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Syrie: "la communauté internationale n’a pas envie d’intervenir"

Bachar al-Assad

Bachar al-Assad - -

Malgré l'aide apportée à la rébellion, le régime de Bachar al-Assad tient toujours en Syrie. Pis, il pourrait même avoir utilisé des armes chimiques contre l'opposition.

La confirmation de l'utilisation d'armes chimiques en Syrie entraînerait, selon les menaces de la communauté internationale, une réplique militaire immédiate contre le régime de Bachar al-Assad. L'opposition syrienne réclame elle aussi cette intervention.

Toutefois, Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et spécialiste des armes chimiques et biologiques, émet des doutes sur la volonté réelle des Etas-Unis, de la France ou de la Grande-Bretagne de s'impliquer plus dans un conflit qui a déjà fait 80.000 morts.

L’étau semble se resserrer sur Bachar al-Assad et le régime de Damas à propos de l’utilisation d’armes chimiques?

Depuis 12 mois maintenant, à intervalles réguliers, bruissent des informations de ce type. Cette fois cela semble plus sérieux puisque Chuck Hagel, le secrétaire d’Etat à la Défense américain, Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, puis le Premier ministre britannique David Cameron ont affirmé détenir des éléments "convaincants" et "croissants", mais "pas encore de certitudes".

S’il existe des prélèvements, nous n’en connaissons pas pour l’heure la nature ni l’origine. Plus clairement nous n’en sommes qu’aux soupçons car les termes restent précautionneux et entretiennent le flou quant à savoir si, oui ou non, la Syrie a utilisé du gaz Sarin dans des bombardements depuis le début du conflit…

Sommes-nous sûr que si utilisation d'armes chimiques il y a, il s’agit de gaz Sarin?

Pour l’heure on ne parle que de cet agent chimique mais l’on sait que Damas dispose dans son arsenal d’un large éventail d’armes chimiques. Des experts analysent cet arsenal et depuis les années 70 nous en connaissons à peu près le nombre et la nature bien que la fabrication se poursuive année après année.

La mission de l’ONU a-t-elle ses chances de pouvoir enquêter?

Je ne vois pas plus de chances cette fois-ci que les autres.

Donc, si "toutes les options sont sur la table" comme l’a affirmé la Maison-Blanche... Une intervention est-elle inéluctable?

La communauté internationale n’a pas envie d’intervenir. De manière prématurée, Washington, Londres et Paris ont affirmé que l’utilisation d’armes chimiques constituerait une "ligne rouge" à ne pas franchir. Je pense que Barack Obama ou François Hollande, dont on se rappelle le discours à la tribune de l’ONU en septembre dernier, sont bien embêtés désormais. De plus la France, depuis l’intervention au Mali, n’a pas les moyens militaires d’intervenir. Révéler les preuves n’est pas dans leur intérêt, nous sommes dans une prudence volontaire.

Surtout, il s’agit d’une situation morale et politique délicate car le message envoyé depuis le début du conflit est trouble. 'Certes il y a eu environ 80.000 morts mais tant que c’est avec des armes conventionnelles nous ne bougerons pas'.

Il est clairement plus simple aujourd’hui de continuer à armer et former la rébellion.

Propos recueillis par Samuel Auffray