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Proche-Orient: une troisième intifada est-elle possible?

Un Palestinien regarde la fumée s'échappant d'un immeuble après une frappe israélienne sur Gaza, le 9 juillet 2014.

Un Palestinien regarde la fumée s'échappant d'un immeuble après une frappe israélienne sur Gaza, le 9 juillet 2014. - -

Depuis mardi, Israël et le Hamas se livrent à de violents affrontements. Aux raids aériens meurtriers sur la bande de Gaza répondent les tirs de roquettes du Hamas sur Israël, où les sirènes retentissent. Y a-t-il, aujourd'hui, un risque de conflit généralisé? Eléments de réponse avec le géopolitologue Frédéric Encel.

Les tensions s'intensifient chaque jour un peu plus, au Proche-Orient. Depuis mardi, Israël et le Hamas se livrent à de violents affrontements, consécutifs à l'enlèvement et au meurtre de trois Israéliens, et à l'assassinat d'un adolescent palestinien, fin juin. Les tirs de roquettes sur Israël se multiplient, tandis que les Israéliens mènent des raids aériens meurtriers sur la bande de Gaza. Pourquoi la situation dégénère-t-elle maintenant? La région est-elle au bord d'une troisième intifada? Frédéric Encel, géopolitologue et spécialiste du Moyen-Orient, répond à BFMTV.com.

Pourquoi la situation explose maintenant?

Ce n’est pas lié aux événements tragiques de ces derniers jours. On aurait tort de voir une incidence immédiate du meurtre des trois jeunes Israéliens, puis de l’assassinat du jeune Palestinien. En réalité, les manifestations de civils palestiniens ont commencé il y a plusieurs semaines en Cisjordanie.

Peut-on aller jusqu'à une offensive terrestre, Israël ayant d'ores et déjà autorisé le rappel de 40.000 réservistes?

C'est la question centrale. Je n’y crois pas, pour deux raisons. D’abord parce que le gouvernement israélien bénéficie d’un regard plutôt bienveillant des chancelleries occidentales depuis le début du "Printemps arabe". En intervenant au sol, donc en provoquant des images spectaculaires, comme à l’époque de l’opération "Plomb durci", en 2008-2009, le gouvernement israélien perdrait cet avantage. Et ramènerait les projecteurs occidentaux à lui. De ce point de vue là, ce ne serait pas une bonne initiative. Sur le fond, on sait qu'il s'agit d'un conflit asymétrique, où la puissance va l’emporter. Israël ne peut pas perdre contre le Hamas, mais risque fort de perdre politiquement.

Ensuite, le Hamas a réussi ce qu'il échouait à faire depuis des années: passer un accord de gouvernement avec l’Autorité palestinienne. Il est très isolé depuis que les Frères musulmans ont été chassés du pouvoir en Egypte, alors qu’il a déjà perdu le soutien de la Syrie et de l’Iran. Je ne vois pas très bien, dans un camp comme dans l’autre, ce que l’on chercherait à faire avec une véritable escalade.

Quelle va être la stratégie de chacun?

Il y a eu, il y a deux ans, un schéma à peu près similaire, et un cessez-le-feu avait finalement été trouvé entre le Hamas et Israël, sous l’égide des Etats-Unis et de l’Egypte. Je crois au même schéma, et à une désescalade prochaine. Mais aucun des deux belligérants ne peut se permettre de sortir de la crise la tête basse, vis-à-vis de sa propre opinion respective. Il faut que chacun donne le sentiment à son opinion qu’il l’a emporté, et que c’est l’adversaire qui a demandé le cessez-le-feu.

Quel va être le rôle des Occidentaux ? Vont-ils intervenir pour un éventuel cessez-le-feu?

Il serait positif que l’Union européenne intervienne. Mais en réalité, c’est à l’ONU d’intervenir. La Russie a repris du poids au Proche-Orient avec la crise syrienne, et Barack Obama a réellement intérêt à casser la réputation de faible qu’il est en train d’acquérir, lui qui a déjà échoué à faire la paix entre Israéliens et Palestiniens. Tout le monde aurait donc intérêt à faire quelque chose. Le Hamas, qui est en quête de légitimité depuis plusieurs années, et a enfin réussi à passer un accord avec l’OLP, est en train de casser cette stratégie de légitimation en frappant Tel-Aviv et Jérusalem-Ouest. Les Occidentaux seraient donc bien inspirés de jouer les honnêtes courtiers.

Le Hamas avait-il déjà lancé des roquettes sur Tel-Aviv ?

Il l’a fait, mais les roquettes étaient tombées en face de la ville, dans la mer. Jamais il n’avait envoyé de roquettes qui avaient dépassé Tel-Aviv. Le Hamas est clairement dans une démonstration de capacités techniques.

Peut-on parler de "troisième intifada"?

Je n’y crois pas, pour une raison que l’on oublie trop souvent: la raison sociale. En 1987 et 2000, lors des deux premières intifada, la situation sociale des Palestiniens était catastrophique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, notamment en Cisjordanie, qui compte plus de cinq ans à 5% de croissance. Une classe moyenne s’est développée, on a vu apparaître des activités économiques et industrielles qui n’existaient pas auparavant, et il y a eu une augmentation du niveau de vie des Palestiniens. Je pense qu’il y a une désespérance politique parce que, à nouveau, un processus de paix s’est arrêté sans qu’il n’y ait de véritable résultat. De plus, contrairement à Yasser Arafat en 1987 et en 2000, le gouvernement palestinien est responsable, et joue la prudence. Je serais donc plutôt optimiste quant à un apaisement des violences dans les prochaines semaines.

Propos recueillis par Adrienne Sigel