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Note des autorités libyennes sur un financement: Sarkozy contredit la justice et assure que c'est un faux

"Tout le monde sait que c'est un faux", a assuré Nicolas Sarkozy au sujet du document diffusé par Mediapart en 2012 évoquant un financement libyen de sa campagne présidentielle. La justice et les journalistes de Mediapart assurent l'inverse, tout comme l'ancien interprète de Mouammar Kadhafi.

Nicolas Sarkozy a assuré ce jeudi que le document produit par Mediapart, "abondamment commenté", est un faux. Sur le plateau de TF1, l'ancien président de la République a présenté "un document judiciaire signé par les officiers de police judiciaire qui ont enquêté sur le document Mediapart dans le cadre de l'enquête pour faux que j'avais déposée" contre le site d'information. L'ancien chef d'État lit alors le document en question:

"Il existe donc, disent les officiers de police judiciaire après deux ans d'enquête, une forte probabilité pour que le document produit par Mediapart soit un faux, le rendant déontologiquement impropre à sa diffusion."

"L'instruction n'a pas permis d'établir que la note est un faux"

Nicolas Sarkozy regrette que cet acte n'ait pas bénéficié "de publicité dans les médias". En 2012, lors de l'entre-deux-tours de la présidentielle, Mediapart diffusait un document présenté comme émanant des autorités officielles libyennes attestant d'un accord de financement à hauteur de 50 millions d'euros.

En mai 2016, les juges prononçaient un non-lieu dans l'enquête pour faux au sujet de cette note après la plainte de Nicolas Sarkozy. Ce que confirmait en novembre dernier la cour d'appel de Paris.

La justice concluait que "l'instruction n'a pas permis d'établir que la note publiée est un faux matériel". L'expertise "ne révélait pas de trace d'altération voire de falsification volontaire". Des experts avaient également conclu que la signature au bas du document était bien celle de Moussa Koussa, le chef des services de renseignement extérieur de la Libye à l'époque. Mais Nicolas Sarkozy maintient que "tout le monde sait que c'est un faux".

"Le document qu'on a produit n'est pas un faux"

Sur BFMTV, Laurent Mauduit, l'un des co-fondateurs de Mediapart, a réagi aux propos de Nicolas Sarkozy sur TF1. Selon lui, sa défense est "maladroite et laborieuse".

"L'affaire a été jugée trois fois. Il cite un document qui était préalable à l'enquête, à la procédure. Or à trois reprises, il y a eu des décisions de justice disant que le document qu'on a produit pendant l'entre-deux-tours de la présidentielle de 2012 n'est pas un faux."

Sur Twitter, le journaliste Fabrice Arfi -auteur de l'enquête pour Mediapart sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy- assure lui aussi que le document présenté par Nicolas Sarkozy pour assurer sa défense n'est pas valable. Et que la "note Koussa" diffusée par Mediapart est authentique.

Les accusations de l'ancien interprète de Kadhafi

L'ancien interprète de Mouammar Kadhafi a quant à lui confirmé les accusations de Mediapart. Dans un entretien à RFI qui sera diffusé ce vendredi, Moftah Missouri assure qu'un document qu'il a vu sur le bureau du dictateur libyen mentionnait un versement de 50 millions d'euros à trois représentants français qui étaient présents lors d'une rencontre, dont Brice Hortefeux et Ziad Takieddine.

"Il y a eu une rencontre entre Brice Hortefeux, Ziad Takieddine et un autre, c'est-à-dire trois (personnes, NDLR) qui représentaient la France. Et trois qui représentaient la Libye (...) Cette rencontre a donné lieu à un document."

"Je connais la paperasse officielle, je connais celui qui l'a tapé"

Selon lui, sur ce document était mentionné le montant de l'aide, "qui était de 50 millions d'euros", précise-t-il.

"Ce document, c'est le même que celui qui a été publié par le site Mediapart en 2012... document que j'ai vu sur le bureau du guide au début de l'année 2007. Il n'y a pas de doute quant à l'authenticité du document (publié par Mediapart, NDLR). Je connais la façon d'écrire, je connais le format, je connais la paperasse officielle, je connais celui qui l'a tapé."

Mercredi soir, Nicolas Sarkozy a été mis en examen à l'issue de sa garde à vue pour financement illicite de campagne électorale, corruption passive, et recel de détournement de fonds publics libyens. Il risque jusqu'à dix ans de prison.

dossier :

Nicolas Sarkozy

Céline Hussonnois-Alaya