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Cyclones, incendies, inondations... Ces phénomènes qui vont s'aggraver avec le réchauffement climatique

En juillet 2018, le typhon Maria avait provoqué de fortes vagues dans la province du Zhejiang

En juillet 2018, le typhon Maria avait provoqué de fortes vagues dans la province du Zhejiang - AFP

Cyclones plus puissants, vagues de chaleur plus intenses ou encore feux dévastateurs, l'ONU s'attend en 2020 à "beaucoup de phénomènes météorologiques extrêmes", dus au réchauffement climatique.

Mercredi, l'ONU a publié les chiffres de la décennie 2010-2019 sur le climat, qui confirment l'inexorable réchauffement climatique de la Terre: 2019 se classe ainsi au deuxième rang des années les plus chaudes jamais observées, après 2016.

"Malheureusement, nous nous attendons à voir beaucoup de phénomènes météorologiques extrêmes en 2020 et dans les décennies à venir, alimentés par des niveaux records de gaz à effet de serre qui retiennent la chaleur dans l'atmosphère", a souligné le secrétaire général de l'OMM (Organisation Météorologique Mondiale), Petteri Taalas.
"Le réchauffement climatique accroît le rythme et la fréquence des phénomènes naturels extrêmes et dévastateurs", écrit l'ONG de protection de l'environnement Greenpeace, "qu’il s’agisse des inondations, des tempêtes et des typhons qui balaient tout sur leur passage, des feux de forêts qui menacent les habitations et les écosystèmes, ou encore des sécheresses qui condamnent des milliers de personne à la faim et à l’exil".
  • Des vagues de chaleur "plus intenses et plus fréquentes"
"Les vagues de chaleurs découlent directement du réchauffement climatique", explique à BFMTV.com Françoise Vimeux, climatologue à l'Institut de Recherche pour le Développement. "Elles seront plus intenses plus fréquentes, mais aussi plus précoces en commençant par exemple dès mai en France, et s'attardant jusqu'en septembre".

Cet été, la France a battu plusieurs records de températures, dont un record absolu de chaleur le 28 juin à Vérargues (Hérault) avec 46°C. Juin 2019 a été marqué par une canicule exceptionnelle en Europe de l'Ouest, et est considéré comme le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde, selon les données du service européen Copernicus sur le changement climatique.

Ces vagues de chaleur entraînent dans leur sillage des sécheresses, qui touchent particulièrement certains endroits du monde comme les pays de l'Afrique australe, qui ont connu "la pire sécheresse depuis 35 ans pendant la saison des cultures", selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM). L'organisation a lancé un cri d'alerte alors que dans cette région, un nombre record de 45 millions de personnes sont menacées par la famine.

  • Des incendies plus dévastateurs
"L'Australie a connu en 2019 son année la plus chaude et la plus sèche jamais enregistrée, ce qui a préparé le terrain pour les feux de brousse gigantesques qui ont été si dévastateurs pour les personnes et les biens, la faune, les écosystèmes et l'environnement", a déclaré Petteri Taalas.

L'Europe pourrait, elle aussi, subir des incendies plus forts et plus nombreux dans les années à venir. Avec les sécheresses en France, "on observe des végétaux mourir sur pieds. Alors quand les feux arrivent ça s'embrase rapidement. Des champs de vignes servaient auparavant de coupe-feux" ils brûlent aujourd'hui, expliquait en début de semaine le contrôleur général Jean-Pierre Salles-Mazou, directeur départemental des Services d'Incendie et de Secours des Pyrénées orientales, à BFMTV.com.

Des chercheurs ont compilé 57 études scientifiques publiées depuis 2013, et démontrés que le réchauffement climatique amplifiait le risque d'incendies. Leurs conclusions soulignent l'augmentation du nombre de feux et de leur étendue ces dernières années, par exemple en Sibérie.

"Les modèles prévoient que la durée de la saison des incendies augmentera de plus de 20 jours par an dans les hautes latitudes nordiques d'ici la fin de ce siècle", écrivent les chercheurs.
  • Des pluies plus importantes
"Avec un climat chaud, l'eau des mers et des océans s'évapore davantage, il y a donc plus d'eau dans l'atmosphère et en cas de précipitations, plus d'eau qui tombe", explique Françoise Vimeux.

De plus, si de gros orages arrivent après une sécheresse, "la terre est plus dure et d'une certaine façon, s'imperméabilise", expliquait en juillet à BFMTV.com François Gourand, prévisionniste à Météo France. Les fortes pluies "ruissellent sur le sol, comme si elles glissaient sur une surface étanche et se retrouvent du coup sur des points plus bas, ou dans les rivières et fleuves environnants", qu'elles gonflent et font alors déborder.

  • Des cyclones de force 4 - 5
"On pense qu'il va y avoir autant de cyclones qu'actuellement dans les années à venir, mais il y en aura plus de force 4 - 5 que de force 1", déclare Françoise Vimeux. "Le cyclone pour vivre a besoin que la mer soit chaude, il tire son énergie de là".

Ainsi plus les mers et océans se réchaufferont, plus les cyclones qui vivent et meurent d'habitude au milieu des eaux seront puissants, et auront la force de venir frapper les littoraux. Et "avec la plus forte évaporation de l'eau, le volume des pluies entraînées par les cyclones sera plus important", continue Françoise Vimeux.

Même avec des tempêtes peu fortes, des catastrophes sur les littoraux pourraient se produire plus fréquemment. À cause de la montée des eaux, les surcotes marines (dépassement inhabituel du niveau de la marée haute) seront plus répétées, et une tempête qui semble d'intensité moindre aujourd'hui entraînera des dégâts plus importants.

  • Des populations mal préparées

Les conséquences de la multiplication et de l'intensification de ces phénomènes météorologiques dans les années à venir seront d'autant plus graves que "nous sommes très vulnérables, nous ne sommes pas préparés à ces événements", souligne Françoise Vimeux.

"On voit une urbanisation en dépit du bon sens, lors de la tempête Xynthia, des gens vivaient derrière les digues, en-dessous du niveau de la mer, aujourd'hui on voit des habitations construites dans les anciens lits des rivières", continue la climatologue. Elle souligne toutefois que, même si des catastrophes naturelles se multiplient sur le continent européen, "on ne connait pas les inondations du Bangladesh, on a un climat tempéré, et une économie qui nous permet d'y répondre".

Comme le précise le dernier rapport du GIEC, face au réchauffement climatique et ses conséquences, ce sont "les petits États insulaires et les populations économiquement désavantagées qui sont particulièrement à risque."
Salomé Vincendon