BFMTV

Syrie: ce que l'on sait de la nouvelle attaque "chimique"

Dans les décombres, les "casques blancs" recherchent les éventuels survivants après le raid aérien qui a fait au moins 72 morts.

Dans les décombres, les "casques blancs" recherchent les éventuels survivants après le raid aérien qui a fait au moins 72 morts. - AMER ALMOHIBANY / AFP

Un bilan effroyable fait état de 72 tués dont 20 enfants. Pour la communauté internationale, dont la Russie, Damas est à l'origine de la frappe.

Le régime syrien est soupçonné d'avoir mené une attaque chimique qui a tué mardi des dizaines de personnes dans une localité rebelle du nord-ouest du pays. Selon un dernier bilan revu à la hausse, le raid aérien aurait fait au moins 72 morts dont 20 enfants, ainsi que 170 blessés, à Kahn Cheikhoun, dans la province d'Idleb. La zone est en quasi-totalité aux mains des rebelles et de jihadistes, notamment issus de l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.

> Par qui a-t-elle été menée?

Si le régime de Bachar al-Assad "dément catégoriquement" toute implication dans l'attaque perpétrée contre des civils, la communauté internationale pointe sa responsabilité. "Toutes les preuves que j'ai vues suggèrent que c'était le régime d'Assad (...) utilisant des armes illégales en toute connaissance de cause sur son propre peuple", a déclaré Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique en arrivant à une conférence internationale sur l'avenir de la Syrie à Bruxelles. Washington a aussi haussé le ton parlant "d'une attaque intolérable."

Le plus remarquable reste que la Russie pointe également la responsabilité du régime, mais en nuançant la responsabilité quant au caractère chimique de l'attaque. L'aviation syrienne a frappé un "entrepôt terroriste" contenant des "substances toxiques", a déclaré mercredi Moscou.

> Quel gaz a été utilisé?

Des dizaines de personnes, dont des enfants, ont vu leur corps saisi de convulsions tandis qu'ils peinaient à respirer sous leurs masques à oxygène.

Selon des médecins sur place, les symptômes relevés sur les patients sont similaires à ceux constatés sur des victimes d'une attaque chimique, notamment avec des pupilles dilatées, des convulsions et de la mousse sortant de la bouche.

Ces "tableaux cliniques pourraient laisser penser à un neurotoxique de type gaz sarin", a expliqué à France Info Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Mais l'expert avertit sur la nécessite "à ce stade de l'enquête" de "rester extrêmement prudent". En clair, il est encore trop tôt pour répondre avec certitude à cette question même si un faisceau d'indices laisse pensé à un "neurotoxique organophosphoré".

> Comment la communauté internationale a réagi?

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont présenté mardi un projet de résolution au Conseil de sécurité, condamnant l'attaque chimique en Syrie et appelant à une enquête complète et rapide. Le projet a été distribué aux quinze membres du Conseil à la veille d'une réunion d'urgence demandée par Paris et Londres à la suite de l'attaque.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni entendent mettre cette résolution au vote pendant cette session de mercredi à New York, mais la position de la Russie restait mardi soir inconnue, ont indiqué des diplomates.

Le texte "condamne dans les termes les plus forts l'usage d'armes chimiques" en Syrie, en particulier l'attaque de Khan Cheikhoun et demande que la commission d'enquête de l'OIAC, mandatée par l'ONU, commence immédiatement à travailler pour identifier les auteurs de cette dernière attaque. Le projet de résolution demande également à la Syrie de fournir les plans de vol et toute information sur des opérations militaires au moment de l'attaque. Enfin, le texte menace d'imposer des sanctions en vertu du chapitre 7 de la charte des Nations unies.

> Est-ce la première attaque de ce type?

Non. Il s'agit de "la deuxième attaque chimique la plus meurtrière du conflit en Syrie" après celle ayant fait 1.429 morts en 2013 près de Damas, a précisé cette l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). 

Barack Obama qui avait fait des attaques chimiques la "ligne rouge" à ne pas dépasser pour le régime de Bachar al-Assad, avait soumis la décision d'une frappe contre des cibles du régime syrien à un vote du Congrès. Il ne laissait ainsi de fait aucune chance à ce qu'une action militaire ait lieu à court terme. 

Mercredi, le président actuel Donald Trump a expliqué que l'attaque de mardi est "la conséquence de la faiblesse et du manque de détermination" de l'administration précédente.

David Namias et AFP