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Ukraine: un an après le "Maïdan", l'histoire continue

Il y a un an débutait les événements de Maïdan, place de l'Indépendance à Kiev, qui allaient plongé l'Ukraine dans une grave crise diplomatique avec la Russie.

Il y a un an débutait les événements de Maïdan, place de l'Indépendance à Kiev, qui allaient plongé l'Ukraine dans une grave crise diplomatique avec la Russie. - Piero Quaranta - AFP

C'était le 21 novembre 2013: alors que l'ancien président Viktor Ianoukovitch stoppait des négociations censées rapprocher l'Ukraine de l'Union européenne, une manifestation étudiante éclatait, place de l'Indépendance à Kiev. Ce qui allait provoquer une sidérante réaction en chaîne.

C'était il y a tout juste un an. A la tête de l'Ukraine depuis 2010, le président Viktor Ianoukovitch décidait, fortement influencé par son homologue russe Vladimir Poutine, d'interrompre les négociations avec l'Union européenne censées aboutir à un accord d'association.

Par ce revirement de dernière minute, l'ex-président ukrainien allait non seulement s'attirer les foudres d'une opposition pro-européenne très déterminée, mais aussi provoquer une nouvelle révolution qui l'obligera à fuir. Pis, la violence que connaîtra l'Ukraine à cette époque déstabilisera complètement ce pays, dont une partie - la Crimée - allait être occupée puis annexée par le voisin russe, tandis qu'une autre - l'Est - se déchirera dans un conflit sanglant entre indépendantistes prorusses et partisans d'une Ukraine unie. 

Un conflit loin d'être réglé, encore aujourd'hui, alors que près de 4.000 personnes ont perdu la vie. Et un casse-tête diplomatique secoue la planète, en suscitant une grande crispation entre l'Occident de la Russie de Vladimir Poutine, une première depuis la Guerre froide.

> Les débuts d'"Euromaïdan"

Le 21 novembre 2013, donc, le gouvernement suspend les négociations sur un accord d'association avec l'Union européenne (UE) et resserre les relations économiques avec Moscou. L'opposition pro-européenne, symbolisée par quelques dizaines d'étudiants à l'époque, se masse sur la place de l'Indépendance à Kiev, plus connue sous le nom de Maïdan. D'aucuns surnomment déjà cette contestation "Euromaïdan".

Pendant une semaine, ce rassemblement reste pacifique, mais ne cesse de grossir. Dans la nuit du 29 au 30 novembre, ce sont plus de 10.000 personnes que le président Viktor Ianoukovitch tente de déloger dans la violence, à l'aide de sa police anti-émeute, les "Berkout". Des affrontements éclatent et durent plusieurs jours, la répression s'intensifie. Pour les protestataires, il n'est plus question de quitter Maïdan, quitter à en payer le prix fort.

La situation dégénère totalement e 18 février, quand de nouvelles violences éclatent pendant une marche sur la Rada, le Parlement ukrainien. La contestation est réprimée dans le sang: plus de 100 personnes meurent en trois jours autour du Maïdan. Le président Viktor Ianoukovitch s'enfuit en Russie et est destitué par le Parlement le 22 février.

> Vladimir Poutine s'offre la Crimée

La fuite de Viktor Ianoukovitch a entraîné la mise en place d'un pouvoir intérimaire fortement contesté à dans l'Est ukrainien, par des populations majoritairement russophones. Si la situation se calme à Maïdan - même si la place restera occupée jusqu'en août -, le pays, lui, se déchire en deux. 

Quatre jours après la destitution de l'ancien président, le 26 février, prorusses et pro-ukrainiens s'affrontent à Simféropol, capitale de la Crimée, république autonome et russophone du Sud. Le Parlement de Crimée, dont un commando prorusse s'est emparé, élit un nouveau gouvernement local de la péninsule où s'installent de "petits hommes verts en uniforme sans insignes". Vladimir Poutine reconnaîtra plus tard qu'il s'agissait de soldats russes.

