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Pourquoi Ferguson ressemble à une zone de guerre?

Des officiers de police du comté de Saint Louis, déployés lundi soir, dans les rues de Ferguson.

Des officiers de police du comté de Saint Louis, déployés lundi soir, dans les rues de Ferguson. - Michael B. Thomas - AFP

Alors que le retour au calme tarde à revenir dans la ville de Ferguson dix jours après la mort d'un jeune noir par un policier, les manifestants se retrouvent face à des hommes surarmés.

Tous les soirs depuis la mort de Michael Brown le 9 août, des manifestations de plus en plus violentes tournent à l'émeute. D'un côté la police de Fergusonaux Etats-Unis, de l'autre des manifestants qui dénoncent des violences raciales.

Dans un premier temps, la police locale était seule face aux manifestants. Elle a vite été relayée par les policiers du comté puis une brigade de l'Etat du Missouri. Et depuis lundi, les militaires de la Garde nationale ont été déployés pour monter la garde autour du quartier général de la police.

Depuis les images montrent des manifestants lançant des pierres et des cocktails Molotov face à des hommes équipés pour faire la guerre. Comment expliquer cette sur-militarisation? Décryptage.

L'armée refile ses surplus à la police

La sur-militarisation des forces de l'ordre est mise en cause depuis plusieurs jours. Ainsi, des vétérans de l'armée notent sur un blog que l'équipement des policiers n'a rien à envier à ce qu'ils portaient en Irak ou en Afghanistan. Véhicules blindés, tenues de camouflage, masques à gaz, armes de guerre, gilets pare-balles et même des lance-grenades, toutes ces armes sont en effet utilisées par l'armée américaine sur les zones de guerre.

"Ceci n'est pas un policier sur le point de gagner la confiance de ses compatriotes", tweete par exemple un vétéran, pour qui les policiers ressemblent à Ferguson à une "armée d'occupation".

Et si la police ressemble parfois à l'armée c'est tout simplement qu'elle utilise le même matériel. Depuis 1990, le Congrès américain a autorisé le transfert d'équipement de l'armée aux polices locales, rappelle Buzzfeed. Et la police de Ferguson a ainsi fait l'acquisition de véhicules et d'armes militaires en 2010 et 2013, note USA Today.

"Ce transfert de matériel militaire a transformé la façon de penser de la police", s'inquiète le Washington Post dans un éditorial.

La Garde nationale destinée à faire la guerre

Et quand ce ne sont pas les armes qui ont déjà fait la guerre, ce sont les hommes. La Garde nationale qui est arrivée lundi à Ferguson compte dans ses rangs de nombreux réservistes qui ont effectué des missions en Afghanistan ou en Irak.

"Beaucoup de membres de la Garde nationale ont passé tant de temps en service actif depuis le 11-Septembre qu'on ne les distinguerait presque plus de soldats normaux en terme d'aptitudes militaires", note auprès de l'AFP Charles Dunlap, directeur du Centre pour la loi, l'éthique et la sécurité nationale de la Faculté de droit de l'Université de Duke.

Même Garde nationale elle-même insiste sur le fait que ses unités sont destinées à faire la guerre. Mais il n'est pas rare de la voir se déployer sur le territoire américain. La Garde avait déjà aidé à ramener le calme lors d'émeutes à Los Angeles en 1964, à Washington en 1968 après l'assassinat de Martin Luther King, ou en 1992, de nouveau à Los Angeles, après des émeutes raciales.

Mais la Garde nationale a connu ses heures les plus sombres en 1970 quand ses membres ont tué quatre étudiants non armés de l'Université de Kent, dans l'Ohio, qui protestaient contre la Guerre du Vietnam.

Des observateurs d'Amnesty international

Les organisations Amnesty International et Human Rights Watch ont envoyé des observateurs sur place. C'est la première fois que l'ONG Amnesty international agit au sein des Etats-Unis. "Nous n'hésitons pas à dénoncer les dictateurs qui tentent de réduire au silence les manifestants avec des techniques comme le couvre-feu, alors nous n'allons certainement pas nous taire quand cela arrive chez nous", indiquait la semaine dernière le directeur de la branche américaine d'Amnesty.

  • L'ONU s'est également emparée de l'affaire. Son secrétaire général, Ban Ki-Moon, a appelé à ce que "le droit aux manifestations pacifiques et la liberté d'expression soient protégés" à Ferguson.

De son côté, Barack Obama a lui-même appelé la police à la "retenue". Le Président américain a expliqué, lundi soir, lors d'une conférence de presse avoir recommandé au gouverneur une utilisation "limitée" de la Garde nationale et a estimé que rien n'excusait "l'utilisation de la force excessive par la police locale". "Je m'assurerai dans les jours qui viennent qu'elle aide, plutôt qu'elle n'aggrave la situation", a prévenu Barack Obama au sujet de la Garde nationale, ajoutant que le ministre de la Justice, Eric Holder, se rendrait sur place mercredi. 

Karine Lambin