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Pour sa rentrée, Macron opte pour un marathon diplomatique en trois actes

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - Yann COATSALIOU / POOL / AFP

De Brégançon à Biarritz, du lundi au lundi, Emmanuel Macron consacre sa semaine de rentrée à la politique étrangère. Après Vladimir Poutine, le chef de l'Etat doit rencontrer le Britannique Boris Johnson jeudi puis se pencher sur les inégalités dans le monde lors du G7.

Il n'a pour le moment remporté aucun succès significatif en matière diplomatique. Toutefois, c'est bien sur ce champ, partie essentielle du "pré carré" du président de la Ve République, qu'Emmanuel Macron va évoluer cette semaine. Et l'exercice a déjà commencé. Lundi soir, il recevait en effet le président russe Vladimir Poutine au sein du fort de Brégançon. Un rendez-vous crucial censé pallier à sa manière l'absence de Vladimir Poutine au G7 (dont la Russie a été éjectée en 2014, mettant de fait fin au format à huit pays, après son entrée en Crimée). 

Poutine et Macron, troisième prise

Lors de la conférence de presse tenue en commun par les deux hommes, Emmanuel Macron a dit son désir de voir l'Union européenne et la Russie reconstituer leur lien. "Nous avons à réinventer une architecture de sécurité et de confiance entre l'Union européenne et la Russie", a-t-il, vantant une Europe s'étendant de "Lisbonne à Vladivostok". Pour réchauffer des relations bilatérales, encore faut-il faire en sorte de gagner quelques degrés. Le chef de l'Etat a fait un premier pas en ce sens en indiquant qu'il se rendrait à Moscou en mai 2020 pour célébrer le 75e anniversaire de la victoire alliée sur l'Allemagne. 

L'initiative est loin de tenir de l'anecdote depuis que la communauté internationale, côté Atlantique, a décidé en 2015 d'ignorer ces commémorations, comme un humiliant soufflet à la Russie. Le pensionnaire du Kremlin a d'ailleurs souligné sa "reconnaissance" après qu'Emmanuel Macron a annoncé qu'il honorerait l'invitation.

Les deux homologues ont eu l'occasion d'évoquer la Syrie, entre autres sujets, durant leur long entretien prolongé d'un dîner. Mais c'est sur la question ukrainienne qu'ils se sont montrés les plus diserts. "Les choix du président ukrainien Volodymyr Zelensky sont un vrai changement pour la situation. (...) Nous aurons à considérer l'opportunité, ce qui est mon souhait, d'un nouveau sommet en format Normandie (Russie, Ukraine, Allemagne, France, ndlr) dans les prochaines semaines", a posé le chef de l'Etat français. "Il y a des choses qui sont dignes de discussions et qui provoquent un optimisme prudent", a observé Vladimir Poutine, dans son style laconique.

En prélude à cette rencontre, notre consultant pour les questions internationales, Anthony Bellanger, avait analysé: "Emmanuel Macron essaye d’obtenir avec Vladimir Poutine la même chose qu’avec Donald Trump. Les deux hommes croient dans les relations personnelles". Le patron du Kremlin et Emmanuel Macron commencent d'ailleurs à se connaître. Ce soir d'août varois était déjà leur troisième tête-à-tête après la venue de Vladimir Poutine fin mai 2017 à Versailles, puis le déplacement d'Emmanuel Macron l'année suivante à Saint-Pétersbourg. 

Une journée élyséenne 

De retour à Paris bien qu'en coup de vent, le président de la République recevra Boris Johnson à l'Elysée jeudi, pour un déjeuner de travail. Ce dernier apparaît en revanche comme un interlocuteur inédit pour Emmanuel Macron. Il vient en effet d'être intronisé Premier ministre britannique. A l'évidence, le Brexit, au centre des convictions et promesses de Boris Johnson, doit guider la conversation. 

"Il s'agit d'évoquer la question du Brexit, dans le respect des principes européens agréés à 27, mais aussi la relation bilatérale et l'ensemble des dossiers internationaux qui impliquent nos deux pays et nécessitent une coopération étroite (G7, Iran, Syrie...)", a précisé le "Château" dans un communiqué lundi. 

Dans l'après-midi de ce même jeudi, Emmanuel Macron accueillera cette fois le nouveau Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Il s'agira alors d'"évoquer l'ensemble des dossiers européens, bilatéraux et liés à la région de la Méditerranée orientale", a noté la présidence de la République qui a poursuivi: "La France a toujours été aux côtés de la Grèce pendant la crise, comme pour accompagner la croissance et l'investissement désormais. (...) Il est essentiel, pour l'UE et la région, de renforcer ce partenariat politique, économique et stratégique".

Enfin, vendredi, le président français rencontrera le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, de passage à Paris. L'accord sur le nucléaire iranien, dont Téhéran a récemment cessé de respecter certains engagements en réponse au retrait des Etats-Unis et aux nouvelles sanctions américaines, devrait figurer au coeur de leurs discussions. 

Le G7, les inégalités et la rencontre anglo-américaine 

Enfin, le G7 pourra s'ouvrir à Biarritz, à compter de samedi. Il s'étirera jusqu'à lundi. L'ordre du jour sera dédié aux inégalités, alors que deux ans après l'élection d'Emmanuel Macron, la France n'a jamais connu un tel pic de dividendes versés aux actionnaires.

Pour soulever ces enjeux, la France s'est fait forte de proposer un format dit "renouvelé" sur le site de l'événement. En plus de ses six partenaires habituels en de telles occasions, elle a donc étendu l'invitation aux représentants de huit autres pays: l'Afrique du sud, le Burkina Faso, l'Egypte, le Sénégal et le Rwanda, ainsi qu'à l'Australie, au Chili et à l'Inde. 

Et, si Emmanuel Macron et Donald Trump, dont les liens n'ont cessé de se distendre ces derniers mois notamment en raison de la volonté hexagonale d'imposer une taxe universelle sur les GAFA, n'en finissent plus de se croiser, ce sommet verra la première rencontre officielle entre Donald Trump et Boris Johnson. Souvent rapprochés l'un de l'autre par les médias, et généreux en éloges mutuels, ils ne manqueront pas de mettre en scène l'entente sous laquelle ils espèrent placer leur partenariat. 

Robin Verner