Le 1er mars, le Parlement russe donne à Vladimir Poutine son feu vert à l'envoi de troupes en Ukraine, une autorisation annulée fin juin. Deux semaines plus tard, le 16, un référendum plébiscite le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie, acté deux jours après par Moscou. Cette "annexion" dénoncée par Kiev et les Occidentaux provoque la pire crise diplomatique entre Occidentaux et Russes depuis la chute de l'URSS.

> L'Est s'embrase

Les événements en Crimée donnent des idées aux indépendantistes prorusses dans l'Est ukrainien frontalier de la Russie. Le 6 avril, des manifestants sécessionnistes s'emparent de bâtiments officiels à Kharkiv, Donetsk et Lougansk. L'Ukraine, qui accuse Moscou de vouloir l'envahir pour la "démembrer", déclenche une "opération antiterroriste". Un conflit sanglant démarre, et déchire l'Ukraine.

Des combats sporadiques éclatent quasiment tous les jours, et des atrocités sont commises de tous les côtés. Comme ce 2 mai, quand plusieurs indépendantistes prorusses sont brûlés vifs dans un bâtiment, à Odessa.

Le 11 mai, les habitants des régions de Donetsk et de Lougansk votent "oui" massivement à un référendum sur l'indépendance, jugé "illégal" par Kiev et les Occidentaux. Un milliardaire pro-occidental, Petro Porochenko, est élu président le 25 mai.

> Le drame du crash du vol MH17

Ce conflit prend une tournure encore plus dramatique, le 17 juillet. Un Boeing de la compagnie aérienne Malaysia Airlines, le vol MH17, s'écrase en zone rebelle, et fait 298 morts, pile où les combats font rage.

Kiev et les séparatistes s'accusent mutuellement de l'avoir abattu. L'Union européenne et les Etats-Unis renforcent leurs sanctions contre la Russie, accusée de soutenir les séparatistes. La crispation internationale est à son comble. De nouvelles mesures contre Moscou seront prises en septembre puis en novembre.

> Aujourd'hui?Un cessez-le-feu qui n'en est pas un

Le 5 septembre, après une série de victoires des séparatistes, aidés par des militaires russes selon les accusations des Occidentaux, Kiev et la rébellion signent un cessez-le-feu à Minsk, en Biélorussie avec la participation de la Russie et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

A la mi-octobre, des rencontres entre les présidents ukrainien Porochenko et russe Vladimir Poutine et des dirigeants européens échouent à accoucher d'un règlement du conflit, et des combats meurtriers se poursuivent dans certains points chauds, notamment l'aéroport de Donetsk. Le 12 novembre, l'Otan affirme que des convois militaires russes lourdement armés sont entrés dans l'Est, des accusations qualifiées d'"élucubrations" par Moscou.

Kiev dit se préparer au combat tandis que l'ONU redoute le "retour à une guerre totale". Le 15 novembre, le pouvoir ukrainien ordonne la fermeture de tous les services publics dans les régions sous contrôle des séparatistes prorusses. Le même jour, les dirigeants occidentaux réservent un accueil glacial à Vladimir Poutine au G20 à Brisbane, au Australie, qui quittera prématurément le sommet.

> Le jour de la dignité?

Pour célébrer la première année d'Euromaïdan, le nouveau président ukrainien a placé la journée de ce vendredi sous le signe de la "dignité" et toute une série de cérémonies commémoratives sont prévues vendredi.

Mais les contestataires du Maïdan n'en démordent pas: l'élan populaire qui a métamorphosé l'Ukraine et secoué la planète, s'il fallait le refaire, ils le referaient. Car si l'accord avec l'UE a finalement été signé, les militants jugent que la refonte du système et la lutte contre la corruption ont été bloquées par la guerre.

Le 21 novembre n'est pas "un jour de fête pour moi", expliquait récemment Moustafa Naïem, un journaliste d'opposition qui avait été l'un des instigateurs du mouvement et qui est devenu député depuis. "Le Maïdan n'est pas encore fini. L'histoire continue".

Jérémy Maccaud & Olivier Laffargue, avec AFP