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Incendies: comme l'Australie, la France toute entière finira-t-elle par s'embraser?

Image d'illustration - Feux d'août 2019 dans le Gard

Image d'illustration - Feux d'août 2019 dans le Gard - Pascal Guyot - AFP

Le réchauffement climatique entraîne des sécheresses, états propices pour les départs de feux, mais aussi leur propagation. Alors que plusieurs incendies ont brûlé des milliers d'hectares dans le nord de la France cet été, doit-on s'attendre à l'avenir à une généralisation des feux dans l'Hexagone?

L'Australie est ravagée par des incendies sans précédent depuis le mois de septembre. L'année 2019 a été la plus chaude et la plus sèche jamais relevée dans le pays, ce qui facilite les départs de feux et a contribué à l'intensification des incendies. "Ce qui se passe actuellement en Australie est un signe précurseur pour les autres pays", a déclaré Michael Mann, climatologue à l’Université d'État de Pennsylvanie, au média canadien CBC News.

La France, qui voit régulièrement le sud du pays frappé par des incendies, connaît par exemple une progression des feux à l'ensemble du pays, qui devrait s'intensifier.

Dans dix ans, de gros incendies en forêt d'Orléans?

"L’été dernier, il y a eu des incendies dans le nord et le centre de la France. Leur localisation évolue avec le réchauffement climatique (...) Nous devons être conscients qu’il n’est pas impossible que, dans dix ou quinze ans, nous ayons à combattre d’importants feux en forêt d’Orléans (Loiret)", déclare au Figaro le Colonel Ulliac, à la tête de la délégation des cinq experts français envoyés en Australie pour aider à la maîtrise des feux.

"En France, les températures remontent, il y a actuellement une réflexion menée sur la possibilité par exemple d'implanter des pélicandromes [station où les canadairs peuvent faire le plein de produit 'retardant' à déverser ensuite sur les feux de forêts] dans le nord du pays", explique à BFMTV.com le contrôleur général Jean-Pierre Salles-Mazou, directeur départemental des Services d'Incendie et de Secours des Pyrénées orientales.

Il s'agit pour le moment de réflexions, impliquant d'exporter des techniques de lutte contre le feu implantées depuis plus longtemps dans le Sud dans des départements où elles sont plus rarement utilisées. Ce afin de prévoir la réponse à des feux futurs plus accrus.

Même dans le Sud, de nouveaux moyens sont pensés. Pour être plus efficace en cas d'incendie, Jean-Pierre Salles-Mazou explique que dans son département, un camion citerne gros porteur est ajouté à l'équipe habituelle se rendant sur des incendies, afin de pouvoir agir rapidement s'il s'agit d'un feu de grande ampleur.

"Des phénomènes thermiques violents"

Le changement climatique n'a pas d'impact direct sur le nombre d'incendies, mais "il peut avoir une influence sur la surface et l’intensité du feu qui dépendent des réserves en eau du sol, de l’hygrométrie de l’air [taux d’humidité], de la température et du vent" explique Yvon Duché, responsable technique national incendies de forêt à l'Office National des Forêts. "Avec les phénomènes de sécheresse de plus en plus fréquents et plus intenses, notamment en été, les risques d’incendies et de propagation de feu s’intensifient."

Jean-Pierre Salles-Mazou explique qu'il est complexe de parler en terme de surfaces brûlées ou de nombre de départs de feux, car comme 90% des incendies sont d'origine humaine, tout dépend de la prévention faite auprès de la population. Zones touchées, vents, humidité... "il y a une conjonction de facteurs" explique-t-il. 

En revanche "on observe des végétaux mourir sur pieds. Alors quand les feux arrivent ça s'embrase rapidement. Des champs de vignes servaient auparavant de coupe-feux" ils brûlent aujourd'hui, explique-t-il, et "en intervention, on s'est retrouvé face à des phénomènes thermiques violents", dus à une sécheresse accrue.

Pour rappel cet été, des canicules ont frappé le pays et plusieurs records de chaleur ont été battus. Avec la sécheresse, plus de 80 départements ont été frappés par des restrictions d'eau dont près de 50 étaient placés en "état de crise".

"Accroissement des zones d’intervention potentielles vers le nord"

Ces prévisions incendie avaient déjà été développées en 2010 dans un rapport sur l'impact du changement climatique, dans le cadre d'une mission interministérielle sur l'extension des zones sensibles aux incendies de forêts. "Des températures plus élevées favorisent la transpiration des plantes et la diminution de l'eau contenue dans les sols. La végétation s'asséchant, le risque de départ de feu est plus fort", explique Météo-France, qui a participé à l'étude.

Ainsi, le danger météorologique pour les feux de forêt (IFM) "a augmenté de 18% entre la période 1961-1980 et la période 1989-2008. À l'horizon 2040, l'IFM moyen devrait progresser de 30% par rapport à la période 1961-2000. Certaines simulations montrent que cette augmentation pourrait atteindre jusqu'à 75% d'ici 2060", écrit Météo-France, ajoutant: "de nombreuses études ont montré une corrélation claire entre l'IFM moyen et le nombre de départs de feu".
Zones de l'hexagone potentiellement sensibles aux incendies de forêts
Zones de l'hexagone potentiellement sensibles aux incendies de forêts © Inventaire Forestier National, Institut Géographique National, Agence Européenne de l'Environnement, Météo-France

Le "plan national d'adaptation au changement climatique" 2018 du ministère de la Transition Écologique et solidaire, prévoit ainsi: "l’augmentation des moyens de surveillance et de secours et des moyens de protection des sapeurs-pompiers" dans les zones propices aux incendies, mais également "l’accroissement des zones d’intervention potentielles vers le nord" du pays.

Une prévention accrue pour minimiser les risques

90% des incendies étant d’origine humaine, il est nécessaire d'abord que la population fasse attention à ses gestes. Sur ces feux causés par l'homme "environ un tiers est volontaire, un autre tiers est causé par des accidents (équipements publics défaillants, voiture en feu le long d’une route, etc), et le dernier tiers provient de négligences (jet de mégot, barbecue, travaux générant des étincelles, etc)", explique Yvon Duché.

"On a augmenté notre effort de prévention dans des départements, dans le Lot notamment" expliquait en août à L'Express Luc Langeron, directeur du département prévention à l'entente pour la forêt méditerranéenne. "On n'a pas des incendies à cause de la sécheresse, mais à cause des imprudences".

Jean-Pierre Salles-Mazou appuie la nécessité de la prévention chez l'homme, mais met également en avant des techniques mises en place par les sapeurs-pompiers. Un maillage quotidien du territoire dans les zones les plus à risques est nécessaire, et parfois, il faut également brûler des terres trop à risques: "on crée ainsi une zone morte où le feu ne peut plus avancer", car il ne reste plus rien à brûler.

Salomé Vincendon