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Pourquoi la France craint un "cataclysme humanitaire" en Syrie

Plus de 250 civils ont été tués depuis dimanche près de Damas, sous les bombardements des armées syrienne et russe. Jean-Yves Le Drian craint une "aggravation de la situation" dans cette enclave où se trouvent encore 400.000 personnes.

"La situation en Syrie se dégrade considérablement" et "s'il n'y a pas d'élément nouveau, nous allons vers un cataclysme humanitaire", a déclaré ce mardi devant le Parlement le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. 

"Il y a une urgence absolue sur ce sujet", a-t-il martelé. "C'est la raison pour laquelle, à la demande du président de la République, je me rendrai dans les jours qui viennent à Moscou et à Téhéran", soutiens du régime du président syrien Bachar al-Assad.

"A mon sens, le pire est devant nous", a poursuivi le ministre des Affaires étrangères. "Cela est dû au fait que le processus politique est bloqué (...) Tous les éléments sont réunis pour une aggravation de la situation". 

250 morts depuis dimanche, 400.000 personnes enclavées

Depuis le 5 février, les forces du régime syrien et ses alliés russes ont lancé une violente offensive contre la Ghouta orientale, dernière enclave contrôlée par la rébellion dans la banlieue est de Damas.

Les bombardements incessants, à l'aviation et à l'artillerie, ont fait au moins 250 morts civils depuis dimanche, selon un décompte de l'Observatoire syrien des droits de l'homme. La population encore prisonnière de l'enclave est estimée à près de 400.000 personnes. 

Un seul convoi humanitaire depuis le 14 février

Pour l'ONU, les possibilités d'accès à la région - où les cas de malnutrition, surtout infantile, sont nombreux - sont "tristement inadéquates". Depuis début décembre, un seul convoi d'aide humanitaire a pu pénétrer dans l'enclave, le 14 février, pour porter secours à 7200 personnes. 

Au moins quatre hôpitaux hors service

L'aviation russe, qui soutient Damas, a bombardé mardi l'enclave pour la première fois depuis trois mois, touchant notamment un des principaux hôpitaux de la région, à Arbine, désormais hors service.

Des centaines de blessés continuent pourtant d'affluer dans les hôpitaux de fortune. Au cours des dernières 48 heures, six hôpitaux, outre celui d'Arbine, ont été visés par les bombardements. Trois d'entre eux sont hors service, selon l'ONU.

Les lits manquent et les blessés sont soignés à même le sol tandis que les salles d'opération tournent à plein régime.

  • "Nous avons reçu un enfant d'un an, le corps tout bleu, le cœur battant à peine. Au moment où je lui ouvrais la bouche pour introduire un tube respiratoire, j'ai découvert qu'elle était remplie de sable. Il avait été récupéré sous les décombres", a raconté à l'AFP le docteur Abou Al-Yousr de l'hôpital d'Arbine.

"J'ai alors rapidement dégagé le sable de sa bouche mais celui-ci avait atteint les poumons. Nous les avons alors nettoyés et il s'est mis de nouveau à respirer", a expliqué ce médecin après avoir sauvé l'enfant. "Il s'agit d'un cas parmi des centaines", selon lui.

"Une femme enceinte de sept mois, souffrant d'une hémorragie cérébrale sévère, a été transportée à l'hôpital de Hammouriyé", a-t-il poursuivi. "Elle a fini par succomber à ses blessures et nous n'avons pas réussi à sauver le foetus".

La crainte d'une offensive terrestre massive 

Les pertes humains pourraient encore s'alourdir dans les jours à venir. D'importantes forces loyales au président syrien ont en effet été massées aux abords de la Ghouta et selon le quotidien Al-Watan, proche du régime syrien, ces frappes "sont un prélude à une opération d'envergure (terrestre), laquelle peut commencer à tout moment".

L.A., avec AFP