentes tentatives des studios de renouer avec ce style, vous verrez que ce n’était que de la nostalgie! Ils n’ont fait que reproduire les vieux classiques! Jusqu’à Tarzan, Disney n’a fait qu’innover techniquement, puis ils ont voulu imiter ce qu’ils avaient déjà fait."

Eyvind Earle - Concept art de Klaus
Eyvind Earle - Concept art de Klaus © Eyvind Earle - Netflix - Sergio Pablos

Pas question pour lui de répéter les erreurs passées: "Avec Klaus, on a voulu voir où en serait l’animation 2D si les images de synthèse n’avaient pas été inventées. Nous ne cherchons pas à ressembler à de la 3D. Notre objectif est d’obtenir la pureté, la beauté des concepts-arts à l’écran." Pour atteindre cet objectif, Sergio Pablos et ses directeurs artistiques Szymon Biernacki et Marcin Jakubowski ont donc choisi de réaliser avec le même style les arrière-plans et les personnages.

Un choix de mise en scène jusqu’à présent techniquement impossible, précise Marcin Jakubowski: "Les décors étaient peints à la main sur papier et les personnages étaient conçus sur des celluloïds avec des couleurs à plat. Ce sont deux techniques complètement différentes." Pour obtenir ce mariage parfait entre l’animation 2D et les décors, Sergio Pablos et son équipe se sont donc appuyés sur le travail du peintre Eyvind Earle, considéré comme un dieu de l’animation depuis son travail sur La Belle au bois dormant.

"Eyvind Earle a parfaitement compris comment créer un monde spécifique à l’animation", commente Szymon Biernacki. "C’est surtout sa philosophie qui nous a inspirés: comment il a synthétisé en quelques traits arbres, neiges, plaines, comment son trait épuré a créé un style universel. Comme nous voulions utiliser sur les personnages un éclairage volumétrique [une technique utilisée en 3D pour ajouter à une scène des effets d'éclairage, NDLR] tout en conservant un style 2D, nous avons dû nous détacher de son style. Ses dessins étant plats, il n’était pas possible d’appliquer ses idées à la 3D."

"Beaucoup de nos collègues n’avaient jamais vu de neige!"

Le résultat est impressionnant. Les personnages, dessinés à la main, ont l’air d’avoir été conçus à l’ordinateur. Leur méthode est simple: "Marcin et Szymon peignent et ont étudié comment fonctionne la lumière", raconte Sergio Pablos. "Ils ont appris que la lumière ne se déplace pas de la même manière sur la peau ou sur les vêtements. Par exemple, la peau est translucide. La lumière fait donc un peu ressortir le sang et la peau devient rouge. Ils appliquent ces enseignements sur le film et les personnages animés."

Klaus de Sergio Pablos
Klaus de Sergio Pablos © Netflix

Si les films d’animation 3D font désormais des merveilles en matière de lumière (il suffit de voir Toy Story 4), les longs-métrages 2D rencontrent fatalement plus de difficultés. Klaus, selon Sergio Pablos, est ainsi le premier film 2D à représenter d’une manière aussi précise la lumière. L’omniprésence de la neige dans Klaus ajoute de la difficulté à la production - surtout lorsque le film est conçu en Espagne: “Beaucoup de nos collègues n’avaient jamais vu de neige!", s’amuse Marcin Jakubowski. "Ils ignoraient comment cela fonctionne: à chaque fois qu’un personnage marchait sur la neige, il faisait de grandes éclaboussures, comme s’il marchait dans l’eau!"

D’autant que la neige n’est pas réellement blanche dans le film: "Ça ferait trop mal aux yeux", précise Marcin Jakubowski. "Il faut penser le blanc comme une toile que l’on peut animer avec toutes les lumières que l’on veut." Son compère Szymon Biernacki ajoute: "Tout dépend en fait de la lumière de la scène. La neige va avoir la couleur de la lumière, donc on peut jouer avec une palette infinie de tons. Il faut juste faire attention à ce que la neige ne ressemble pas à de la boue ou à de l’argile!"

Klaus de Sergio Pablos
Klaus de Sergio Pablos © Netflix / Sergio Pablos

"Un film fait par des gens qui adorent peindre"

La difficulté, pour Sergio Pablos et ses équipes, reste de trouver le bon équilibre entre réalisme et imaginaire pour conserver avant tout l’esprit de Noël: "Je ne suis pas fan des films qui essayent d’être réalistes", déclare le réalisateur. "À chaque fois que je vois un film d’animation qui essaye de nous convaincre que l’on est en train de voir un véritable acteur, je me demande quel est l'intérêt. Pour moi, l’animation n’est pas la représentation de la réalité!"

C’est pour cette raison que Sergio Pablos, avec ses deux directeurs artistiques, aime répéter que Klaus est "un film fait par des gens qui adorent peindre”. Chaque plan, insiste Szymon Biernacki, "n’a pas été conçu par un technicien, mais par un artiste” et “doit soutenir l’histoire". Sous l’égide de Sergio Pablos, les équipes traitent chaque plan du film comme s’il s’agissait d’une œuvre en 3D ou en prises de vue réelles.

Pour les lumières et les ambiances, leurs influences vont de la série Breaking Bad à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. La couleur occupe une place importante dans l’histoire. Au fur et à mesure que le protagoniste, un bon-à-rien nommé Jesper, se transforme au contact d’un mystérieux vieil homme capable de construire n’importe quel jouet, le film se pare d’une palette de tons éclatants: "Au début, la ville est morne, sans couleur", dévoile Sergio Pablos. "Puis les actions de Jesper vont peu à peu transformer le lieu. Les couleurs reviennent et Klaus devient un vrai film de Noël".

Affiche de Klaus
Affiche de Klaus © Netflix / Sergio Pablos
Jérôme Lachasse