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"Les enfants d'Assad": ces journaux qui consacrent leur une à l'attaque chimique en Syrie

La une de Libération jeudi 6 avril.

La une de Libération jeudi 6 avril. - Montage BFMTV - Libération

Après l'attaque chimique menée mardi dans la province d'Idleb en Syrie, de nombreux journaux consacrent leur une aux enfants morts ce jour-là.

Il y a eu la photo d'Aylan, retrouvé mort noyé sur une plage turque, puis celle d'Omrane, sonné, assis sur le siège orange d'une ambulance, après avoir été blessé lors du bombardement de son immeuble à Alep. Il y a aujourd'hui celles d'enfants anonymes, morts les yeux grand ouverts dans l'attaque chimique qui a touché Khan Cheikhoun mardi, dans la province d'Idleb, tuant au moins 72 civils. Ce jeudi, plusieurs journaux ont choisi de consacrer leur une à ces enfants syriens.

C'est le cas de Libération, qui pointe la responsabilité de Bachar al-Assad avec le titre "Les enfants d'Assad". Et du Wall Street Journal, qui publie la photo de l'ambassadrice américaine auprès des Nations-Unies, brandissant devant le Conseil de sécurité des photos de ces mêmes enfants pour appeler l'ONU à agir.

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- © Capture d'écran Twitter

Mais aussi du Daily Telegraph, qui montre le portrait d'un homme tenant deux enfants morts dans ses bras. Et du Washington Post, qui affiche sur sa couverture la photo d'une fillette morte transportée par un homme. Mais aussi de L'Opinion, avec le dessin de Monsieur Kak, qui dresse un parallèle entre le sort d'Aylan, originaire de Kobané, et celui des victimes de l'attaque chimique.

Autre attaque chimique en 2013, à Damas

Au-dessus du premier dessin, représentant l'enfant noyé en 2015 après le naufrage de l'embarcation qui transportait sa famille, le mot "partir". Au-dessus du deuxième, qui montre le même enfant, mort cette fois dans son lit, au milue des effluves de produits toxiques, "rester". Une manière de dénoncer le sort réservé sans distinction aux enfants syriens, en première ligne d'une guerre entrée récemment dans sa septième année, et qui a fait plus de 400.000 morts. 

La couverture de Libération n'est pas sans rappeler précisément une autre, celle du Monde, publiée en 2013, au lendemain d'une autre attaque chimique menée cette fois à Damas et qui avait fait des centaines de morts. La même indignation et les mêmes images s'étaient manifestées, sans que cela serve apparemment de leçon. La France avait dit à l'époque sa certitude que du gaz sarin avait été utilisé. 

"C’est évident qu’un gaz neurotoxique a été utilisé"

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, plusieurs des victimes de l'attaque survenue mardi à Khan Cheikhoun présentaient les symptômes d'une exposition à un produit neurotoxique, tel que le gaz sarin. Libération s'appuie sur plusieurs témoignages de secouristes et d'un médecin français qui s'est rendu dix-huit fois en Syrie pour former des soignants syriens. Il évoque un possible mélange de gaz sarin et de chlore. 

"C’est évident qu’un gaz neurotoxique a été utilisé. Tous les symptômes cliniques concordent : hyperstimulation du système nerveux qui provoque le coma, pupilles extrêmement rétrécies qui ne réagissent plus à la lumière, blocage de l’appareil respiratoire, stimulation des sécrétions buccales (bave) qui aggrave une asphyxie profonde, convulsions musculaires permanentes, douleurs abdominales, diarrhées, incontinence… ce sont tous les symptômes provoqués par le gaz sarin", analyse le praticien. 

Le gaz sarin, 500 fois plus toxique que le cyanure

Des secouristes venus en aide aux victimes et qui ne se doutaient pas de la nature chimique de l'attaque ont d'ailleurs été contaminés à leur tour, et certains ont perdu connaissance. Alors que le gaz sarin est inodore, des témoins sur place ont évoqué une forte odeur à leur arrivée. "Des mélanges de chlore et de gaz sarin sont aussi utilisés comme arme chimique. Ce qui expliquerait l’odeur, car le sarin est inodore. Son hyper volatilité le rend extrêmement dangereux et difficile à repérer", poursuit le médecin, qui détaille ensuite la très haute dangerosité du sarin. 

"Envoyé dans des obus ou des missiles sous sa forme liquide, cet agent neurotoxique se transforme en gaz au moment de l’explosion et se répand dans l’air. Des gouttelettes peuvent aussi être projetées sur les personnes autour, lors de l’impact au sol. Le liquide pénètre alors dans la peau et provoque très rapidement la mort. 500 fois plus toxique que le cyanure, le gaz sarin est létal pour l’homme en doses minuscules. Si la personne n'est pas décontaminée, elle peut transmettre l'agent toxique par contact", explique-t-il. 
Charlie Vandekerkhove